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Poutine accueilli en grande pompe au Caire

Chaïma Abdel-Hamid, Mardi, 10 février 2015

Le président russe Vladimir Poutine est arrivé lundi au Caire pour une visite officielle de deux jours, sa première en Egypte depuis 2005. Une visite placée sous le signe de la coopération économique et militaire.

Poutine accueilli en grande pompe au Caire
Le président russe Poutine au cours de sa première visite au Caire depuis 10 ans.

Le président russe Vladimir Poutine a entamé cette semaine une visite de deux jours en Egypte. Le chef de l’Etat russe, dont c’est la première visite en Egypte depuis 2005, a été accueilli à son arrivée à l’aéroport par le président Abdel-Fattah Al-Sissi. Après s’être entretenus durant près d’une demi-heure, les deux chefs d’Etat se sont rendus à l’Opéra du Caire pour y assister à un spectacle culturel retraçant l’histoire des relations entre l’Egypte et la Russie avant de dîner ensemble. La délégation russe comprenait les ministres Sergueï Lavrov (Affaires étrangères), Alexeï Oulioukaïev (Développement économique), Denis Mantourov (Industrie et Commerce), Nikolaï Fedorov (Agriculture), Alexandre Novak (Energie), le directeur du groupe nucléaire public Rosatom Sergueï Kirienko, le directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique (FSVTS) Alexandre Fomine et le directeur du Fonds des investissements directs Kirill Dmitriev.

Il s’agit de la troisième rencontre entre Poutine et Sissi, les deux premières s’étaient déroulées en Russie. La visite du président russe s’est déroulée dans un climat chaleureux. Des photos de Poutine embellissaient les rues du Caire. La visite qui a fait la une de la presse égyptienne, est qualifiée par les experts d’importante tant pour l’Egypte que pour la Russie. La visite tire son importance du contexte politique dans lequel elle se déroule. Depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, la Russie a perdu beaucoup de son influence sur la scène internationale. Elle cherche aujourd’hui à conquérir le terrain perdu et à se faire de nouveaux alliés dans une région d’où elle est exclue depuis les années 1970. D’autre part, l’Egypte cherche également de nouveaux alliés pour ne pas dépendre exclusivement des Etats-Unis, qui ont à maintes reprises critiqué l’Egypte après la révolution du 30 juin. La visite de Poutine est placée sous le signe de la coopération économique. L’Egypte veut exhorter le géant russe à participer à certains projets qui seront soulevés lors de la conférence économique internationale prévue en mars à Charm Al-Cheikh.

Liens économiques renforcés

En effet, comme l’explique le professeur de sciences politiques à l’université américaine du Caire Walid Kazzeiha, cette visite marque un tournant dans les relations économiques entre les deux pays. « Cette visite offre la chance à l’Egypte de signer de nouveaux contrats et d’ouvrir de nouveaux horizons face à l’industrie russe en Egypte, notamment les équipements lourds comme les voitures, les tracteurs industriels et les trains », explique Kazzeiha, qui précise que « cette coopération est différente de la coopération avec les Américains, alliés traditionnels de l’Egypte qui, eux, n’encourageaient pas la production en Egypte et préféraient l’exportation et l’importation. Ce qui fournissait un revenu moins important pour l’Egypte ».

Le géant gazier russe Gazprom et la compagnie nationale gazière égyptienne EGAS ont signé un contrat sur la livraison de gaz naturel liquéfié à l’Egypte. Selon le ministre égyptien de l’Industrie, Mounir Fakhri Abdel-Nour, le groupe russe fournira à l’Egypte 6 cargaisons de GNL annuellement pendant 5 ans. Un contrat très important pour l’Egypte, largement dépendante des importations gazières, et qui connaît des difficultés en la matière, car le pays ne dispose d’aucun terminal GNL. Le premier terminal égyptien de gaz naturel liquéfié devrait être mis en service en mars 2015. Les travaux de construction sont réalisés par la société norvégienne Hoegh LNG.

Dans son entretien accordé au quotidien Al-Ahram, le président russe a souligné que les relations égypto-russes « évoluent dynamiquement » et qu’il y a une hausse significative des échanges commerciaux entre Le Caire et Moscou qui a augmenté de 50% pour atteindre 4,5 milliards de dollars, « ce qui indique que les deux pays ont des capacités énormes pour pousser la coopération bilatérale et obtenir de meilleurs résultats à l’avenir ».

Poutine a aussi souligné que les entreprises russes, notamment celles qui travaillent dans le domaine de l’électricité et de l’énergie, de l’industrie chimique et de la production des voitures sont très intéressées par le marché égyptien et qu’il y a « de larges perspectives de coopération dans le domaine des technologies de pointe, en particulier le secteur de l’énergie atomique et la découverte de l’espace, et l’utilisation commune du système de navigation à travers le satellite russe GLONASS ».

Le chef de l’Etat russe a également déclaré que les échanges russo-égyptiens pourraient ne pas être effectués en dollar, mais en rouble et en livre égyptienne. Cette initiative est actuellement à l’étude au niveau des ministères concernés. « Nous utilisons déjà la monnaie nationale dans nos échanges avec plusieurs pays de la CEI et la Chine. Cette pratique a fait ses preuves, et nous sommes prêts à l’appliquer dans nos relations avec l’Egypte également. La question est actuellement à l’étude au niveau des ministères compétents dans les deux pays », a déclaré Poutine dans son interview. Le président a aussi expliqué que l’extension des échanges en monnaie nationale contribuerait à la mise en place de conditions plus favorables pour les touristes russes en vacances en Egypte, ouvrirait également de nouvelles perspectives pour la coopération commerciale d’investissement entre les deux pays et réduirait sa dépendance envers la conjoncture sur les marchés mondiaux.

Le secteur du tourisme a été très enrichi cette année par les touristes russes. Selon l’Agence fédérale russe pour les statistiques touristiques, l’Egypte occupe actuellement la deuxième destination touristique pour les Russes dans le monde. Plus de 2,18 millions de Russes ont visité l’Egypte au cours de la période allant de janvier à septembre 2014, soit une augmentation de 32% comparé à cette même période de 2013.

Pour une coopération anti-terroriste

La lutte contre l’EI reste le souci autour duquel se sont rassemblés les deux dirigeants égyptien et russe. Tous les deux ont abordé l’ensemble des questions relatives à la lutte contre les islamistes radicaux, y compris la question de savoir où et comment ces derniers reçoivent le pétrole qui constitue leur principal moyen d’existence. « La coopération stratégique russo-égyptienne dans le domaine de la lutte anti-terroriste s’impose aussi fortement sur l’agenda de cette visite. La Russie qui a vécu une expérience semblable à celle de l’Egypte avec la Tchétchénie, soutient, sur toute la ligne, la guerre anti-terroriste menée par l’Egypte contre les groupes djihadistes et n’a pas émis de réserve à ce propos, contrairement aux Américains, dont les positions restent toujours floues à cet égard », explique Kazzeiha. La confrérie des Frères musulmans est interdite en Russie depuis 2003, alors qu’elle a été déclarée organisation terroriste par l’Egypte. L’avis de Kazzeiha est partagé par l’expert sécuritaire Talaat Mossallem qui explique que, dès la première visite de Abdel-Fattah Al-Sissi en Russie, les deux hommes avaient discuté de la livraison d’armements russes à l’Egypte. En septembre, des médias russes avaient assuré que l’Egypte et la Russie s’étaient accordées sur la livraison de systèmes de défense antiaériens, d’hélicoptères et d’avions de combat pour 3,5 milliards de dollars. « Il faut savoir que le renforcement de la coopération militaire est très important sur plusieurs plans et non pas seulement sur le plan de l’armement. Cette coopération s’étend jusqu’à la formation et l’entraînement des troupes, l’entretien et la réparation des armes et des avions, l’achat d’armes et la tenue d’exercices conjoints avec les forces russes. Cette coopération militaire concerne aussi l’échange d’informations entre les services de renseignements des deux pays », précise Mossallem. Outre la coopération bilatérale, Abdel-Fattah Al-Sissi et Vladimir Poutine ont évoqué certains dossiers régionaux, notamment les conflits en Syrie, en Iraq, en Libye et la crise israélo-palestinienne.

Le dîner et la kalachnikov

Le dîner et la kalachnikov
(Photo : AP)

Le dîner et la kalachnikov
(Photo : AP)

Le président Vladimir Poutine était lundi à la Tour du Caire, invité du président Abdel-Fattah Al-Sissi à un dîner dans le restaurant tournant de la tour. Poutine a dégusté de la bissara (purée de fèves vertes) et des feuilles de vignes farcies, des spécialités culinaires nationales.

Considérée comme un symbole anti-américain en Egypte, la Tour du Caire a été construite sous la présidence de Gamal Abdel-Nasser.

Lors de l’échange des cadeaux officiels, le président Poutine a offert une kalachnikov au président Abdel-Fattah Al-Sissi.

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