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Sinaï  : La guerre s’annonce longue

Chérine Abdel-Azim, Mardi, 09 septembre 2014

La mort de 11 policiers dans le Sinaï, après l'explosion de leur véhicule blindé, relance les doutes sur la sécurité dans cette région. La péninsule est en proie au terrorisme.

Sinaï
L'armée et la police mènent régulièrement des opérations de ratissage dans le Sinaï. (Photo : Reuters)

Malgré des mesures sécuritaires renforcées, la situation dans la péninsule du Sinaï demeure préoccupante. La mort, le 2 septembre, de 11 policiers dans le nord du Sinaï sur la route entre Al-Cheikh Zowayed et Rafah, après que leur véhicule blindé eut heurté des explosifs, relance les interrogations sur la situation dans cette péninsule désertique.

La police et l’armée, engagées dans une guerre contre les djihadistes dans le Sinaï, détiennent-elles toujours l’initiative? « La guerre contre le terrorisme sera longue et pénible malgré l’arrestation d’un grand nombre d’éléments terroristes, explique Amr Ammar, ancien officier et expert stratégique. Ce qui se passe au nord du Sinaï est une guerre au vrai sens du terme. La police et l’armée se battent contre un ennemi invisible et caché », une situation différente de celle des années 1990.

A l’époque, le terrorisme était notamment financé à travers le vol de bijoutiers chrétiens. « C’était un financement local. Aujourd’hui, le financement du terrorisme provient de l’étranger, de pays comme le Qatar et la Turquie. N’oublions pas qu’après la destitution de Mohamad Morsi, les Etats-Unis se sont abstenus de livrer à l’Egypte les hélicoptères Apache et d’autres équipements militaires nécessaires pour faire face au terrorisme dans le Sinaï », souligne Ammar.

La situation sur le terrain évolue très vite. Par ailleurs, de nombreux Egyptiens sont partis en Syrie sous les Frères musulmans pour combattre le régime de Bachar Al-Assad. Beaucoup sont revenus et alimentent le terrorisme dans le Sinaï. « Le nombre de terroristes a augmenté dans le Sinaï. N’oublions pas que cette région est proche de Gaza, de la Syrie et de l’Iraq. Ces régions abritent un grand nombre de terroristes et de grandes quantités d’armes y transitent pour arriver dans le Sinaï, ce qui complique la tâche des autorités égyptiennes », souligne pour sa part Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Des informations circulent selon lesquelles des éléments de l’Etat Islamique (EI) seraient présents dans le Sinaï. 15 terroristes appartenant à ce groupe djihadiste qui opère principalement en Iraq et en Syrie, et qui est désormais connu pour sa cruauté et sa barbarie, ont été arrêtés fin juin alors qu’ils tentaient de traverser la frontière égyptienne dans le Sinaï, en provenance de la bande de Gaza. Selon certaines sources, ils auraient eu l’intention de créer une branche égyptienne de l’EI.

Une opération militaire est actuellement en cours contre des supposées cellules de l’EI dans la région escarpée du mont Al-Halal, au nord du Sinaï, non loin de la frontière avec Gaza. L’EI transmettrait aux groupes djihadistes égyptiens son savoir-faire en matière de création de cellules secrètes, de préparation d’attentats et d’attaques contre les forces de l’armée et de la police.

« Ce qui a rendu la situation délicate, c’est que depuis la révolution de 2011, le nouveau régime égyptien est occupé par ses problèmes internes et a négligé ses frontières, ce qui a permis l’infiltration de beaucoup d’extrémistes. En plus, l’année durant laquelle Mohamad Mosri était au pouvoir, l’Egypte avait également négligé ses frontières, surtout avec la bande de Gaza », souligne Yousri Al-Azabawi.

D’autres facteurs ont compliqué la situation. Ainsi, certains citoyens du Sinaï sont payés par les groupes djihadistes et certains vivent exclusivement de ces aides. « C’est vrai que ce sont les citoyens qui ont empêché l’explosion de 12 bombes il y a quelques jours dans la péninsule, mais il y a aussi des citoyens qui prennent position contre l’Etat », note Al-Azabawi.

A tout cela, viennent s’ajouter les marchands d’armes et les trafiquants de drogue qui pullulent dans la péninsule. Ceux-ci sont mécontents de la situation car ils étaient les principaux bénéficiaires des tunnels détruits par l’armée. Ils sont eux aussi en lutte contre les forces de sécurité.

Amr Ammar, également ancien officier, pense que cette guerre contre le terrorisme va se prolonger peut-être pendant un ou deux ans. Mais malgré les dégâts et la mort de nombreux policiers, l’armée a gagné beaucoup en expérience et a réussi aussi à établir de bonnes relations avec certains habitants de la péninsule, notamment dans ses endroits reculés.

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