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Nouveaux gouvernorats  : Quelles conséquences  ?

Ola Hamdi, Mardi, 26 août 2014

Le nouveau tracé des gouvernorats fait naître 3 nouvelles régions et met en place une expansion horizontale des gouvernorats de la Haute-Egypte. Les objectifs sont tant sécuritaires qu'économiques.

Nouveaux gouvernorats
Le premier ministre, Ibrahim Mahlab, dans sa tournée lors d'une visite à l'emplacement de la nouvelle ville de Alamein.

Le tracé annoncé la semaine dernière comprend 3 nouveaux gouvernorats à savoir Alamein, le Centre du Sinaï et les Oasis. L’Egypte possède désormais donc 30 gouvernorats au lieu de 27.

Au sud de l’Egypte, le tracé des gouvernorats a été entièrement modifié. Les gouvernorats de Fayoum, Sohag, Louqsor, Assouan, Béni-Soueif et Qéna voient leurs territoires élargis jusqu’à la mer Rouge. Les gouvernorats du Fayoum et de Louqsor doublent ainsi de superficies. Quant à la superficie du gouvernorat d’Assouan, elle augmentera de 102%, celle d’Assiout de 105% et celle de Sohag de 222%.

Au contraire, les superficies des gouvernorats de la mer Rouge et de la Nouvelle Vallée ont été réduites respectivement de 92% et 34%. Selon les responsables, le nouveau tracé vise à « assurer la parité des chances de développement entre les différents gouvernorats. Certains gouvernorats ont été élargis pour assimiler davantage d’investissements », a déclaré le général Adel Labib, ministre du Développement local. « Certaines zones pauvres ont été intégrées à des régions plus développées qui disposent de plus de ressources, notamment au sud du pays », a-t-il fait savoir.

Quel est l’objectif de ce nouveau tracé? Selon les experts, des considérations d’ordre sécuritaire et économique sont derrière cette modification du tracé. L’Etat entend créer dans les nouveaux gouvernorats des directions de la sécurité afin de « mieux lutter contre le terrorisme ». Cela est particulièrement vrai dans le Sinaï et la région de Alamein, frontalière de la Libye et connue pour le trafic d’armes en provenance de Libye.

La création d’un gouvernorat du Centre du Sinaï va permettre aussi de renforcer la sécurité dans cette région où les forces de sécurité sont confrontées à des attaques meurtrières depuis la destitution de Mohamad Morsi, le 3 juillet 2013. La zone est particulièrement instable depuis les années 2000. Plusieurs groupes armés y sont établis.

Outre les djihadistes, on y trouve des militants de mouvements palestiniens radicaux, ou encore des réseaux mafieux qui mènent différents trafics : migrants d’Afrique subsaharienne, armes et drogue. Ces raisons ont incité les responsables à créer un gouvernorat supplémentaire au centre du Sinaï avec l’objectif de renforcer le contrôle sécuritaire.

Assurer un développement plus équitable

L’autre motif est d’ordre économique. « Le nouveau tracé va aider à mieux exploiter les ressources des régions comme Alamein et les Oasis. Ces deux régions peuvent être intégrées au circuit touristique. Le développement du tourisme dans ces régions va créer des emplois pour les jeunes et arrêter l’exode rural vers les villes de la vallée du Nil, explique Manal Al-Batran, professeure de planification urbaine. La région des Oasis a beaucoup souffert de la négligence. Cette région était affiliée au gouvernorat de Guiza et les responsables de ce gouvernorat n’y prêtaient aucune attention ».

Selon les experts, la région des Oasis et celle de Alamein peuvent concurrencer l’Espagne en matière de tourisme. Alamein n’est pas loin des côtes italiennes et peut recevoir de nombreux touristes. La région souffre cependant d’un manque d’eau potable et de problèmes d’irrigation. Sa transformation en gouvernorat peut aider à résoudre ces problèmes.

Ce n’est pas la première fois que le tracé des gouvernorats est modifié. Il y a quelques années, le gouvernement avait créé les gouvernorats du 6 Octobre et de Hélouan, mais ils ont été annulés par la suite.

L’expansion horizontale des gouvernorats est nécessaire selon certains experts. « Nous vivons sur 5 % seulement de la superficie de l’Egypte et donc nous avons besoin d’une expansion horizontale pour sortir de la vallée du Nil », affirme Ibrahim Al-Dessouqi, professeur d’économie à l’Académie Sadate pour les sciences administratives.

Le problème est que la création de nouvelles directions de santé et de sécurité coûtera cher, au moment où l’Egypte souffre d’un déficit budgétaire. Même son de cloche pour Mamdouh Hamza, analyste et consultant en développement : « Aucune étude de faisabilité n’a été effectuée pour prouver que cette nouvelle carte va augmenter la production ou réduire le chômage. Le nouveau tracé coûtera des milliards. Le fait de donner à certains gouvernorats une profondeur désertique et un accès à la mer va conduire à la perte de l’identité de ces gouvernorats. Par exemple, quel est l’intérêt d’ajouter 30 km à Minya pour avoir accès à la mer Rouge ? Va-t-on changer la nature de Minya pour qu’il se mette au tourisme des plages ? Et combien cela va-t-il coûter ? ».

Mais pour d’autres, cela vaut la peine de payer pour réaliser les objectifs poursuivis. « Le plus grand défi est de créer des emplois et de mettre les régions à l’abri du terrorisme. Ce nouveau tracé réalisera nos objectifs, même s’il coûte cher », défend Al-Batran.

Réactions mitigées

Toujours est-il que certains pensent qu’il aurait été préférable d’attendre le prochain Parlement pour approuver ce nouveau tracé des frontières. Dès l’annonce de la décision, des manifestations ont éclaté à Halayeb et Chalatine, qui refusent de faire partie du gouvernorat d’Assouan au lieu de celui de la mer Rouge. Selon eux, cela va conduire à un état de confusion parmi les habitants qui sont habitués à traiter avec les autorités administratives du gouvernorat de la mer Rouge. D’autres gouvernorats comme Assouan, Assiout et la Nouvelle Vallée ont accueilli favorablement la décision qui, selon eux, signifie une plus grande attention et surtout plus d’emplois.

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