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Législatives : La carte des alliances

Chaïma Abdel-Hamid, Dimanche, 20 juillet 2014

Les élections législatives prévues à la fin de l'année approchent, mais le paysage politique est plus que jamais éclaté et les alliances électorales se multiplient. Etats des lieux.

Législatives  : La carte des alliances

A l’approche des élections législatives, prévues vers la fin de l’année, le jeu des alliances électorales a commencé et plusieurs coalitions ont déjà vu le jour. L’emploi du scrutin de liste pour une partie des sièges (25%) a favorisé le recours aux alliances. Le politologue Yousry Al-Azabawi, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram souligne un autre facteur : « Tous les partis qui existent actuellement sur la scène n’ont aucun poids dans la rue égyptienne. C’est l’une des raisons qui les obligent à recourir aux alliances avant les élections parlementaires ». Et d’ajouter:« Ces partis cherchent à s’intégrer au sein de coalitions avec des partis qui ont le financement nécessaire pour couvrir les dépenses de la campagne électorale ».

Dans le camp des pro-Sissi, deux grandes coalitions sont déjà en place. La première, baptisée « La Nation égyptienne », a été formée à l’initiative de Amr Moussa, ancien candidat aux présidentielles de 2012 et président du comité des 50, qui a rédigé la Constitution. Selon Moussa, cette coalition vise à « rassembler la masse civile pour former un Parlement fort, capable de superviser le gouvernement ». Moussa vient d’ailleurs cette semaine d’annoncer les objectifs de cette alliance, à savoir « préserver les révolutions du 25 janvier et du 30 juin, assurer l’impartialité et l’équité des institutions de l’Etat envers les citoyens quelque soient leurs affiliations, et réformer les institutions de l’Etat ». Cette plateforme est centrée autour du parti libéral du Néo-Wafd avec 5 autres partis, à savoir, le parti d’Al-Tagammoe (Rassemblement unioniste progressiste), le parti de la Conférence (Al-Moatamar) fondé par Moussa, le parti des Conservateurs (Al-Mohafezine), le parti Egyptien social-démocrate, et le parti de la réforme et du développement (Al-Islah wa Al-Tanmiya). Elle comprend aussi certaines figures politiques comme l’ambassadeur Mohamad Al-Orabi, le politologue Amr El-Shobaki, l’ancien député Moustapha Al-Fiqi et d’autres. « Cette plateforme vise à procurer un soutien politique au président Sissi, c’est-à-dire le prochain parti au pouvoir en quelque sorte. Depuis le 30 juin, le président Sissi a recueilli un large soutien populaire, mais il lui manquait le soutien politique. D’où ces coalitions qui se forment autour de lui. Ces coalitions sont formées de partis et de mouvements qui ont soutenu Sissi pendant sa campagne électorale et qui veulent à présent leur part du gâteau », explique Al-Azabawi. Et d’ajouter : « La coalition de Amr Moussa paraît la plus forte, elle compte plusieurs personnalités célèbres et possède un financement important. Mais au niveau des idées cette alliance est aussi vide et faible que toutes les autres ». Avant la création de cette coalition, Amr Moussa avait essayé de créer une plateforme avec le général Mourad Moafi, l’ancien chef des renseignements. Mais celle-ci, critiquée et accusée de réunir les feloul du régime de Moubarak, a échoué. Beaucoup de partis ont refusé d’y adhérer.

La « Nation égyptienne » tente à présent de rallier le plus grand soutien possible. Après avoir convaincu le parti Egyptien social-démocrate et le Néo-Wafd de rejoindre ses rangs, elle essaie de convaincre un parti comme Al-Masriyine Al-Ahrar (les Egyptiens libres) de faire de même. Hossam Al-Kholi, secrétaire général adjoint du parti du Néo-Wafd, explique les raisons qui ont poussé son parti à rejoindre cette plateforme électorale. « Nous tenons à un Néo- Wafd indépendant. Mais nous avons trouvé qu’il était plus judicieux de rejoindre une plateforme électorale pour couvrir les 120 sièges des listes fermées. Quant à la partie uninominale du scrutin, nous la couvrirons seuls loin de toute coalition », explique Al-Kholi. Et d’ajouter que son parti a émis comme condition pour rejoindre cette coalition, l’absence des feloul de Moubarak et des islamistes au sein de celle-ci. L’autre coalition dans le camp des pro-Sissi est celle fondée par l’ancien candidat à la présidence Ahmad Chafiq. Celle-ci, baptisée Al-Haraka Al-Wataniya (le mouvement nationaliste), comprend aussi Misr Baladi (l’Egypte mon pays) un mouvement fondé récemment dans le but de fournir un appui politique au président Sissi. Selon les observateurs, cette alliance n’a aucun poids politique. Elle s’appuie principalement sur les figures de l’ancien régime de Moubarak surtout pour le financement de la campagne électorale, ainsi que sur la popularité de la personne d’Ahmad Chafiq, deuxième de la présidentielle de 2012 avec 48% des voix. Les figures du Parti national démocrate, parti au pouvoir sous Moubarak, viennent d’ailleurs d’être autorisées par la justice à participer aux élections législatives.

Outre ces coalitions formées autour du président Sissi et qui visent à jouer le rôle du parti au pouvoir au sein du prochain Parlement, d’autres coalitions aspirent à former une réelle force d’opposition. C’est notamment le cas de « La Justice sociale », une coalition de 25 partis, mouvements et syndicats comprenant aussi certaines personnalités publiques et des membres de l’Association égyptienne pour le changement (fondée par Mohamad Al-Baradei), le rassemblement des Egyptiens à l’étranger, le parti de la Conférence populaire nassérien, et d’autres mouvements encore, comme l’explique Gamal Zahran, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et membre de cette coalition. « Notre coalition est la seule réelle sur la scène politique. Nous avons tous les mêmes objectifs à savoir former un Parlement fort qui travaille parallèlement au président de la République. Notre but n’est ni de soutenir aveuglément les décisions du président ni de s’y opposer sans raison », explique Zahran. Les objectifs déclarés de cette coalition ne sont pourtant pas très différents de ceux annoncés par les autres alliances. Notamment la réalisation de la justice sociale, du développement total, de la liberté, de la démocratie et l’indépendance nationale.

Les partis dit pro-Sabahi ont eux aussi formé une coalition. Baptisée « La Coalition du courant démocratique », celle-ci réunit les partis qui ont soutenu lors des dernières présidentielles le candidat Hamdine Sabahi comme Al-Karama (la dignité), l’Alliance populaire socialiste, le parti Al-Dostour (la Constitution), Al-Adl (la justice), Misr Al-Horriya (l’Egypte libre) et Al-Tahalof Al-Chaabi (la coalition populaire). Certains de ces partis sont de tendance libérale et d’autres sont de gauche. Abdel-Ghaffar Chokr, membre de cette coalition, affirme que cette alliance est « la plus forte parmi toutes celles présentes sur la scène politique ». « Notre coalition est forte par ses principes auxquels nous ne renoncerons jamais. Si les coalitions pro-régime cherchent à faire revenir l’ancien régime, notre coalition sera toujours là pour s’opposer à toute décision qui sera contre l’intérêt du pays et du peuple », lance Chokr.

Les islamistes peinent à trouver une alliance

Les partis islamistes comme Misr Al-Qawiya (l’Egypte forte) et Al-Nour sont sans coalitions. La Coalition de soutien à la légitimité qui réunit des partis islamistes pro-Morsi, comme la Gamaa islamiya, le parti d’Al-Watan, le parti d’Al-Assala et d’autres, ont décidé de boycotter les élections. Pour eux, participer aux élections législatives c’est reconnaître le régime en place et accepter la feuille de route.

Sameh Eid, spécialiste des mouvements islamistes, analyse la situation du partid’Al-Nour en particulier. Celui-ci comptera principalement sur le scrutin uninominal pour présenter les nouvelles et les anciennes figures du parti. Mais son vrai problème est les 120 sièges consacrés au scrutin de liste. « Le parti est obligé d’adhérer à une coalition pour couvrir les quotas concernant les femmes et les coptes. Déjà, lors des élections de 2012, le parti avait du mal à inscrire des femmes et des coptes sur ses listes. Aujourd’hui, le quota est beaucoup plus important », précise Eid. Ce parti qui a soutenu la révolution du 30 juin a déjà commencé à préparer ses candidats qui se présenteront sous le scrutin uninominal mais son problème est de trouver une coalition qui l’accepte. « Aucune coalition ne courra le risque d’intégrer un parti islamiste sur ses listes électorales car ces partis sont rejetés par une majorité des Egyptiens », explique Al-Azabawi qui précise qu’Al-Nour cherchera sans doute à rejoindre l’une des coalitions pro-régime. Chaabane Abdel-Alim, cadre du parti salafiste, précise que le choix d’une coalition est toujours à l’étude au sein du parti. « Nous suivons toutes les coalitions qui sont actuellement sur la scène afin de décider celle à laquelle nous allons adhérer. L’essentiel pour nous est de trouver une coalition qui ne soit pas opposée à nos principes », affirme-t-il.

A quelques mois des élections, le paysage politique égyptien est plus que jamais éclaté. Le politologue Amr Hachem Rabie commente : « Avec autant de partis et de coalitions, il faut s’attendre à un Parlement faible ». Et de conclure : « Chaque parti politique cherche avant tout son propre intérêt ».

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