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L’Egypte réintègre le giron africain

Héba Nasreddine , Mardi, 01 juillet 2014

Abdel-Fattah Al-Sissi revient d'une tournée africaine qui l'a mené en Algérie, en Guinée équatoriale et au Soudan. Sécurité, gaz et barrage éthiopien ont dominé les rencontres.

Al-Sissi
L'Egypte a réussi à être replacée sur la scène africaine.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a achevé cette semaine une tournée africaine qui l’a mené en Algérie, en Guinée équatoriale et au Soudan. Objectif : replacer l’Egypte sur la scène africaine. Il s’agit du premier déplacement à l’étranger de Abdel-Fattah Al-Sissi depuis son investiture en mai dernier.

Sissi a participé aux travaux du 23e sommet de l’Union africaine à Malabo et s’est entretenu, en marge du sommet, avec nombre de chefs d’Etat, dont ceux du Tchad, du Liberia, de Gambie, du Sénégal, de Mauritanie et d’Ouganda. Les entretiens ont porté sur la situation en Afrique et les questions d’intérêt commun ainsi que sur la coopération bilatérale.

Mais c’est à Alger que le chef de l’Etat s’est rendu en premier le 25 juin, pour des discussions avec son homologue algérien Abdel-Aziz Bouteflika. Deux questions principales étaient à l’ordre du jour, à savoir la lutte contre le terrorisme et la coopération économique.

« La lutte contre le terrorisme est un sujet qui intéresse les deux pays. L’Egypte et l’Algérie ont des frontières communes avec la Libye. Or, ce pays est en proie à l’anarchie et témoigne de l’avènement de groupes extrémistes. Pour protéger ses frontières, l’armée algérienne s’est engouffrée à l’intérieur des frontières libyennes. L’Egypte souhaite coordonner avec les autorités libyennes à ce niveau », explique Hicham Hassan, politologue.

Le Caire craint, en effet, que le territoire libyen ne se transforme en fief pour les groupes djihadistes qui opéraient dans le Sinaï comme Ansar Beit Al-Maqdess et autres. Certains de ces groupes extrémistes se trouvent déjà sur le territoire libyen, ce qui constitue une menace pour la sécurité de l’Egypte. Un rapprochement peut être fait entre les événements qui ont eu lieu en Algérie en 1992 et ceux que l’Egypte a connus en 2013. D’où un état de compréhension mutuelle.

Mais outre le dossier sécuritaire, il était surtout question à Alger de coopération économique. Le Caire, qui souffre d’une pénurie de gaz naturel, a les yeux rivés sur le gaz algérien. « Depuis les événements du 30 juin, Le Caire est en brouille avec le Qatar, son principal fournisseur en gaz. Le Caire cherche donc des alternatives et veut surtout obtenir le gaz algérien à bon prix », poursuit Hicham Hassan. Le Caire et Alger ont signé un accord gazier selon lequel l’Algérie s’engage à fournir à l’Egypte ses besoins en gaz naturel.

Al-Sissi s’est ensuite rendu à Malabo, la capitale de Guinée équatoriale, où se déroulaient les travaux du 22e sommet de l’Union africaine. L’Egypte, l’un des pays fondateurs de l’UA, avait été suspendue de l’organisation en 2013 après les événements du 30 juin.

Le Caire attendait l’occasion pour revenir au sein de l’UA. « Le sommet de Malabo était l’occasion à ne pas rater pour l’Egypte, pour se replacer sur la scène africaine et montrer son intérêt pour le continent noir », analyse Hani Raslane, spécialiste des pays du bassin du Nil au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Le président égyptien a prononcé une allocution devant le sommet soulignant les « défis auxquels sont confrontés les pays africains ». Défis qui exigent, selon lui, une coopération renforcée entre les pays du continent. Le chef de l’Etat a mentionné la paix, la sécurité, la démocratie et le développement économique et social. Il s’est engagé à ce que « l’Egypte oeuvre avec les pays africains pour résoudre les conflits et renforcer son rôle dans les missions de maintien de la paix sur le continent ». Il a affirmé que l’Egypte ne se dissocierait pas du panafricanisme, qu’il a qualifié de « très important pour le développement de l’Egypte ».

De même, il a annoncé la création d’une agence égyptienne de partenariat pour le développement en Afrique, dont la mission est de soutenir la mise en oeuvre de projets de développement en Afrique.

L’épineux barrage éthiopien

L’autre grand dossier dont il a été question au cours de cette tournée africaine est le barrage éthiopien de la Renaissance. A Malabo, Al-Sissi s’est entretenu avec le premier ministre éthiopien. Les deux hommes ont convenu de « poursuivre la coopération » au sujet du barrage de la Renaissance.

Depuis plusieurs mois, la tension était à son comble entre Le Caire et Addis-Abeba sur fond de la construction du barrage. Al-Sissi avait déclaré, lors de son discours d’investiture, qu’il « ne laisserait pas le barrage provoquer une crise avec l’Ethiopie ».

« A Malabo, Sissi a cherché à détendre l’atmosphère. Il a dit que l’Ethiopie avait le droit de penser à son développement, tout comme l’Egypte en a le droit. La rencontre avec le premier ministre éthiopien en marge du sommet a été fructueuse. Les deux parties se sont accordées sur une série de mesures en matière d’exploitation hydrique, et le gouvernement éthiopien s’est engagé à éviter tout dommage collatéral sur les exploitations des eaux du Nil en Egypte. Elles ont aussi convenu de créer un comité pour poursuivre le dialogue au sujet du barrage », analyse Hani Raslane.

Il a également été question du barrage de la Renaissance au Soudan. Le gouvernement soudanais avait, en septembre dernier, laissé entendre qu’il soutenait le barrage éthiopien. Un fait qui a exaspéré l’Egypte. D’où la visite cette semaine dans ce pays du président Sissi.

La tournée africaine du président Sissi marque le retour de l’Egypte sur la scène africaine après une absence de 30 ans. L’Egypte a soutenu les pays africains sous Nasser dans leur lutte pour l’indépendance et les a aidés financièrement. De même, l’Egypte a joué un rôle principal dans la mise en place de l’Organisation de l’unité africaine en 1963. Sous Sadate, les relations égypto-africaines ont connu un froid, notamment avec l’Ethiopie, en raison du dossier de l’eau.

Et le rôle égyptien en Afrique a commencé à décliner. Moubarak a accordé à ses début une certaine importance à l’Afrique et a été élu président de l’Organisation de l’unité africaine 2 fois, de 1989 à 1990 et de 1993 à 1994. Mais la tentative d’assassinat de Moubarak à Addis-Abeba en 1995 l’a éloigné de l’Afrique. Sous Morsi, l’Egypte a fait une timide tentative de revenir sur la scène africaine, mais sans grands résultats.

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