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Les libéraux en phase de reconquête

Ola Hamdi, Mardi, 23 octobre 2012

Attaqués une semaine aupara­vant sur la place Tahrir, les libé­raux sont reve­nus marquer leur territoire. Les islamistes, eux, ont choisi de s’abstenir. Reportage.

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Harmonie et complicité, telle a été l'atmosphère vendredi sur Tahrir. (Photo: Hachem Aboul-Amayem)

Les troubles continuent. Une semaine après les affrontements sanglants ayant opposé sur la place Tahrir partisans et détracteurs du président Mohamad Morsi, des milliers de manifestants ont à nou­veau afflué ce vendredi pour une nouvelle mani­festation ayant pour slogan « L’Egypte n’est pas une propriété privée ! ». Ils protestaient contre l’influence des islamistes, critiqués notamment pour leur prédominance dans l’assemblée consti­tuante, chargée de rédiger la nouvelle Constitution qui peine à naître.

La manifestation était organisée par plusieurs groupes et formations « révolutionnaires » qui dénoncent aujourd’hui la prédominance des isla­mistes dans la vie politique. Libéraux et laïcs sont partis de plusieurs points du Caire pour converger sur le lieu emblématique de la révolu­tion. « Liberté, justice, à bas l’assemblée consti­tuante ! », ont-ils scandé. Ils ont également crié des slogans hostiles à Mohamad Badie, numéro un des Frères musulmans.

L’atmosphère était différente ce vendredi à cause notamment de l’absence des islamistes. Un seul podium a été installé par les membres du parti libéral Al-Dostour. Devant le musée, les hauts-parleurs diffusaient des chansons patrio­tiques. C’est surtout après la prière de midi que les manifestants ont commencé à arriver en masse en provenance de sept lieux de rassemble­ments à Mohandessine, Choubra, Sayéda Zeinab …

Des autobus venant d’Alexandrie et de Mansoura dans le Delta, ainsi que de Minya, et d’autres gouvernorats de Haute-Egypte, dépo­saient en continu de nouveaux groupes de mani­festants. Les revendications sont multiples: jus­tice sociale, dissolution de l’assemblée consti­tuante, re-jugement des anciens responsables impliqués dans le meurtre de manifestants, récu­pération des fonds trafiqués à l’étranger par les hommes de l’ancien régime, lutte contre la cor­ruption dans la bureaucratie et l’appareil éta­tique… la liste est longue.

« Je viens de Mansoura pour demander des comptes au président Morsi, 100 jours après son investiture. Parce que rien n’a changé: la pau­vreté, le chômage, l’injustice et la corruption gangrènent toujours l’Egypte », proteste Hicham Noureddine, 28 ans, au chômage.

Il est 13h, les militants du mouvement du 6 Avril débarquent, environ une centaine de per­sonnes qui scandent d’une même voix: « A bas à bas le régime du guide ! ». Ceux qui sont déjà là vont à leur rencontre et s’approprient leur slo­gan. Un scénario qui se répète à chaque fois que l’arrivée d’un nouveau groupe de manifestants est annoncée par les hauts-parleurs.

« Nous sommes là aujourd’hui pour dire au président, vous êtes élu pour répondre aux besoins du peuple, non pour placer les islamistes dans les institutions de l’Etat », lance depuis le podium la militante Gamila Ismaïl, du parti Al-Dostour.

« Morsi, dégage ! »

« L’Egypte est le tombeau des Frères musul­mans », « Morsi, dégage ! », « Le peuple veut la fin du régime des Frères musulmans », « Pour une Constitution de tous les Egyptiens », les banderoles couvrent le centre de la place avec des dizaines de photos de l’ancien président Gamal Abdel-Nasser.

Les jeunes du courant populaire, une ombrelle de partis créée par le candidat malheureux à la présidentielle, Hamdine Sabbahi, ont amené sur la place un faux chameau pour réclamer les droits des martyrs de la bataille du Chameau et critiquer les verdicts innocentant les respon­sables accusés de l’avoir organisée. Les Ultras, eux, ont lancé au ciel de la place des feux d’arti­fice.

Peu avant le coucher du soleil, les manifestants se sont dirigés vers le siège du Conseil consulta­tif (la Choura), dans la rue Qasr Al-Aïni, pour réclamer la dissolution de l’assemblée consti­tuante.

De l’avis de plusieurs manifestants, la journée ressemblait beaucoup aux 18 jours de révolution de 2011, l’harmonie régnait entre les principaux partis qui ont participé. Avant la chute de Moubarak, les islamistes faisaient partie inté­grante de cette mosaïque. Mais cela n’était pas le cas ce vendredi.

« Ceux qui participent à cette manifestation n’ont pas le sens de la responsabilité, ils ne cher­chent qu’à produire des crises », estime le porte-parole du parti salafiste Al-Nour, Younès Makhion. La Jamaa islamiya et son parti poli­tique, la Construction et le développement, ont également boycotté la manifestation qui vise à « déstabiliser le pays et à mettre en difficulté son président élu », selon Mohamad Hassan, direc­teur du bureau d’information de la Jamaa.

L’absence des islamistes a cette fois-ci permis aux libéraux de scander leur message haut et fort: refuser la prédominance d’une seule faction politique tout en s’assurant que la place Tahrir, microcosme de l’Egypte, « ne devient pas pro­priété privée » .

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