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Quand vacances riment avec sécurité

Héba Nasreddine, Mardi, 25 février 2014

Le report, pour la deuxième fois, de la rentrée scolaire et universitaire met en question l’efficacité de la politique sécuritaire face aux manifestations estudiantines.

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Le gouvernement a décidé mercredi dernier de reporter au 8 mars la reprise des cours dans les écoles et les universités, qui devaient reprendre initialement le 22 février. Raison invoquée : des réparations dans certains établissements endommagés par les heurts entre partisans et opposants au président destitué Morsi, et le renforcement du dispositif sécuritaire.

Un report est intervenu sur fond d’escalade de la violence frappant depuis plusieurs mois les universités. Cette semaine, ladite « Coalition du soutien de la légitimité » a appelé à une semaine de manifestations au sein des universités. Ce qui pourrait expliquer les appréhensions du gouvernement à l’égard du chaos qui pourrait se produire dans les universités.

Investies par les manifestations des Frères musulmans, les universités se sont transformées au cours des derniers mois en véritables champs de bataille entre les étudiants pro et anti-Morsi. Afin d’y rétablir l’ordre, plusieurs mesures ont été prises. Outre l’autorisation de la présence des forces de sécurité au sein des universités, les recteurs des universités sont autorisés à écarter tout étudiant commettant des actes de violence. Des éléments de karaté seront aussi présents dans les écoles.

L’expert en sécurité, Mahmoud Qatary, explique que ces manifestations estudiantines font partie de la stratégie de la confrérie visant à perturber la transition et embarrasser le pouvoir en place. « Les étudiants Frères musulmans cherchent à s’affronter régulièrement avec les policiers, pour se présenter en victimes devant l’opinion publique et diaboliser la police. Un plan que le gouvernement a voulu avorter en décalant la rentrée, dans le but d’achever un plan sécuritaire », justifie Qatary.

Mais pour le politologue Ahmad Abd-Rabbou, le durcissement des mesures de sécurité ne pourra pas mettre fin à cette violence dans les universités. « Sous prétexte de lutter contre la violence, des libertés risquent d’être bafouées. Il est primordial de concevoir une loi qui définit clairement les moyens et buts de cette intervention, devenue nécessité absolue », souligne Abd-Rabbou. Selon lui, la solution sécuritaire ne pourra à elle seule régler la crise politique. « Les actions abusives des étudiants reflètent cette crise politique aiguë du pays. Il est temps d’entamer un dialogue qui aidera à apprendre aux jeunes les principes de la tolérance et de l’acceptation d’autrui. La répression n’a jamais réglé de problème », conseille Abd-Rabbou. Mais dans son durcissement de la sécurité, le gouvernement est soutenu par une vaste tranche de la société, lassée par trois années d’instabilité et de violence.

Au-delà des volets sécuritaire et politique, ce sont des millions d’étudiants qui payent la facture de ce report. Cette décision a d’ailleurs des répercussions négatives sur tout le système éducatif, puisque le ministre de l’Education a demandé de raccourcir les programmes. Les universités, pour leur part, sont en train d’étudier la suppression du congé de samedi, l’intensification des cours et le prolongement de l’année universitaire. D’autres professeurs ont décidé de publier les cours sur CD ou de les diffuser sur le site Internet de l’université, car il ne reste que quelques semaines avant la fin de l’année universitaire.

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