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Revue de presse: Morsi dans la ligne de mire

Najet Belhatem, Mercredi, 17 octobre 2012

Les heurts sur la place Tahrir de vendredi dernier, jumelés à l’affaire du procureur général, ont provoqué chez les éditorialistes une vague de commentaires hostiles au président et à la confrérie des Frères musulmans

« Ce qui s’est passé à la place Tahrir vendredi soir en clashs et blessés montre qu’il y a un état de confusion et d’anarchie au sein des institutions du pouvoir et aussi au sein des forces de l’opposition. Et comme toutes les cartes sont brouillées à tous les niveaux, on ne sait plus qui gouverne et qui joue le rôle de l’opposition, et quelles sont les limites de l’entente et du désaccord entre les deux »,écrit le politologue Hassan Nafea dans le quotidien Al-Masry Al-Youm. Et d’ajouter plus loin : « L’image du président était avant le vendredi en amélioration constante, et certains se sont imaginés que le fait pour le président d’écarter les militaires à un moindre coût politique voulait dire que l’état de confusion des premiers jours a disparu à jamais. Mais la décision de démettre le procureur général (ndlr : alors que le président n’a pas ce droit) montre que la défaillance est d’ordre structurel et que la présidence ne s’est pas encore transformée en une vraie institution malgré la nomination de 17 conseillers et de 4 adjoints au président. Le parti des Frères musulmans paraissait lui aussi en passe de se développer dans le bon sens en tant que parti de la majorité, mais la manière dont il a usé face aux manifestations de vendredi démontre qu’il ne s’est pas encore transformé en un vrai parti au pouvoir ».

Dans un autre article de Hatem Hafez dans le tout nouveau journal en ligne Al-Bedaya, l’auteur réagit aux accusations contre les Frères musulmans d’avoir envoyé des milices sur la place Tahrir pour attaquer les manifestants. Il confirme que la confrérie a effectivement des milices : « Comme tout groupe franc-maçon, il fallait que la confrérie ait des milices. Au début, elles s’appelaient l’organisation secrète qui a vu la fin de ses jours en se transformant en scout. Ils ont aussi des camps d’entraînement au su et au vu de la Sûreté de l’Etat pendant l’ère Moubarak et jusqu’à maintenant. Le dernier de ces camps a eu lieu à Fayoum il y a juste quelques jours. Ces camps ne se concentrent pas seulement sur les entraînements aux arts martiaux, mais s’intéressent également à deux questions, d’abord la solidarité entre les membres, et ensuite les conférences d’ordre religieux. La première fois où la confrérie a mis ces milices devant les caméras ce fut à l’Université du Caire. Le régime de Moubarak y a vu une dérive au jeu dont il avait posé les conditions dans sa relation avec la confrérie. S’en est alors suivi une vague d’arrestation des cadres des Frères musulmans, ce qui a poussé la confrérie à nier toute relation avec ces milices. Ces dernières ne sont revenues au-devant de la scène que le 28 janvier 2011, quand la place Tahrir est tombée aux mains des révolutionnaires qui avaient besoin de renfort … ». L’auteur poursuit qu’après la révolution, ces milices ont refait leur réapparition contre ceux qui étaient avec eux sur la place, elles ont contrecarré une manifestation pacifique l’empêchant de parvenir au Parlement alors aux mains des Frères musulmans. Le jour de l’invalidation du Parlement, elles étaient là pour s’attaquer à des symboles de la révolution. Bref, à chaque manifestation jugée hostile par les Frères musulmans, les milices étaient là. « Mais la grande apparition de ces dernières fut ce vendredi 12 octobre, où des forces de l’opposition ont appelé à une manifestation pour demander des comptes au président ».Et de conclure : « Le non-dit dans cette affaire est la relation du président Morsi avec les événements du vendredi. Car qui connaît la confrérie sait que Morsi n’est qu’un membre dans une organisation pyramidale qui a à sa tête le guide suprême Mohamad Badie, qui est la référence religieuse et politique ».

Là où se termine cet éditorial commence celui d’Ibrahim Eissa dans le quotidien Al-Tahrir, qui ne ménage pas ses mots à l’égard du président de la République : « Le président actuel de l’Egypte est un membre d’une organisation secrète qui a vécu sa vie à planifier dans l’ombre et qui cache à ses plus proches la vérité sur ses positions et avis. C’est un président entraîné par la confrérie à avoir des positions doubles. C’est avec cette caractéristique qu’il est venu au pouvoir pour nous gouverner. Tout ce qu’il a fait depuis son arrivée a un seul but, à savoir servir la confrérie, et il a échoué à être le président de tous les Egyptiens. C’est le président des Frères musulmans, il est convaincu que c’est un groupe légal. Il est même de connivence avec la confrérie pour rédiger une Constitution à sa mesure ; il nomme ses hommes dans tous les appareils de l’Etat et ne fait rien sans les ordres de la confrérie, et aucune décision ni loi n’est sortie de son bureau sans l’aval de la confrérie. Voire il défend même la baltagade sa confrérie sur la place Tahrir ».

Dans Al-Shorouk, un éditorialiste écrit : « Ce que je vois c’est que les opposants à Morsi et aux Frères musulmans sont de plus en plus convaincus que le seul résultat de la révolution est qu’ils étaient gouvernés par un despote qu’ils ont déchu facilement pour voir au pouvoir un groupe de despotes qu’il sera difficile d’évincer, surtout si ce groupe use des milices et pas du parti politique ».

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