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Ahmad Al-Boraï : Il serait inacceptable que nous restions silencieux face à un terrorisme aveugle.

Magda Barsoum, Lundi, 06 janvier 2014

Le ministre de la Solidarité sociale, Ahmad Al-Boraï, revient sur la décision du gouvernement de déclarer les Frères musulmans « organisation terroriste ». Cette décision est, selon lui, pleinement justifiée.

Il serait
Ahmad Al-Boraï

Al-Ahram Hebdo : La récente décision du gouvernement de déclarer la confrérie des Frères musulmans « groupe terroriste » a soulevé des réac­tions très controversées. Comment justifiez-vous cette décision du point de vue juri­dique ?

Ahmad Al-Boraï : Cette déci­sion était à l’étude depuis le ver­dict en septembre interdisant les activités de la confrérie et de son parti politique ainsi que le gel de ses avoirs financiers. Les Frères étaient accusés d’incitation à la violence et au meurtre. Lorsque tous les éléments juridiques ont été réunis, le gouvernement a pris cette décision et a déclaré les Frères musulmans « organisation terroriste ».

— Certains sont d’avis que cette décision va inciter les Frères à basculer davantage dans la violence. Qu’en pensez-vous ?

— Le recours à la violence par les Frères n’est pas nouveau. Ils l’ont toujours fait. Nous savons qu’ils veulent renverser le régime et leur méthode depuis leur créa­tion il y a 83 ans n’a pas changé, ils ont eu recours à la violence, à la destruction et aux assassinats. Nous sommes tout à fait conscients de leur plan et les appareils de sécurité sont prêts à encore plus de sacrifice afin de faire échouer les Frères musulmans.

— Certains pays, notamment les Etats-Unis, se sont dits « inquiets » de la décision du gouvernement égyptien. Qu’en pensez-vous ?

— Ces réactions n’ont aucun sens et ne nous obligeront jamais à reculer. Il serait inacceptable que nous restions silencieux face à un terrorisme aveugle sous pré­texte que nous craignons les réac­tions internationales. Face à la violence croissante des Frères, le gouvernement n’avait pas d’autre choix. Certains pays comme la France et la Russie ont condamné fermement le terrorisme actuel en Egypte. Face à ce danger qui menace les citoyens, nous ne devons prêter aucune attention à la position des autres pays. Si l’Administration américaine pense qu’en soutenant les Frères musulmans, elle peut récupérer l’argent qu’elle a donné à la confrérie, ou qu’elle peut mettre à exécution le plan d’implanta­tion des Palestiniens dans le Sinaï, nous disons que ce groupe terroriste ne reviendra jamais au pouvoir car le peuple égyptien l’a rejeté, et s’opposera à son retour et non pas le gouvernement, l’ar­mée ou la police. La preuve en est qu’après l’attentat terroriste à Mansoura, qui a fait d’énormes dégâts, il y a eu des manifesta­tions dans cette ville et à Mahalla. Les gens brandissaient des slo­gans tels que « Vous avez 48 heures pour partir » et « La peine de mort est la solution ». Faut-il attendre qu’une guerre civile éclate ?

— Le gouvernement a décidé de geler les avoirs de 1 055 asso­ciations oeuvrant dans le domaine caritatif et soupçon­nées de coopérer avec les Frères. Comment cette décision va-t-elle prendre effet sur le terrain ?

— La Banque Centrale a pré­venu 44 banques du pays de la décision de geler les avoirs de ces associations. Nous avons juste besoin d’un peu de temps pour appliquer correctement la déci­sion, afin de maximiser les béné­fices et minimiser les pertes. Les banques doivent nous informer de la nature des comptes dont dispo­sent ces associations et le mon­tant des sommes déposées. Nous préparons en ce moment une liste d’observateurs qui seront chargés de gérer ces associations et contrôler leurs comptes.

— Quel est le but de cette décision ?

— Le but est de garantir que les fonds des ONG ne soient pas exploités dans des activités qui nuisent à la sécurité nationale. Les conseils d’administration des ONG continuent à faire leur tra­vail normalement, mais ils n’au­ront pas accès aux comptes sans prendre la permission des comi­tés de contrôle formés par le ministère.

— Mais ont-elles le droit de recevoir des dons ou des aides ?

— Oui parfaitement. Elles ont le droit de recevoir des dons qui seront déposés sur leurs comptes bancaires, mais elles ne peuvent pas accéder directement aux comptes.

— Ne pensez-vous pas que cette décision nuise à un grand nombre de citoyens, qui bénéfi­cient de l’aide fournie par ces associations ?

— Nous avons tous les rensei­gnements concernant les citoyens qui obtenaient ces aides et les ser­vices rendus par ces associations. Nous n’allons pas permettre que les besoins des pauvres soient exploités à des fins maléfiques.

— La décision peut-elle avoir des répercussions négatives sur le plan économique ?

— Non, il n’y aura aucune répercussion de ce genre sur le plan économique. La preuve en est que la Bourse n’a pas été influen­cée par cette décision. Les inves­tisseurs sentent que l’Egypte est sur la bonne voie et que l’avenir sera meilleur.

— Pensez-vous que cette déci­sion ait une influence sur le vote en faveur de la Constitution ?

— Toutes les tentatives des Frères musulmans de gâcher le référendum des 14 et 15 janvier n’auront aucun effet. Le gouver­nement est parfaitement conscient de leur plan et leurs mouvements qui seront affrontés avec fermeté.

— Pourquoi avez-vous décidé de ne pas changer les conseils d’administration de ces associa­tions ?

— La décision de ne pas chan­ger les conseils d’administration est dans l’intérêt général et l’inté­rêt des employés qui travaillent dans ces associations en attendant que les comités de contrôle achè­vent leur travail. Tout changement dans les conseils d’administration pourrait avoir des effets néfastes et ne serait pas conforme à la loi.

— Existe-t-il d’autres mesures prises par le ministère de la Solidarité sociale pour faire face au terrorisme ?

— Une réunion se tiendra pro­chainement avec le Dr Mohamad Mokhtar Gomaa, ministre des Waqfs, pour discuter des méca­nismes permettant de placer les mosquées affiliées aux ONG sous la direction du ministère et nom­mer des imams accrédités par le ministère à la place de ceux qui répandent des idées destructrices. Effectivement, ces mosquées étaient exploitées pour diffuser des idées extrémistes servant les intérêts politiques des Frères musulmans.

— Etez-vous pour l’élection présidentielle avant les législa­tives ?

— Je suis pour l’élection prési­dentielle d’abord, mais je soutien­drais le résultat du dialogue entre le président, Adly Mansour, et les forces politiques et révolution­naires sur cette question. En fin de compte, ce qui importe c’est d’ap­pliquer la feuille de route.

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