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L’intrigue Al-Sissi

Najet Belhatem, Lundi, 06 janvier 2014

Plus le temps passe, plus la surenchère sur la probable candidature du général Abdel-Fattah Al-Sissi à la tête de l'Egypte s’échauffe. Cette semaine, elle prend un virage nouveau et significatif.

« Les discussions autour de la candidature du général Abdel-Fattah Al-Sissi, ministre de la Défense et vice-premier ministre, à la présidence, suscitent une vaste polémique, entre affirmations médiatiques et négations officielles. Ce qui dévoile que cette question ne sera pas tranchée aisément et que cela ne se fera pas tout de suite », écrit le quotidien Al-Watan, qui a publié durant la semaine les détails d’une réunion du Conseil suprême des forces armées autour de la question de la candidature d’Al-Sissi à la magistrature suprême. « Une source de haut niveau a dévoilé que ladite réunion s’est tenue lundi dernier et a été le théâtre de vives discussions sur ce dossier. La source a indiqué qu’Al-Sissi a affirmé en début de réunion que son objectif est de faire parvenir l’Egypte à bon port, quel que soit le poste qu’il occupe ». Le journal, repris par la chaîne de télévision saoudienne MBC Misr, avance que 2 scénarios étaient à l’étude : « Le premier ne comprenait pas Al-Sissi comme candidat à la présidence, et les sources ont affirmé que le général le soutenait, mais la réunion s’est terminée par l’adoption du deuxième scénario, qui prévoit la candidature du général à la présidence et la nomination du général Sedqi Sobhi à la tête du ministère de la Défense ».

Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Saout Al-Omma, Abdel-Halim Qandil, qui était un fervent opposant du président déchu Moubarak, a affirmé que la question de la candidature d’Al-Sissi connaît « un réel développement » et que le général Sedqi Sobhi va lui succéder à la tête du ministère de la Défense, expliquant que c’est Al-Sissi qui « a proposé l’idée de sa candidature lors de la réunion du Conseil suprême des forces armées, et que ce dernier a donné sa bénédiction ».

Une question de temps ?

Au centre de ces affirmations, les forces armées, par l’intermédiaire de leur porte-parole, sont sorties de leur réserve sans confirmer ni nier les informations rapportées par la presse. « Le porte-parole militaire, Mohamad Ahmad Ali, a déclaré via sa page officielle Facebook que les forces armées affirment ce qui suit :

1. L’institution militaire et ses chefs ne se réfèrent pas dans la publication d’informations la concernant à des sources anonymes, mais à ses organismes et chefs concernés et les publient au moment opportun.

2. Les forces armées se concentrent durant la période actuelle sur les échéances telles que tracées par la feuille de route après la révolution du 30 juin, dont les plus importantes sont le référendum sur la Constitution et la défense du pays contre les dangers externes et internes.

3. Certains médias tentent de traiter les informations en relation avec les forces armées considérées comme un scoop, sans regard sur les conséquences sur la sécurité nationale égyptienne durant cette période critique.

4. Nous appelons tous les médias nationaux à faire preuve de précision et de crédibilité concernant les informations rapportées à propos des forces armées ».

Cela voudrait-il seulement dire que le moment opportun n’est pas encore arrivé ? Selon l’ex-général Sameh Seif Al-Yazal, directeur du Centre de la République pour les études stratégiques, « la candidature d’Al-Sissi est encore au stade de la réflexion et de l’étude. La décision n’a pas encore été prise. Le ministre de la Défense attend le référendum sur la Constitution, qui lui donnera un indice sur la volonté du peuple en faveur de sa candidature. Le référendum est crucial pour la prise de décision concernant la candidature d’Al-Sissi à la présidence ».

Président ou président du président

Le site d’information en ligne Al-Wadi a publié un article où il a réuni les avis de plusieurs officiers militaires à la retraite, dont le commandant en chef Mohamad Hani Yousri, qui a déclaré : « La décision du Conseil suprême des forces armées ne sera prise qu’après une mûre réflexion et après un soutien populaire à la candidature d’un candidat militaire ». Soutien qui sera exprimé par un « Oui » massif lors du référendum sur le projet de Constitution.

Ce dernier, prévu les 14 et 15 janvier, sera donc décisif, car en même temps que le débat sur la candidature ou non d’Al-Sissi, un autre sujet surgit : quelles élections seront tenues d’abord, les législatives ou les présidentielles ? Le quotidien Al-Shorouk précise, en se basant sur des sources « bien informées » que le débat sera tranché après le référendum sur le projet de Constitution qui stipule dans son article 230 qu’il est possible de tenir l’une ou l’autre élection d’abord. Les sources ont affirmé : « Le fait que le général Al-Sissi retarde l’annonce de sa candidature à la présidence veut dire que l’annonce de la modification de la feuille de route (ndlr : cette dernière prévoyait des élections parlementaires d’abord) sera retardée après le référendum, d’autant plus que le dialogue national tenu par le président Adly Mansour avec les forces politiques et sociales a montré que la plupart (à savoir la majorité) de ceux qui ont soutenu l’option de l'élection présidentielle d’abord comptent sur le fait que le général Al-Sissi est le candidat qui a le plus de chances pour se présenter à ces élections et les remporter ». Pour sa part, le journaliste et cadre du parti de gauche Al-Tagammoe, Saad Hagrass, résume bien la situation. « L’idée de la candidature d’Al-Sissi n’est pas nouvelle. Elle remonte à avant le 30 juin. Après cette date, Al-Sissi est devenu le poids lourd de la politique égyptienne. Il sera ou bien le président, ou bien le président du président », dit-il.

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