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Egypte : Al-Sissi président … ou pas ?

Najet Belhatem, Mardi, 12 novembre 2013

La presse égyptienne est unanime à saluer le rapprochement égypto-russe non sans une note de sentimentalisme qui ne sied pas à la realpolitik de Moscou. Au même moment, le général Al-Sissi demeure le héros des prochaines présidentielles.

« La Cour d’Alexandrie pour les affaires urgentes a ajourné, aujourd’hui, la séance de l’affaire obligeant le général Abdel-Fattah Al-Sissi à présenter sa candidature au poste de président de la République », pouvait-on lire le dimanche dernier sur les pages du quotidien Al-Watan. De quoi donner une illustration de l’engouement pour le général, au point d’inten­ter un procès pour l’obliger à prendre la prési­dence ! Et plus le temps passe, plus la question de la présidence gagne en acuité. Le quotidien en ligne Al-Dostour publie le même jour un article sur les potentiels candidats : « Il est clair que la bataille pour la présidence a commencé avant l’heure alors que le premier chapitre de la feuille de route pour la phase transitoire n’a toujours pas été concrétisé, à savoir la Constitution ».

Le journal ajoute : « Il est clair que dans le cas d’une candidature du général Abdel-Fattah Al-Sissi, le résultat des élections paraît presque tranché en sa faveur, vu la grande popularité dont il jouit ». Le journal fait ensuite le listing des autres candidats potentiels qui se présenteraient si Al-Sissi venait à ne pas briguer la présidence. « Cinq noms sont en lice même si quatre ont annoncé qu’ils ne se pré­senteraient pas si le général le faisait. Il s’agit du général Ahmad Chafiq, qui a été le second candidat à rafler les suffrages après Mohamad Morsi, qu’il talonnait avec une différence très réduite des voix. Ensuite, il y a Hamdine Sabbahi, la surprise des dernières élections, qui a gagné 5 millions de voix sans aucun sou­tien financier et qui a déclaré que si les forces révolutionnaires le demandaient, il se présente­rait aux prochaines élections. Le troisième nom est celui du général Sami Anan, qui se présente comme un fort candidat se basant sur son passé militaire comme chef d’état-major des forces armées lors de la période du Conseil suprême militaire au pouvoir suite à la chute de Moubarak. Quant au quatrième candidat potentiel, Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, le chef du parti Masr Al-Qawiya, il compte sur les voix de toutes les factions du courant de l’islam politique, puisqu’il sera le seul à se targuer de porter le titre de candidat islamiste ».

Mais au milieu de l’euphorie générale en faveur du général, des voix tentent de chanter en dehors du choeur, comme celle de l’écrivain Bilal Fadl, qui écrit dans le quotidien Al-Shorouk : « On sait tous qu’Al-Sissi est le président de la République, qu’il se présente au poste ou qu’il demeure à celui de ministre de la Défense, car le prochain président fera en sorte de le satisfaire dans toutes les décisions qu’il prendra, et il y aura une duplicité du pouvoir qui ne permet à aucun pays respectable d’aller de l’avant ».

La Russie sous les feux de la rampe

Et justement, sur un autre registre mais sur la même longueur d’onde, la presse s’est fait l’écho de la prochaine visite du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et a lié cela au changement de cap de l’Egypte. « Avec la ten­sion qui prévaut au niveau des relations entre Le Caire et l’Occident, la politique étrangère égyptienne s’est dirigée vers l’ours russe pour diversifier les sources d’achat d’armes. Et ce chemin suivi par le général Abdel-Fattah Al-Sissi est-il celui emprunté par le président Nasser qui obtenait son armement de l’URSS ? », écrit l’agence O News Agency dans un article d’analyse sur de probables contrats d’armements entre la Russie et l’Egypte, à l’occasion de la visite du responsable russe.

Cette visite — et avant elle celle d’une déléga­tion égyptienne de diplomatie populaire à Moscou composée de plusieurs personnalités égyptiennes et d’intellectuels — a suscité une série d’articles d’opinion qui louent le réchauf­fement des relations entre les deux pays à un moment où « Washington a décidé de ne pas conclure la vente de 12 avions Apache à l’ar­mée égyptienne qui devaient être remis le mois prochain. La transaction a été signée en 2009. L’Administration américaine a aussi gelé la vente de 4 avions F16 à l’armée égyptienne après la chute du président Morsi, et Obama a ensuite annoncé l’annulation des manoeuvres Bright Star prévues en septembre dernier ». Dans un article publié dans le quotidien Al-Tahrir, le journaliste et ex-président du syn­dicat des Journalistes, Galal Aref, exprime son enthousiasme, comme beaucoup d’éditoria­listes, pour ce nouveau cap.

« Les relations avec Moscou entrent dans une nouvelle phase, et les deux parties se remémorent une ancienne amitié qui fut un exemple de coopération inter­nationale. Le Haut-Barrage est témoin de la profondeur de ces relations. C’est avec les armes russes que nous avons combattu et gagné en 1973. Et le plus important est que lorsque Nasser a eu des divergences avec Khrouchtchev, les travaux du Haut-Barrage ne se sont pas arrêtés et les transactions d’armes non plus. Sadate a fait un revirement par rap­port à Moscou, mais les apports en armes ne se sont pas arrêtés, voire de nouvelles transac­tions ont été signées », dit-il.

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