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L’Egypte et l’équation soudanaise

Dr Amani Al-Taweel , Samedi, 06 mai 2023

La crise au Soudan inquiète l’Egypte qui possède de vastes frontières avec ce pays. Le Caire appelle les belligérants à un cessez-le-feu immédiat. Focus.

L’Egypte et l’équation soudanaise

Le conflit au Soudan inquiète bien l’Egypte. Depuis le début de la crise, Le Caire multiplie les contacts avec ses voisins régionaux afin de contenir l’escalade dans ce pays. C’est dans ce contexte que le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a reçu le 29 avril, un appel téléphonique du ministre par intérim des Affaires étrangères du Soudan du Sud, Deng Dao. Les deux hommes ont évoqué les moyens de parvenir à un cessez-le-feu permanent au Soudan, sur la base de l’initiative égypto-sud-soudanaise convenue lors de l’appel entre les présidents des deux pays le 16 avril. Choukri a souligné que l’Egypte et le Soudan du Sud sont parmi les pays les plus touchés par le conflit au Soudan en raison de leurs frontières avec le pays. Parallèlement, le président Sissi a passé en revue cette semaine lors d’un appel téléphonique avec le président du Conseil européen, Charles Michel, les efforts déployés par l’Egypte pour réduire l’escalade. Le Caire appelle à un cessez-le-feu immédiat au Soudan.

L’Egypte possède d’étroites relations avec le Soudan. Et le conflit dans ce pays représente une menace pour la sécurité nationale égyptienne, car le Soudan est directement lié à un certain nombre de dossiers considérés comme stratégiques par l’Egypte, notamment celui du barrage de la Renaissance. L’Ethiopie a annoncé que les négociations sur le barrage « ne sont plus possibles » en raison de l’absence du Soudan en tant que l’une des principales parties en négociation. En ce qui concerne la sécurité de la mer Rouge, le Soudan possède une côte adjacente à celle de l’Egypte qui s’étend sur plus de 750 kilomètres, sans oublier les risques d’un exode de la population soudanaise vers l’Egypte d’une manière qui exerce des pressions sur les infrastructures logistiques alors que la situation économique est difficile. De plus, la crise au Soudan peut mener à une expansion du terrorisme en Afrique de l’Est et de l’Ouest, ce que Le Caire considère comme une menace directe. Le président Sissi a affirmé que le conflit au Soudan est « une affaire interne » et que l’Egypte « ne soutient pas une partie aux dépens de l’autre ». Ces déclarations apparaissent comme une réponse aux allégations du commandant des Forces de Soutien Rapide (FSR) au Soudan, Mohamed Hemeti, selon lesquelles des « avions étrangers ont attaqué ses positions ». Bien que Hemeti ne possède aucune preuve sur ces allégations, elles ont trouvé un écho dans certains médias internationaux et auprès de forces régionales qui ont un intérêt direct à troubler les relations entre l’Egypte et le Soudan.

Tenir compte de la nature du conflit

Le représentant de l’Egypte auprès de la Ligue arabe a appelé à la non-ingérence internationale dans les affaires soudanaises. On sait que les FSR possèdent des liens avec la Russie. Or, une éventuelle implication russe peut amener à une réaction américaine et faire entrer la crise soudanaise dans un sombre tunnel.

Selon le représentant de l’Egypte auprès de la Ligue arabe, Le Caire soutient une transition réunissant civils et militaires. Une position fondée sur trois considérations. La première est que la situation géopolitique au Soudan ne permet pas que le courant civil dirige, seul, la situation étant donné les divisions historiques qui sévissent entre ses composantes. La deuxième considération est que le courant civil semble être influencé par la position occidentale à tel point de rejeter les éléments de l’ancien régime qui possèdent des capacités économiques et militaires et qui ont des bases sociales importantes qu’il serait erroné de sous-estimer. La troisième considération est qu’une partie de la composante civile soudanaise, qui appelle à une transition démocratique, est hostile à l’Egypte ayant la conviction qu’elle soutient nécessairement l’armée soudanaise.

Le Caire encourage donc une solution qui tienne compte de la nature du conflit au Soudan, de sa diversité politique et ethnique et aussi des pressions régionales exercées sur le Soudan. L’Egypte a lancé deux initiatives, la première en partenariat avec le Soudan du Sud et la seconde en partenariat avec les Emirats arabes unis, après l’apparition claire d’une polarisation régionale autour de la première initiative. L’action égyptienne s’est heurtée à une contre-action tout à fait attendue de la part d’Addis-Abeba sous l’égide de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui a annoncé une action présidentielle africaine conjointe qui a attiré le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, ainsi que les présidents du Kenya et de Djibouti. Il s’agit là d’une nouvelle tentative éthiopienne de saper le rôle égyptien au Soudan. Mais l’Egypte est résolue à poursuivre ses efforts en vue de régler la crise car, pour Le Caire, la sécurité de l’Egypte est liée à celle du Soudan.

*Présidente du département des études africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram

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