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Nouveau Delta: Changer la face de l’Egypte

May Al-Maghrabi , Dimanche, 16 avril 2023

Le projet du nouveau Delta, lancé récemment par le gouvernement, vise à augmenter la superficie des terres agricoles de 3,5 millions de feddans. Objectif : assurer la sécurité alimentaire. Explications.

Nouveau Delta : Changer la face de l’Egypte
Le président Sissi lors d’une réunion destinée à examiner le projet.

Augmenter la production agricole, garantir l’autosuffisance alimentaire, réduire la facture d’importation des produits alimentaires, mais aussi booster les exportations agricoles et assurer le flux de devises étrangères. Tels sont les principaux objectifs du mégaprojet du nouveau Delta. Le projet vise à cultiver 3,5 millions de feddans, soit le tiers de la superficie agricole actuelle. Situé le long de l’autoroute Rod Al- Farag-Al-Dabaa, à 30 minutes de la ville du 6 Octobre, il est considéré comme le plus grand projet de développement agricole connu par l’Egypte. L’objectif est de cultiver 2,2 millions de feddans et de créer un nouveau Delta, parallèlement à la culture de 1,1 million de feddans au sud de Tochka et de 456 000 feddans au nord et au centre du Sinaï.

Cette semaine, le président Sissi s’est entretenu avec le premier ministre, Moustapha Madbouli, le ministre de la Défense, le général Mohamad Zaki, le président de l’Autorité des affaires financières des forces armées, le général Ahmad Al-Chazli, le conseiller du président de la République pour les questions urbaines, le général Amir Sayed Ahmad, et le directeur exécutif de l’Autorité égyptienne pour le développement durable, le colonel Bahaeddine Al-Ghannam, afin de suivre les derniers développements du projet. Selon un communiqué de la présidence, le président a été informé de l’état des travaux, notamment la construction des routes, des puits et du réseau d’approvisionnement en électricité. Il a souligné l’importance de recourir aux techniques les plus modernes en matière d’agriculture et d’irrigation. « Nous n’avons pas le luxe d’attendre », a souligné le président.

Le projet du nouveau Delta fait partie de la stratégie agricole 2030 qui consiste à faire une expansion horizontale dans le but d’assurer l’autosuffisance alimentaire au vu notamment de la croissance démographique et de la guerre en Ukraine qui a eu d’importantes répercussions sur la sécurité alimentaire dans le monde entier, surtout en Afrique. Un objectif qui justifie ces projets en dépit de leurs coûts élevés, comme a indiqué le président Sissi. « Cultiver un million de feddans coûte jusqu’à 250 milliards de L.E. et peut-être plus dans les années à venir en raison de la crise économique mondiale. Or, l’Egypte n’a d’autres choix que de couvrir ses besoins », a déclaré le chef de l’Etat.


Les travaux sont en cours pour le creusement de la plus grande rivière artificielle d’une longueur de 114 km.

Garantir la sécurité alimentaire Bahaa Al-Ghannam, directeur du projet, affirme que celui-ci sera exécuté sur 4 phases et fournira plusieurs denrées agricoles, en particulier le blé. « Le projet, qui a permis de cultiver 600 000 tonnes de blé en 2022 et permettra de cultiver un million de tonnes en 2023, réduira la facture des importations agricoles égyptiennes, qui tourne autour de 8 milliards de dollars. Il faut savoir que l’Egypte importe 80 % de son blé de Russie et d’Ukraine », assure Al-Ghannam. Il explique que l’autoroute Rod Al-Farag-Al-Dabaa est proche des ports, des aéroports, des zones industrielles et des principaux réseaux routiers. Ainsi, le transport des produits agricoles sera plus facile et moins coûteux. « C’est un grand plus pour l’économie nationale », assure-t-il. Avis partagé par Nader Noureddine, professeur des ressources hydriques à l’Université du Caire, qui trouve que l’augmentation de la superficie agricole n’est plus un luxe pour l’Egypte, dont la population a franchi la barre des 100 millions d’habitants. « Le taux de croissance démographique en Egypte est nettement supérieur à celui de la productivité agricole, ce qui a entraîné la hausse des exportations des produits agricoles. Aujourd’hui, l’Egypte est le premier importateur mondial de blé, le deuxième importateur de maïs et le cinquième importateur d’huile. Le pays importe également 100 % de ses lentilles, 80 % des haricots et 32 % du sucre. Une situation qui pèse sur l’économie nationale, notamment avec la crise mondiale en cours. Les projets agricoles en cours d’exécution sont essentiels pour combler ce déficit alimentaire. Ils pourraient réduire au moins d’un tiers la facture des importations alimentaires, ce qui permettra d’économiser les devises, et cela se répercutera positivement sur l’économie nationale », affirme Noureddine, rappelant que le secteur agricole contribue au PIB du pays à hauteur de 14 %, représente 28 % de l’emploi et 55 % de l’emploi rural. En plus, ces projets permettront de créer des milliers d’emplois directs et indirects étant donné qu’ils offrent d’innombrables opportunités d’investissement.

Rivière artificielle

La première phase du réseau électrique nécessaire au projet a été achevée, alors que pour fournir l’eau nécessaire à la culture de ces vastes terrains, surtout avec la pénurie d’eau dont souffre le pays et qui constitue un énorme défi, le ministre de l’Irrigation, Hany Soweilam, a fait savoir que l’eau recyclée et l’eau souterraine seront utilisées pour l’irrigation. Des techniques d’irrigation modernes et des méthodes de culture intelligentes qui ont recours à l’imagerie satellitaire seront utilisées pour concevoir de nouvelles variétés plus productives. Le ministre a précisé que le projet du nouveau Delta serait irrigué par une nouvelle rivière artificielle de 114 km de long. Celle-ci fournira 10 millions de m3 d’eau. Elle sera divisée en canaux couverts pour préserver l’eau de la perte. Le parcours de cette rivière comprendra 12 stations d’élévation de l’eau et une grande usine de traitement dans la zone de Hammam. Selon le ministre, jusqu’à présent, 35 % des travaux de construction des canalisations ont été achevés. Des efforts importants qui s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie de sécurité alimentaire destinée à éviter au pays les conséquences de l’instabilité dans les chaînes d’approvisionnement due à la crise mondiale. C’est ce qu’affirme Abou Al-Fotouh, député à la commission de l’agriculture au Sénat. « L’Etat a accordé un grand intérêt ces dernières années à la promotion du secteur agricole. L’objectif est d’augmenter l’efficacité des cultures stratégiques en augmentant les zones cultivées. 14 000 projets en tout ont été lancés, y compris celui du nouveau Delta. Ces projets ont créé de nouvelles agglomérations agricoles qui offrent des emplois, ce qui permet de faire face à la croissance démographique », affirme le député. Et de conclure : « Le projet du nouveau Delta renforce la compétitivité des exportations agricoles égyptiennes ».

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