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Le grand retour du Sénat

May Al-Maghrabi, Mercredi, 12 août 2020

Les élections du Sénat ont débuté mardi 11 et se poursuivent ce mercredi 12 août. 14 092 bureaux de vote sont à pied d’oeuvre pour accueillir les 63 millions de citoyens inscrits sur les listes électorales. Retour sur les enjeux du scrutin.

Le grand retour du Sénat
Les Egyptiens à l’étranger votent aux élections du Conseil consultatif dans 124 pays.

Les Egyptiens à l’étranger ont voté les 9 et 10 août aux élections du Sénat par courrier, alors qu’à l’intérieur, les 14 092 bureaux de vote ont ouvert mardi leurs portes pour accueillir pendant les deux jours des élections (11 et 12 août) les 63 millions d’électeurs. Les résultats devraient être annoncés le 19 août et s’il y a un second tour, il se tiendra les 8 et 9 septembre prochain. Lachine Ibrahim, président de l’Autorité Nationale des Elections (ANE), a exhorté samedi dans un dis­cours télévisé les Egyptiens à l’étranger et en Egypte à participer massivement aux élections du Sénat. « Un devoir politique national qu’il faut accomplir », a dit Lachine. Le vote par courrier pour les Egyptiens à l’étranger est une mesure de précaution due au coronavirus. Les Egyptiens résidant à l’étranger, détenteurs d’un passeport ou d’une carte d’identité valide et qui sont inscrits sur les listes électorales, ont impri­mé leurs bulletins de vote sur le site de l’Auto­rité nationale des élections et les ont envoyés ensuite par courrier aux 140 missions diploma­tiques égyptiennes à l’étranger. Sur le territoire égyptien, les élections se tiennent sous la sur­veillance de 18 000 juges et de nombreuses ONG, a indiqué l’ANE. D’importantes mesures de prévention ont été prises pour éviter la propa­gation du Covid-19, dont la désinfection des bureaux de vote, le port obligatoire des masques et le respect de la distanciation sociale. La cam­pagne électorale s’est tenue pendant deux semaines sur les réseaux sociaux à l’exception de quelques meetings électoraux qui n’ont ras­semblé que quelques dizaines de personnes comme l’a exigé l’ANE. Parallèlement, les forces de sécurité ont été déployées devant les bureaux de vote et les routes qui y mènent.

787 candidats et une liste

Aboli en 2012, l’ancien Conseil consultatif (Sénat), dont le mandat a une durée de 5 ans, a été rétabli en vertu des amendements constitu­tionnels de 2019. Il est régi par la loi 141/2020 promulguée en juin dernier. Il est composé de 300 membres dont un tiers élu au scrutin de liste fermée, un tiers au scrutin individuel et un tiers nommé par le président de la République. 10 % des sièges sont réservés aux femmes. 787 candi­dats indépendants dont 91 femmes se disputent les 100 sièges réservés au scrutin individuel dans 27 circonscriptions. Concernant le scrutin de liste fermée majoritaire, une seule liste, « la liste nationale pour l’Egypte », dirigée par Moustaqbal Watan, parti majoritaire au Conseil des députés, et regroupant 11 partis et courants politiques sur les 100 partis que compte l’Egypte, brigue les élections dans 4 circonscriptions. Moustaqbal Watan y présente 59 candidats, le parti du Peuple républicain 10 candidats, les Défenseurs de la nation 10 candidats, le néo-Wafd 8 candidats, le Mouvement national 2 candidats, la Réforme et le développement 3 candidats, le Rassemblement unioniste progres­siste 2 candidats, le Congrès 1 candidat, les Egyptiens libres 1 candidat, le Parti socialiste démocratique 3 candidats et le parti de l’Egypte moderne 1 candidat. L’ancien président de la Haute Cour constitutionnelle, Abdel-Wahab Abdel-Razeq, président de Moustaqbal Watan, l’homme d’affaires Ahmad Abou-Hachima et l’écrivaine de gauche Amina Al-Naqqach sont parmi les figures de cette liste. Hossam Al-Kholi, vice-président du parti Moustaqbal Watan, affirme, lui, que la représentation des candidats sur la liste a été établie en vertu d’un consensus entre les partis. « Les défis actuels font que nous devons valoriser la coopération et placer l’inté­rêt de la patrie au-dessus des intérêts partisans limités », affirme Al-Kholi. Selon lui, la liste unifiée est dans l’intérêt des partis qui n’ont pas les moyens de briguer les élections à cause de la largeur des circonscriptions électorales dans le scrutin de liste. Ce que ne nie pas Mohamad Anouar Al-Sadate, président du parti de la Réforme et du développement, qui fait savoir que les partis d’opposition et une majorité de nouveaux partis ont échoué à former une coali­tion électorale capable de faire la concurrence. « La porte de la candidature a été ouverte le 11 juillet, le temps était donc restreint, surtout que beaucoup de partis ne disposent pas de res­sources financières nécessaires. Nous avons préféré nous présenter sur la liste de Moustaqbal Watan plutôt que de ne pas briguer les élec­tions », indique Al-Sadate.

Le pari de la participation

La compétition électorale est donc limitée aux sièges individuels. Là aussi, Moustaqbal Watan part favori pour rafler la majorité des sièges, explique Amr Hachem Rabie, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Le parti qui domine le scrutin de liste a présenté au scrutin individuel 95 candidats. Ce parti, créé en 2014, a réussi en peu de temps à élargir ses bases, ce qui n’est pas le cas des autres partis, qu’il s’agisse de partis fondés dans le sillage de la Révolution de 2011 ou d’an­ciens partis et qui sont en état de fragmenta­tion », pense Rabie.

Le taux de participation est l’un des défis de ces élections. Selon l’article 25 de la loi du Sénat, une liste doit remporter au moins 5 % des voix, soit 3 millions de voix valides. Or, les élections du Conseil consultatif ont toujours attiré peu d’électeurs, car son rôle est plutôt consultatif. En 2012, le taux de participation aux élections du Conseil consultatif était de 12,75 %, contre 54 % aux élections de l’Assemblée du peuple en 2011 et 28,3 aux législatives de 2015. « Même si le taux de participation a augmenté après la Révolution de 2011, il reste assez faible en raison de la passivité de l’héritage politique et la faiblesse des partis. N’oublions pas cette année le coronavirus », explique Rami Mohsen, directeur du Centre national des recherches et des consultations parlementaires.

Renforcer la vie politique

L’importance de la seconde chambre du par­lement et son rôle ont été les grandes lignes des programmes électoraux des candidats. En vertu de l’article 8 de la loi, le Sénat sera consulté sur tout amendement proposé de la Constitution ou projets de loi complémentaires de la Constitution déférés par le président de la République ou le président du parlement, ainsi que sur les traités de paix et ceux relatifs à la souveraineté du pays. Le président de la République peut également demander l’avis du Sénat sur les questions de politique générale de l’Etat et sa politique arabe et étrangère. Le Sénat sera donc la « maison d’expertise » cen­sée enrichir la vie parlementaire comme l’es­time Farid Zahrane, président du parti l’Egyp­tien démocrate. « Même si le Sénat ne dispose pas d’autorité législative, son importance est du fait qu’il compte des experts dans divers domaines, ce qui n’est pas toujours le cas du parlement, ce qui permet de fournir l’expertise dont l’Etat a besoin pour les réformes poli­tiques et économiques. Le Sénat allégera le fardeau qui pèse sur le parlement dont l’agen­da législatif est chargé », conclut Zahrane.

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