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Intempéries : Plus de peur que de mal

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 29 octobre 2019

Les premières pluies de la saison ont frappé l’Egypte du 22 au 26 octobre, avec leur lot habituel de dégâts et de panique. L’intensité des précipitations, au-delà de la moyenne, en est à l’origine.

Intempéries : Plus de peur que de mal
Les équipements de secours ont été dépêchés sur les lieux sinistrés. (Photo : Mohamad Adel)

15 morts et 20 blessés, effondrements partiels de bâtiments, routes inondées, véhicules submergés, routes paralysées. Tel est le bilan des pluies du 22 octobre dernier. De fortes précipitations qui ont frappé Le Caire et d’autres gouvernorats du pays. Avec la seconde vague de pluies tombées vendredi 25 octobre, 9 bâtiments se sont partiellement effondrés à Alexandrie et à Port-Saïd, une salle de départ à l’aéroport du Caire a été inondée. De plus, un affaissement de terrain de 150 m de long, 30 m de large et 30 m de profondeur a été signalé sur la rocade du Caire, la plus importante autoroute du Caire, aujourd’hui temporairement fermée. « Un incident imprévu sur cette nouvelle autoroute, construite conformément aux normes de sécurité pour supporter les inondations. Elle est équipée de 4 gigantesques tuyaux pour le drainage d’eaux pluviales. Or, c’est l’orientation des pluies qui a causé cet affaissement », a commenté le ministre des Transports, Kamel Al-Wazir, lors de son inspection, jeudi 24 octobre, des dégâts survenus.

L’est de la capitale, notamment les quartiers d’Héliopolis et de Madinet Nasr, a été le plus touché par les plus fortes précipitations, mais aussi les plus sinistrées. Selon le communiqué du Conseil des ministres, 650 m3 d’eaux sont tombés en 90 minutes avec une intensité de 15 mm, soit « le double des quantités préavisées par l’Organisme de météorologie », a détaillé le communiqué. D’ailleurs, le gouvernement a reconnu que « l’état des infrastructures de la capitale n’était pas en mesure d’assimiler ces énormes quantités d’eaux, surtout en ce court intervalle de temps », a déclaré Nader Saad, porte-parole du Conseil des ministres. « A cela s’ajoute l’absence d’un système de canalisations destinées à évacuer l’eau et dont l’installation nécessite un budget colossal estimé à environ 300 milliards de L.E. », a révélé Saad. Pour sa part, Adel Hassan Zaki, président la Compagnie de drainage sanitaire du Caire, a détaillé que le réseau de drainage de la capitale, conçu en 1914, peut au maximum supporter 250 m3 d’eau en 24 heures avec une intensité de 4 mm au maximum. « Ce qui n’était pas le cas à l’est du Caire où les réseaux du drainage sanitaire n’ont pas pu drainer ces énormes quantités d’eaux qui ont submergé les routes », explique Zaki.

Les habitants des gouvernorats du Delta, du Sinaï et ceux d’Alexandrie ont aussi subi les répercussions des pluies torrentielles. Le bilan humain a été de 15 morts, la plupart des victimes ayant été électrocutées lorsque des câbles électriques ont été recouverts par l’eau.

Mesures d’urgence

Face à cette situation, le gouvernement a créé une cellule de crise travaillant 24h sur 24h pour prendre les mesures de secours nécessaires. D’autres dispositifs ont été mis en place : fermeture des écoles le mercredi 23 octobre et le samedi 26 dans certains gouvernorats, fermeture de certains ports. Le ministère de l’Intérieur a, pour sa part, lancé un schéma interactif sur Internet pour les conducteurs déterminant les lieux de chute de pluies, les lieux d’embouteillage et les routes alternatives. De même, le ministère du Tourisme a interrompu tous les voyages touristiques vendredi et samedi dans tous les gouvernorats du pays, alors que l’Organisme du métro souterrain et celui des chemins de fer ont effectué en urgence des travaux d’entretien pour éviter l’accumulation de l’eau. Un nombre suffisant de camions de pompage destinés à aspirer l’eau a été stationné dans les principales artères.

Face à ces mesures, le général Ossama Senger, ancien président du secteur de la gestion des crises et des catastrophes au Conseil des ministres, estime qu’il n’est pas question, cette année, de parler de défaillance ou d’incompétence des instances d’agir avec la situation. « Partout au monde, il est impossible d’éviter à 100 % les dégâts dus aux intempéries, et ce, quel que soit l’état des infrastructures », note Senger, qui ajoute que la gestion de la crise a été à la hauteur de la situation et a pu minimiser les dégâts. « Des camions de pompage ont été dépêchés à l’instant sur les lieux où s’accumulent les pluies, des gouverneurs et des chefs de municipalité se sont rendus sur le terrain et les ministères concernés, dont l’Intérieur, l’Electricité, et d’autres ont mis en place les mesures nécessaires. Ce qui a évité la répétition des catastrophes qu’avaient engendrées, en 2015 et 2016, les pluies torrentielles à Alexandrie et à Ras Ghareb en mer Rouge », assure Senger.

Bonne ou mauvaise gestion ?

Vision non partagée par l’urbaniste Medhat Al-Chazli, qui remet en cause les préparatifs à la saison des pluies. « On parle de pluies torrentielles qui ont duré 90 minutes. Quelle aurait été la situation si ces pluies avaient duré plus longtemps ? Il faut avouer qu’au-delà des infrastructures vétustes, comme le reconnaissent les responsables, si le réseau des égouts avait été bien entretenu à l’avance, les pluies ne se seraient pas accumulées partout », estime Al-Chazli. L’urbaniste Abbas Al-Zaafarani, de son côté, trouve qu’il faut traiter ce dossier avec plus d’objectivité. Selon lui, le manque de financement explique l’insuffisance des mesures préventives mises en place pour éviter les dégâts. « Des mesures qui impliquent une rénovation de fond en comble des réseaux de drainage sanitaire et des dispositifs sur les routes. Mais puisqu’il est difficile de l’exécuter pour le moment, mieux vaut recourir à des alternatives adéquates et moins coûteuses. A titre d’exemple, dans certains pays africains, on creuse tout simplement, sur les bords des routes, des voies qui passent d’un canal à l’autre jusqu’à les verser dans les rivières, lacs, puits ou autres. Une idée que l’Egypte peut appliquer », propose Al-Zaafarani. Il ajoute que dans les zones désertiques, il suffit de creuser des tuyaux à grande profondeur qui permettent de rassembler les eaux des pluies aux puits. Il pointe du doigt la négligence de l’entretien des lampadaires et des câbles qui ont entraîné la mort par électrocution. « Le ministère de l’Electricité et les municipalités doivent trouver des solutions immédiates pour qu’il n’y ait pas de câbles découverts », recommande-t-il.

Quoi qu’il en soit, le pire est passé. Selon le géologue Abbas Chéraqi, expert hydrique au Centre des recherches et des études africaines à l’Université du Caire, l’Egypte ne sera pas frappée au cours des prochains jours par un ouragan tropical, comme le disent les rumeurs qui ont circulé tout au long de la semaine. « C’est une dépression atmosphérique orbitale de 500 km de large qui a causé ces récentes intempéries. Il s’agit d’un phénomène météorologique rare qui se forme dans l’est de la Méditerranée, mais qui ne représente pas de grand danger », explique Chéraqi.

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