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Protéger la légitimité des urnes

Mohamed Abdel-Hady, Mardi, 02 juillet 2013

Les partisans du président Morsi sont venus défendre son régime face à une opposition désormais unie et déterminée à le renverser.

« Avec notre âme et notre sang, nous nous sacrifions pour toi, islam ! », « L’Egypte est un Etat islamique, que les laïcs le veuillent ou pas », hurlaient les manifestants, venus par milliers afficher un soutien sans faille au président Mohamad Morsi sur la place Rabea Al-Adawiya, devant la mosquée du même nom située dans le quartier de Madinet Nasr, à l’est du Caire.

Au pied d’une immense estrade érigée devant la mosquée, une banderole affiche les photos des jeunes Frères tués dans des heurts entre pro et anti-Morsi. « Assassinés par les bandits de Tamarrod, du Front national du salut (principales formations de l’opposition) et du Parti national démocrate », ex-parti au pouvoir du président Moubarak.

Les accès de la place sont hautement sécurisés par des comités civils, composés de jeunes hommes portant des casques, des gilets et munis de bâtons. Ils procèdent à la vérification d’identités pour interdire l’accès des lieux aux intrus, mais surtout aux journalistes « hostiles ». Depuis vendredi, plusieurs journalistes travaillant pour des médias « insidieux » ont été vilipendés par la foule survoltée. Le seul média visiblement présent était la télévision d’Etat.

Dans des coins retirés de la place, des groupes de jeunes se livrent à des exercices de scouts. Des tentes sont dressées un peu partout, et un camion chargé de nourriture et de boissons assure l’approvisionnement des manifestants. Des latrines de fortunes ont même été installées derrière la grande mosquée.

Dans ce havre de complicité pieuse, Al-Ahram Hebdo a pu s’introduire et donner la parole aux pro-Morsi. Mohamad Abou-Zahra, commerçant dans la cinquantaine, dit être là pour défendre la légitimité d’un président démocratiquement élu et à qui on impute la responsabilité des problèmes qu’il a hérités de ses prédécesseurs. « Il est normal qu’il ne parvienne pas, en un an, à régler des problèmes qui remontent à plus de 40 ans. On ne pourra le juger qu’à la fin de son mandat de 4 ans », pense-t-il. « D’ailleurs pourquoi ne parle-t-on jamais de ce qu’il a réalisé ? Il a amélioré le système de distribution des bonbonnes de gaz. Il a aussi réagi pour réduire les coupures d’électricité récurrentes », souligne-t-il.

« S’ils veulent évincer Morsi, qu’ils le fassent conformément à la Constitution. Si Morsi quitte le pouvoir sous la pression des manifestations, ça sera le chaos. A chaque fois que le gouvernement ne sera pas du goût d’une certaine formation politique, on réclamera le départ du président. Les libéraux et les laïcs bafouent la démocratie à laquelle ils ont tant aspiré », estime à son tour Abdel-Rahman Allam, vétérinaire originaire de Ménoufiya.

« Personne n’est infaillible »

Pour Ahmad Mahmoud, 38 ans, instituteur, Morsi a tendu la main à l’opposition pour intégrer son gouvernement. « Le président n’a pas cherché à frériser le gouvernement comme le fait croire l’opposition. Il a proposé à l’ancien ministre du Tourisme, Mounir Fakhri Abdel-Nour, de rester à son poste mais ce dernier a refusé. Gouda Abdel-Khaleq, ancien ministre de l’Approvisionnement, et Ali Azazi, ancien gouverneur de Charqiya, ont agi de même », rappelle Mahmoud, reprenant les exemples que le président a cités dans son dernier discours. « Le président Morsi a commis des erreurs, personne n’est infaillible, celui qui veut protester, qu’il le fasse à travers les urnes. Je trouve tout aussi absurde les plaintes de l’opposition qui se dit exclue. Dans tous les pays occidentaux, le président compose son gouvernement en faisant appel à des cadres de son propre camp », martèle Moustapha Badr, agronome, originaire de Ménoufiya.

Après avoir dénombré les réussites économiques du gouvernement : augmentation de salaires, des pensions-retraites et d’assurance sociale, … Badr reste convaincu que « l’un des plus grands exploits de Morsi est d’avoir renvoyé l’armée dans ses casernes ». S’il n’a pas pu entièrement gagner la confiance d’institutions comme la police et la magistrature, c’est parce que celles-ci restent gangrenées par la corruption et comptent des personnes hostiles au régime islamiste. « J’ai vu de mes propres yeux des généraux, des responsables au ministère de l’Intérieur, des anciens ministres se rendre sur la place Tahrir pour manifester contre le président Morsi », assure-t-il.

Pour les gens les plus simples, comme Abdel-Rahman, un quinquagénaire au chômage, Morsi a pris le pouvoir parce que c’est la volonté de Dieu. « Qui aurait pensé que le régime de Moubarak tomberait et que Morsi qui était en prison prendrait sa place », dit-il. Pour lui, les manifestations actuelles ne sont rien d’autre qu’une contre-révolution. « Nous avons mal interprété la liberté. Morsi devait être plus ferme et aller même jusqu’à dissoudre les partis de l’opposition », propose-t-il .

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