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30 juin : vers quel scénario se dirige-t-on en Egypte?

Sherif Tarek, Mardi, 18 juin 2013

Les risques de dérapages violents se profilent à l’approche des manifestations géantes prévues le 30 juin. Un face-à-face potentiellement dangereux est à prévoir entre opposants et partisans au président Morsi.

Morsi

A la veille des manifestations prévues par les opposants et les partisans du président Mohamad Morsi, les spéculations vont bon train quant à l’éventualité de voir le 30 juin tourner en guerre de rues, d’autant plus que les altercations verbales et les affrontements physiques entre islamistes et laïcs sont déjà évidents depuis des semaines.

« En se basant sur la situation actuelle, je m’attends à une catastrophe. Nous avons des factions en conflit qui sont prêtes à en venir aux mains », craint Mahmoud Kotri, un expert en sécurité. « Tous les ingrédients de la violence sont là, bien que l’Egypte n’ait jamais été témoin de combats d’ordre ethnique ou religieux, la bataille politique actuelle pourrait bien nous conduire à la guerre », ajoute-t-il.

Des groupes islamistes tels que Hazemoun (composé des partisans du prédicateur salafiste Hazem Abou-Ismaïl) et les prétendues brigades entraînées sous l’égide de la confrérie descendront dans la rue le 30 juin pour défendre Morsi et son administration.

Ils se retrouveront face à face avec des groupes d’opposants non moins connus pour leur violence comme les jeunes cagoulés des Black Bloc et des Ultras, ces supporters zélés de football. « Le manque de sécurité a permis à ces groupes de se développer et d’avoir une présence tangible dans la rue. Un jour comme le 30 juin, ils seront extrêmement dangereux », s’inquiète Mahmoud Kotri.

Les tensions ont atteint un point d’ébullition peu de temps après le lancement en mai dernier de Tamarrod (rébellion), une campagne qui a pour objectif de « retirer la confiance » du président Morsi en rassemblant les signatures de 15 millions de citoyens.

C’est cette campagne qui a appelé à des manifestations massives le 30 juin pour réclamer la destitution du président qu’elle accuse de « ne pas avoir mis en oeuvre des politiques pour améliorer la vie des gens ordinaires ». Le 29 mai, deux semaines après son lancement, la campagne prétend avoir déjà collecté 7 millions de signatures.

La majorité des partis et des mouvements non islamistes ont adhéré à l’appel aux manifestations prévues à la fin de ce mois, y compris le principal groupe d’opposition, le Front national du salut, dirigé par les anciens candidats à la présidentielle Mohamed ElBaradei, Amr Moussa et Hamdine Sabbahi.

Les forces et les personnalités islamistes, pour leur part, ont sévèrement critiqué cette campagne et ses partisans, qu’elles décrivent comme des « vestiges de l’ancien régime ». Les islamistes ont également annoncé qu’ils iraient jusqu’au bout pour défendre le premier président islamiste de l’histoire contemporaine égyptienne. Déjà, ils ont déclaré l’organisation d’une contre-manifestation pro-Morsi.

Assem Abdel-Maged, membre du mouvement ultraconservateur Al-Jamaa Al-Islamiya, a déclaré sur un ton menaçant qu’il « n’y a pas de limite à ce qui peut être fait pour protéger la légitimité du président et celle de l’Etat ». Il n’a pas été le seul à brandir la menace de la violence. Mohamad Al-Zawahiri (frère du numéro un d’Al-Qaëda Ayman Al-Zawahri) a affirmé, lui, que « la lutte armée pouvait être acceptable dans certaines circonstances ».

La police doit anticiper

« Nous avons deux camps qui se haïssent et qui sont prêts à se battre, si on ajoute à cela le fait que le port d’arme illégale est devenu un phénomène courant en raison du vide sécuritaire depuis la révolution, les chances de voir se déclencher des guerres de rues ne sont pas du tout exclues », renchérit un autre expert de sécurité, Ihab Youssef.

Youssef, également secrétaire général du « Peuple et police pour l’Egypte », une ONG locale, souligne le « manque d’efficacité » de la police qu’il rend responsable à l’avance de ce risque de violence.

La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim, a annoncé que lors des manifestations du 30 juin, la police serait déployée pour protéger les « institutions étatiques ». Les déclarations excluent de fait les sièges de la confrérie des Frères musulmans ou de tout autre parti politique de la protection policière.

Le ministre a souligné que la garde présidentielle est la seule force chargée de la protection du palais présidentiel, où des manifestations devraient avoir lieu. « La police peut seulement offrir un soutien si nécessaire », a-t-il ajouté.

« Cette prise de position, faussement impartiale du ministère de l’Intérieur, ne fait qu’ajouter l’insulte à l’injure. Il aurait mieux fait de préciser le cadre légal dans lequel les fauteurs de troubles seront punis », s’indigne Ihab Youssef.

« La police doit également prendre toutes les mesures nécessaires pour anticiper la violence ce jour-là, par exemple en installant des caméras de surveillance dans les endroits où les manifestations sont prévues, et en annonçant publiquement que des poursuites judiciaires seront prises contre quiconque sera pris en situation de violation de la loi », ajoute-t-il. Selon lui, « la tentative de la police de plaire à tout le monde en jouant la neutralité risque de ne pas marcher ».

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