Lundi, 04 mars 2024
Al-Ahram Hebdo > Egypte >

Wahid Doss : La campagne contre l’hépatite C fonctionne très bien

May Atta, Mardi, 16 octobre 2018

Dr Wahid Doss, président du Comité national de lutte contre les virus hépatiques au ministère de la Santé, revient sur la campagne nationale de dépistage du virus C lancée début octobre.

Wahid Doss

Al-Ahram Hebdo : La plus grande campagne de dépistage de l’hépatite C au monde vient d’être lancée. Quel est son objectif ?

Wahid Doss : C’est à l’initiative du président Abdel-Fattah Al-Sissi que cette campagne sans précédent a été lancée. Il s’agit de la plus vaste cam­pagne de dépistage du virus C, du diabète et de l’hypertension au monde. 100 millions de citoyens sont concernés. 1 412 centres médicaux ont été équipés pour faire les exa­mens médicaux nécessaires. Ce dépistage s’inscrit dans le cadre du plan adopté par le président « L’Egypte sans virus C en 2020 », qui vise à éliminer définitivement ce virus à travers le traitement gratuit des malades. Déjà, des pas impor­tants ont été franchis dans cette direc­tion et des milliers de malades ont guéri au cours de ces derniers mois.

— En quoi consiste la cam­pagne ?

— Cette campagne de dépistage, qui se déroulera sur trois phases, cible les personnes âgées de plus de 18 ans, ainsi que les enfants de 12 à 18 ans à travers le pays. La première phase a commencé en octobre 2018 et se poursuivra jusqu’en avril 2019 dans 9 gouvernorats. La deuxième phase aura lieu à partir du mois de décembre et jusqu’en février dans 11 gouvernorats, et la troisième se déroulera en mars et avril dans les 7 gouvernorats restants. Le dépistage des enfants âgés entre 12 et 18 ans se déroulera en janvier dans toutes les écoles de la République. Le test de dépistage est rapide à travers une simple piqûre au bout du doigt. Le résultat est connu en l’espace de quelques secondes. Les personnes dont les résultats seront positifs seront transférées dans des cliniques dépen­dant du ministère de la Santé pour recevoir le traite­ment nécessaire.

— Comment allez-vous informer les gens de cette campagne de dépistage ?

— Une grande campagne de publicité a été lancée dans les médias audiovi­suels ainsi que dans la presse écrite. Il y a aussi des affiches dans les rues. Des messages seront aussi envoyés aux citoyens sur leurs téléphones portables. L’Organisme national des élections a coopéré avec la campagne en fournissant les informations aux citoyens inscrits sur les listes électo­rales. D’ailleurs, le citoyen peut appeler la ligne verte, soit le 15355, pour se renseigner sur le centre le plus proche de son domi­cile où il peut effectuer les examens médicaux. En outre, le ministère de la Santé a mis en garde les citoyens contre le refus d’effectuer ce test. Incitant les gens à effectuer ces exa­mens médicaux, la ministre de la Santé, Hala Zayed, a indiqué que les résultats de ce test seront requis pour l’embauche dans les institutions gouvernementales.

—Estimez-vous que la cam­pagne a eu de l’écho auprès des citoyens ?

— Dans les 9 gouvernorats où a commencé le dépistage, on a vu un grand afflux des gens dans les centres médicaux. 2,075 millions de personnes ont été examinées. La campagne fonctionne donc très bien. Les centres médicaux travaillent toute la journée de 9h à 21h afin que tous les citoyens puissent faire les analyses. Le but du ministère de la Santé est d’examiner quotidienne­ment 120 personnes dans chaque centre et ce nombre a été atteint dans les 9 gouvernorats.

— Le budget alloué à cette cam­pagne est-il suffisant ?

— Oui. On dispose du budget nécessaire pour se procurer les équi­pements médicaux nécessaires et couvrir les frais des médicaments que l’Egypte fournit gratuitement aux malades. Chaque patient jouira d’un protocole médical adapté à son cas. Aussi, le patient aura le droit d’effectuer des examens médicaux périodiques après sa guérison dans les centres publics de traitement de l’hépatite C.

— Comment ce budget a-t-il été fourni ?

— La Banque mondiale finance cette initiative à hauteur de 133 mil­lions de dollars et de 129 millions de dollars pour les frais du traitement. Le Fonds Tahia Misr (vive l’Egypte) participe aussi au financement du dépistage. D’ailleurs, vu l’impor­tance de ce dépistage, l’Organisa­tion Mondiale de la Santé (OMS), en coopération avec le ministère de la Santé, présente des aides médi­cales et techniques à la campagne de dépistage, dont des médicaments. Amr Al-Shalaqani, représentant de la Banque mondiale, a déclaré, lors d’une conférence de presse dimanche 30 septembre, que de nombreux pays suivent de près cette campagne et que les résultats de l’expérience permettront à d’autres pays de la rééditer.

— A quoi est dû cet intérêt accordé par l’Etat à la lutte contre l’hépatite C ?

— L’importance accordée à la lutte contre le virus C s’explique par les répercussions dangereuses de cette maladie sur la santé comme sur la productivité. Les personnes infec­tées par le virus risquent la mort si elles négligent le traitement. Son danger réside essentiellement dans le fait qu’il s’agit d’un virus silen­cieux qui abîme lentement le foie de trois personnes sur quatre qui en sont atteintes, alors que l’hépatite chronique peut aussi évoluer en cir­rhose et en cancer du foie. Non traitée, cette maladie peut causer la mort d’une personne sur quatre. Dans la phase d’infection, l’hépatite C est traitable et on peut souvent en guérir. Mais pour y parvenir, mieux vaut commencer le traitement avant l’apparition de l’infection chro­nique. Et c’est l’enjeu principal de la campagne de dépistage médical en cours.

— Quel est le taux d’infection par le virus C en Egypte ?

— Le taux d’infection par le virus C en Egypte est d’environ 5 %, ce qui représente environ 5 millions de citoyens. On envisage de traiter environ 96 % des patients au cours des deux prochaines années pour que l’Egypte soit le premier pays à éliminer définitivement l’hépatite C. Déjà, au cours des quatre dernières années, deux millions de patients traités au Sovaldi, fourni par le ministère, ont guéri. Le ministère de la Santé avait effectué un premier dépistage en 2015 grâce auquel on a pu identifier et traiter un certain nombre de malades. Mais en 2015, nous n’avions pas les moyens finan­ciers nécessaires pour généraliser le dépistage à l’ensemble des gouver­norats. Ce qui a fait que la cam­pagne était limitée.

— En dépit de la réussite du traitement de l’hépatite C, il existe toujours des rechutes. Comment le ministère envisage-t-il d’agir dans de tels cas ?

— Dans environ 4 % des cas, il y a une rechute. Dans ce cas, le patient commence un nouveau protocole de traitement. Le ministère de la Santé envisage d’importer d’Inde trois nouveaux médicaments pour l’hépa­tite C qui sont efficaces pour traiter les rechutes.

— Pour combattre un mal, n’est-il pas important de s’attaquer à ses racines ? Ne faut-il pas voir les sources de transmission du virus ?

— Les équipements médicaux, les seringues non désinfectées et la transfusion sanguine sans analyse préalable sont des raisons parmi d’autres de transmission de la mala­die. Le ministère de la Santé a commencé, il y a des années, à prendre des pré­cautions en ce qui concerne la transfusion sanguine et l’utilisation des seringues. Il existe un système de contrôle plus strict qu’aupa­ravant dans les hôpitaux. L’Egypte a lancé, il y a quelques années, une cam­pagne de sensibilisation pour apprendre aux gens à ne pas utiliser les seringues ou les outils de rasage des autres personnes. Mais le plus important est que si l'on parvient à éliminer complè­tement l’hépatite C, cela veut dire que le virus n’exis­tera plus. Ce serait une grande réussite médicale mondiale.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique