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Un défenseur de la justice sociale s’en est allé

Dina Kabil, Mardi, 28 août 2018

La presse internationale et égyptienne salue la mémoire de l’économiste Samir Amin, disparu le 12 août. Ce grand critique du système capitaliste mondialisé et défenseur des jeunes nations africaines a toujours concilié travail universitaire et engagement militant.

Un défenseur de la justice sociale s’en est allé

La disparition du penseur marxiste et économiste Samir Amin, le 12 août, a fait couler beaucoup d’encre. Dans la presse internationale, notamment française et égyptienne, on a pleuré le décès de l’économiste âgé de 87 ans, théoricien des relations Nord-Sud, du marxisme et de l’antimondialisation, qui a écrit sur la société civile, le droit ainsi que le développement inégal en Afrique et dans le tiers-monde.

Le quotidien français Libération l’a ainsi décrit en tant que franco-égyptien et « figure de l’altermondialisme ». Amin était, en effet, une figure de proue de la critique du système capitaliste mondialisé. Il considérait que le concept capitaliste du profit entraîne la destruction des bases de la reproduction de la vie sur la planète, d’où sa théorie sur le centre et la périphérie, qu’il a développée pendant toute sa vie. Sur le site de Libé, on ne cesse de publier des vidéos d’interviews avec Amin, réalisés par le quotidien ou par RFI, notamment une sorte d’autobiographie filmée et intitulée Samir raconte Samir. Professeur agrégé de sciences économiques, Samir Amin, né au Caire en 1931 d’un père égyptien et d’une mère française et formé à Paris dans les années 1950, a travaillé de 1957 à 1960 dans l’administration égyptienne du développement économique, avant de quitter l’Egypte sous Nasser qui poursuivait les communistes. Puis il a travaillé au sein du gouvernement malien, avant d’être nommé professeur aux Universités de Poitiers, Dakar et Vincennes. Il a fondé à Dakar l’Institut africain de développement économique et de planification.

Critique du capitalisme

Le journal L’Humanité, quant à lui, a salué la mémoire d’Amin en intitulant un long article sur lui « Un Baobab est tombé : Samir Amin, le théoricien du développement inégal, est mort ». Dans ce journal, qui a toujours embrassé les idées d’Amin, on rappelle sa thèse de doctorat publiée en 1973 : Le Développement inégal, essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique. En se basant sur sa critique du capitalisme, Amin y analyse les modes de production tributaires à la périphérie et le mode de production capitaliste au centre. « Cet ouvrage majeur le propulse dans le champ antimondialiste qui deviendra, deux décennies plus tard, l’altermondialisme », peut-on y lire.

Al-Ahram online et Al-Ahram Weekly, qui n’ont cessé de suivre le grand économiste et ses analyses de fond, le décrivent comme le « marxiste créatif ». Et ce, parce qu’il croyait profondément qu’il fallait « commencer par Marx, mais n’aboutir ni à lui, ni à Lénine, ni à Mao ». Le site anglophone d’Al-Ahram a en outre réédité un long entretien avec Amin initiulé « Marxist Thinker Samir Amin Discusses Demise of Capitalism ».

Dans son analyse de l’accumulation globale du capital, Amin a défini deux modèles distincts : le centre et les périphéries, le développement étant au centre, tandis que la périphérie dépend du centre. Le site d’Al-Ahram rappelle un article d’Amin publié en janvier 2007, dans lequel il affirme que « le développement central se caractérise par la prédominance de l’activité économique pour satisfaire les besoins des consommateurs et la demande de biens de production qui en résulte. Le pouvoir des masses est inscrit dans un contrat social, qui permet l’instauration d’une viabilité économique limitée au niveau national. Mais l’internationalisation du capital productif menace de plus en plus cette stabilité : les systèmes périphériques sont dominés par la production de biens de luxe et d’exportation et le manque d’importance des marchés de masse internes. Ce qui entraîne des inégalités croissantes, la dépendance technologique et la faiblesse politique chez les opprimés — en somme, la marginalisation ».

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