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Des innondations et bien plus

Nada Al-Hagrassi, Mercredi, 02 mai 2018

Les dégâts et les inondations provoqués par les pluies, la semaine dernière, ont remis sur le tapis les défauts de l’infrastructure. Une enquête a été ouverte.

L’Egypte a été secouée par les 23 et 24 avril par des conditions météorologiques instables accompagnées d’orages et de pluies torrentielles provoquant des inondations. Un Egyptien a trouvé la mort électrocuté dans le gouvernorat de Daqahliya (nord), alors que des régions du Caire, du 6 Octobre et du Nouveau Caire ont fait été inondées. Aussi, plusieurs routes au Caire et dans la région de la mer Rouge ont été bloquées. Mais c’est surtout au Nouveau Caire que la situation a été la plus catastrophique : des rues entières, voire des maisons inondées, des voies impraticables, des toits qui ont craqué. Suite à ces dégâts disproportionnés par rapport aux précipitations, l’Organisme de contrôle administratif a donc déféré, le dimanche 29 avril, le dossier des inondations du Nouveau Caire au procureur pour ouvrir une enquête.

Des responsables de l’Organisme de la direction du Nouveau Caire ont été suspendus jusqu’à la fin de l’enquête à cause de cette catastrophe qui a dévoilé la défaillance des infrastructures et le manque de mesures de secours. Le quartier d’Al-Tagamoe Al-Khamès a été le plus sinistré par les pluies torrentielles. Il s’est littéralement retrouvé noyé. Mercredi 25 avril au soir, juste après les chutes de pluie, le président de l’Organisme de contrôle administratif, le ministre Mohamad Erfan, s’est rendu à Al-Tagamoe Al-Khamès où l’électricité était coupée et où l’eau submerge les rues. Tout ceci en l’absence des services de secours.

Pire encore, les fortes précipitations ont provoqué d’importants dégâts matériels dont l’effondrement d’une partie du toit du centre commercial City Center de Maadi ; le même scénario s’est produit au centre commercial Point 90 à Tagamoe. Aussi, l’entrée du garage souterrain du centre commercial Cairo Festival City, au quartier d’Al-Tagamoe Al- Khamès, s’est effondré. Le Conseil des ministres a formé une cellule de crises pour suivre la situation et a mobilisé des équipes de secours supplémentaires disponibles 24 heures sur 24 pour faire face à la crise, et ce, jusqu’à la mi-temps en raison des troubles météorologiques. Ce qui n’a pas empêché la panique traditionnelle qui s’empare de la capitale lors des pluies.

Sissi : « Eviter que ça ne se reproduise »

La panique a été telle que le président Abdel-Fattah Al-Sissi n’a pas tardé à réagir. « Je comprends bien la souffrance qu’ont endurée des citoyens à cause des répercussions des pluies inhabituelles qui sont tombées au cours de deux jours. Toutes les institutions de l’Etat intensifieront leurs efforts en vue d’éviter que cela ne se reproduise », a réagi le président jeudi 26 avril. Le gouvernement a dû présenter ses excuses aux citoyens et a formé un comité d’enquête sur le manque de dispositifs évitant les dégâts en cas d’inondations. Le premier ministre, Chérif Ismaïl, a tenu une réunion, dimanche 29 avril, avec le ministre de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, le ministre du Développement local et le président de l’Organisme de météorologie pour discuter dispositifs et les mesures d’urgence mises en place pour face à une nouvelle vague de pluies attendue du 29 avril au 3 mai.

Lors de cette réunion, il a été décidé d’activer la cellule de crises dépendant du Conseil des ministres au Caire et dans les autres gouvernorats pour prendre les mesures d’urgence nécessaires dans de tels cas, d’autant plus que des pluies sont attendues dans les jours à venir, notamment aux gouvernorats de la mer Rouge et du Nord de Sinaï, de Suez et ceux de Haute-Egypte, des gouvernorats souvent fortement endommagés par le mauvais temps. Il a été aussi décidé de former huit équipes de secours regroupant des membres des organismes du drainage sanitaire, de l’électricité et de la compagnie d’eau, pour agir à l’immédiat avec tous problèmes de coupure d’électricité, d’eau, et d’aspiration d’eau des rues submergées. Le premier ministre a aussi donné ses directives à l’Administration de la circulation d’assurer des routes alternatives aux principales artères au cas où les principales routes seront submergées. Il a aussi demandé au ministre du Développement local d’assurer en urgence l’entretien des bouches d’égouts dans les rues du Caire.

Mauvaise gestion

De belles promesses qui attendent d’être concrétisées. Des députés ont présenté des interrogatoires, critiquant une mauvaise gestion de la crise des pluies et appelant à juger les responsables pour laxisme. « Aucune mesure préventive n’a été prises pour éviter cette catastrophe. Tout responsable qui n’a pas fait son travail doit rendre des comptes », s’indigne Abdel-Aziz Hégazi, le député du Nouveau Caire, qui a présenté un interrogatoire au parlement réclamant l’ouverture d’une enquête. Les députés dénoncent surtout une corruption au niveau des responsables de l’établissement des infrastructures de la nouvelle ville où se trouve le quartier d’Al-Tagamoe, créé en 2000 par décret présidentiel. En effet, théoriquement, les infrastructures de cette nouvelle ville devaient être dotées d’un système d’égouts pour l’évacuation des eaux de pluie.

« Ces pluies ont dévoilé que les infrastructures installées dans cette nouvelle ville luxueuse ne sont pas conformes aux normes techniques. D’autant plus qu’il n’existe pas de travaux de maintenance pour les réseaux de drainage sanitaire, d’eau et d’électricité. Et ceci, alors que d’énormes sommes ont y été dépensées. Il est indispensable d’ouvrir une enquête avec les responsables impliqués à l’installation de ces réseaux d’infrastructures », réclame Hégazi, qui indique que le quartier d’Al-Tagamoe a été sujet de défaillances d’infrastructure, mais jamais de cette ampleur. En ce qui concerne la capitale et les autres gouvernorats touchés par les pluies, Sameh Al-Alayli, l’ex-doyen de la faculté de planification urbaine de l’Université du Caire, estime que l’essentiel est dans les mesures préventives.

« La capacité des lacs, la présence des barrages aux zones montagnardes, la performance du système de drainage sanitaire et des infrastructures. Ce sont des mesures qui devraient être prises en compte en avance et périodiquement », indique-t-il, appelant le gouvernement à se mobiliser pour ne pas se retrouver face à des telles situations. A ce sujet, Hossam Al-Imam, porte-parole du ministère de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, affirme que des projets destinés à contrer les inondations sont déjà en cours d’exécution. « On a construit des barrages dans la ville de Safaga à la mer Rouge. Ces minibarrages ont des lacs d’emmagasinage d’une capacité de 120 000 m3 d’eau. Quant aux villages traversés par le Nil, on diminue leur niveau selon des proportions bien déterminées afin de contenir la quantité d’eau des pluies », affirme Al-Imam.

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