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6 avril : L’idole des révolutionnaires

May Atta, Mardi, 09 avril 2013

Le 5e anniversaire de ce mouvement a été célébré cette semaine par une série de manifestations, souvent violentes à travers le pays.

24 blessés. C’est le bilan officiel des protestations de samedi auxquelles avait appelé le mouvement du 6 Avril pour commémorer le 5e anniversaire de sa création. Des affrontements ont opposé les protestataires aux forces de l’ordre dans plusieurs gouvernorats. De son côté, le ministère de l’Intérieur a réclamé 7 blessés parmi les forces de l’ordre, dont un officier.

Dans le centre du Caire, la police a tiré des gaz lacrymogènes sur des centaines de manifestants devant le siège du Palais de justice qui abrite également les bureaux du procureur général.

La police a également fait usage de gaz lacrymogène à Alexandrie et à Mahalla, dans le Delta du Nil, où des manifestants ont attaqué un commissariat avec des cocktails Molotov.

Plusieurs partis politiques ont participé à ces manifestations dont les partis Al-Dostour, Al-Karama, le Congrès, ainsi que des mouvements comme Kéfaya et l’Alliance des forces révolutionnaires.

Les manifestants ont réclamé le départ du président Mohamad Morsi qui a « échoué à concrétiser les objectifs de la révolution » de janvier 2011. Ils ont repris le slogan scandé à l’intention de son prédécesseur Hosni Moubarak : « Le peuple veut la chute du régime ». Les autres slogans dénonçaient « l’hégémonie des Frères musulmans sur les rouages de l’Etat » et résumaient les revendications de l’opposition, notamment le limogeage du procureur général nommé par le président, la libération des détenus et la restructuration du ministère de l’Intérieur.

« Certains manifestants ont essayé de prendre d’assaut les bâtiments du Palais de justice au centre du Caire. A Mahalla, des manifestants ont lancé des cocktails Molotov et des chevrotines sur un commissariat et ont tiré des cartouches sur les forces de l’ordre qui assuraient sa sécurité. Les bâtiments en question ont été partiellement endommagés », lit-on dans un communiqué du ministère de l’Intérieur.

De son côté, le mouvement a condamné dans un communiqué « les mensonges du ministère de l’Intérieur … qui cherche à ternir l’image et la crédibilité du mouvement en lui attribuant des actes de violence qu’ils n’a pas commis ». Le mouvement du 6 Avril a également dénoncé l’« usage disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques ». Selon son porte-parole, Mostafa Al-Hagari, il s’agissait de « terroriser les jeunes manifestants et d’une tentative désespérée de taire leurs revendications ».

« Nous continuerons les manifestations dans des endroits divers et sous des formes diverses et nous maintiendrons la pression sur ce régime qui n’a satisfait aucune demande de la révolution », a promis Ahmad Maher, leader du mouvement.

Lancé après la répression meurtrière menée par la police contre des grévistes le 6 avril 2008 à Mahalla, le mouvement du 6 Avril a été au coeur de la révolution de janvier qui a amené la chute de Hosni Moubarak. Après l’élection du président Morsi l’été dernier, le mouvement s’est montré prêt à coopérer avec le nouveau régime, notamment dans la rédaction de la nouvelle Constitution, ce qui lui a valu les critiques d’autres factions de l’opposition. « Malgré nos différences avec eux, nous avons essayé d’aider les Frères musulmans après leur accession au pouvoir. Hélas, nous avons découvert qu’ils ne sont pas très loin des politiques de Moubarak et de son parti. C’est le même opportunisme », lance Maher. Le groupe a désormais rejoint une coalition de mouvements laïques ayant parfois organisé des manifestations violentes contre le président Morsi.

Entre-temps, le mouvement a traversé une phase de guerres intestines qui ont provoqué sa division. «mouvement a évolué depuis sa création. Ses membres sont plus nombreux et ses activités sont plus grandes, grâce à la popularité qu’il a acquise dans la foulée de la révolution et à son intransigeance face à Moubarak », explique Mahmoud Afifi, ancien porte-parole du mouvement qu’il a récemment quitté. « Ceci a mis au grand jour l’incapacité des leaders du mouvement à gérer et à contenir des milliers de jeunes. Ils n’avaient pas de plan pour exploiter cette ressource qui s’offrait à eux », poursuit-il. Selon Afifi, les membres du mouvement sont divisés aujourd’hui entre ceux qui réclament le départ du président Morsi et ceux qui ont seulement des revendications.

D’après l’activiste de gauche Khaled Ali, candidat malchanceux de l’élection présidentielle de 2012, le régime de Moubarak, tout comme celui des militaires qui assuraient la transition, a réussi à infiltrer le mouvement du 6 Avril. Les Frères ont, à leur tour, fait de même en se rapprochant des dirigeants du mouvement et en leur promettant des rôles politiques. «dit, je suis certain que ce mouvement réussira à s’auto-réformer en refaisant ses calculs. Déjà ses membres ont réalisé que le dialogue était inutile avec un pouvoir despotique », rassure Ali .

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