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Législation : Au nom du Père, et des Frères !

May Al-Maghrabi, Mardi, 09 avril 2013

Le Conseil consultatif a approuvé la loi sur l’exercice des droits politiques. Il est désormais légal d’utiliser des slogans religieux dans les campagnes électorales. L’opposition s’insurge contre une dérive jugée sectaire.

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Approuvée la semaine dernière par le Conseil consultatif, la nouvelle loi sur l’exercice des droits politiques renferme plusieurs articles controversés. Mais c’est surtout l’autorisation d’utiliser les slogans religieux pendant les campagnes électorales qui pose problème.

Les protestations de l’opposition n’ont pas empêché le Conseil consultatif, à majorité islamiste, d’annuler un paragraphe de l’article 61 de l’ancienne loi qui interdisait aux candidats l’usage de slogans religieux. Les coptes, les forces libérales et de gauche en appellent désormais à la Haute Cour constitutionnelle — qui devra ratifier le nouveau texte — pour faire barrage à cet article potentiellement dangereux.

Ceux-ci disent craindre que la nouvelle loi n'ouvre la porte à une compétition électorale sectaire. Ils rejettent catégoriquement cet amendement « négatif et inconstitutionnel », dans la mesure où il va à l’encontre des principes de citoyenneté et de l’égalité des chances.

« L’approbation d’une telle pratique discriminatoire incarne l’état de dégradation politique dans lequel se trouve le pays. Au lieu de présenter leurs programmes électoraux, les candidats vont utiliser la religion, ce qui ouvrira la porte à des débats religieux et des tensions sectaires », craint Marguerite Azer, secrétaire générale du parti du Front national démocratique.

Azer, de confession copte, souligne que, face à l’hégémonie islamiste sur la législation, c’est à la Haute Cour constitutionnelle de protéger la constitutionnalité en rejetant cette clause. « En utilisant les slogans religieux, la compétition sera entre les religions. C’est très dangereux pour l’unité nationale », craint aussi l’avocat Ramsès Al-Naggar, également copte.

Les slogans religieux accentuent la discrimination

Mais il n’y a pas que les chrétiens qui s’opposent à cet article. Abdel-Ghaffar Chokr, président du parti de l’Alliance populaire socialiste, rappelle qu’aucun pays démocratique ne permet des campagnes électorales basées sur la discrimination. Il estime que l’instrumentalisation de la religion comme outil électoral est une pratique « inéquitable et malhonnête ». A son tour, Chokr espère que la Haute Cour jugera inconstitutionnel cet article.

Saad Abboud, du parti nassérien Al-Karama, accuse le Conseil consultatif d’abus de pouvoir. «approuvant cet amendement, le Conseil fait le jeu des Frères musulmans. Ce sont eux qui ont toujours placé la religion au service de leurs intérêts politiques et électoraux avec leur fameux slogan L’islam est la solution qui sert à leurrer les gens simples et les démunis. Maintenant que le ministère des Waqfs est sous la coupe des Frères musulmans, cette loi leur permettra d’utiliser les mosquées comme tribune politique. C’est un crime électoral », accuse Abboud.

Curieusement, plusieurs partis d’obédience islamiste, tels Al-Nour, Al-Watan et Al-Wassat, ont voulu marquer un point contre le Parti Liberté et justice (bras politique des Frères musulmans), en désapprouvant cette clause de la loi.

« Autrefois, le recours à des slogans religieux était justifié vu les restrictions qui étaient imposées aux islamistes et qui les empêchaient d’expliquer leurs programmes et leurs politiques au citoyen lambda. Mais maintenant qu’ils ont le pouvoir, il serait mieux pour eux de fonder leur base populaire sur des programmes sérieux sans recourir aux slogans religieux », estime Yousri Hamad, vice-président du parti salafiste Al-Watan.

« Dans l’état actuel des choses, l’utilisation de la religion risque d’aggraver la polarisation et les tensions politiques qui sont déjà importantes », ajoute-t-il. « Il ne faut pas humilier la religion en la transformant en un outil de ramassage de voix », renchérit l’ex-Frère musulman Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, président du parti de l’Egypte forte.

L’islam, une idéologie politique ?

Pour les Frères musulmans, les choses sont plus simples. Ils rejettent les appréhensions et les accusations de leurs détracteurs. « C’est normal qu’un candidat affiche sa tendance politique. Le courant islamiste existe et exerce la politique en partant du principe que l’islam est non seulement une religion mais aussi un Etat. Pourquoi ne reproche-t-on pas aux socialistes, aux libéraux et aux chrétiens l’usage des slogans qui traduisent leurs affiliations idéologiques ?», se demande Mohamed Hassan, ex-député du Parti Liberté et justice.

Gamal Heshmat, cadre des Frères musulmans, rappelle qu’en 2005, la justice administrative a émis un verdict légalisant l’usage du slogan « L’islam est la solution ». Selon lui, « cela ne contredit pas la Constitution, laquelle stipule que l’islam est la religion officielle de l’Etat et qu’il est la source principale de législation » .

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