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Repenser la politique de rationnement

May Atta, Mardi, 06 décembre 2016

Le gouvernement vient d'annoncer sa volonté de réviser les listes des bénéficiaires de cartes de rationnement. Les critères de sélection restent à définir.

Repenser la politique de rationnement
La subvention des produits alimentaires existe en Egypte depuis les années 1940.

Le ministère de l’Approvision­nement et du Commerce inté­rieur a annoncé que les listes des bénéficiaires de cartes de rationne­ment seront révisées. Ce travail a commencé le 1er décembre et se terminera en février prochain.

Au cours d’une première étape, les personnes décédées, et celles qui sont à l’étranger depuis plus de 6 mois seront exclues des listes. « Un groupe ministériel sera formé, il comprendra des représentants des ministères de la Planification, de la Solidarité sociale et des Finances en vue de mettre en place les critères de sélection des bénéfi­ciaires de cartes de rationnement », annonce Ibrahim Amer, porte-parole du ministère de l’Approvi­sionnement. Et d’ajouter : « Ce groupe doit terminer son travail avant la fin du mois de décembre. Les revenus mensuels, le montant des dépenses et la fortune per­sonnelle feront partie des cri­tères de sélection pour bénéfi­cier d’une carte de rationne­ment ».

Une réunion sur les cartes de rationnement devrait avoir lieu cette semaine au sein de la commission économique du parlement. Medhat Al-Chérif, député et membre de la com­mission, déclare : « Le gou­vernement ne possède pas de bases de données sur les citoyens, leurs salaires et leurs comptes bancaires. Or, ces informations sont impor­tantes si on veut mieux gérer les cartes de rationnement ». Le gouvernement avait décla­ré à plusieurs reprises qu’il souhaitait mieux gérer les cartes de rationnement car beau­coup de citoyens riches possèdent une carte. Or, celle-ci est en prin­cipe réservée aux pauvres et aux démunis. « Les salaires, les dépenses scolaires, les propriétés personnelles comme les apparte­ments, les chalets, les terrains et les voitures devraient être des critères pour déterminer si un citoyen a droit à une carte de rationnement ou non », souligne-t-il.

68 millions de bénéficiaires

Environ 68 millions d’Egyptiens sur 92 millions, soit près des trois quarts de la population, bénéficient de denrées alimentaires subven­tionnées par l’Etat à travers les cartes de rationnement. De petits entrepôts, appelés « associations de consommateurs » tenus par des épi­ciers sous le contrôle étroit du ministère de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, distri­buent aux citoyens possédant des cartes d’approvisionnement des quantités de riz, d’huile ou de sucre.

La réactualisation des cartes d’approvisionnement a été annon­cée par le gouvernement, début novembre après une dévaluation de 48 % de la livre égyptienne. Confronté à une grave crise écono­mique et à un déficit budgétaire important, l’Etat cherche à réduire les subventions surtout après l’ob­tention d’un prêt du Fonds Monétaire International (FMI), de 12 milliards de dollars. C’est dans ce contexte que les prix du carbu­rant ont été augmentés le mois der­nier.

La réactualisation des cartes de rationnement s’annonce déjà comme une tâche compliquée. Magdi Sobhi, économiste, directeur adjoint du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique : « Le gou­vernement veut réorganiser le sys­tème des cartes de rationnement car beaucoup de citoyens sont riches ou ont les moyens. Mais le problème est comment le faire ? Le gouvernement n’a pas de bases de données sur la situation financière des citoyens. Il veut se baser sur des critères comme le type d’ensei­gnement fourni aux enfants, c’est-à-dire que les parents qui envoient leurs enfants dans des écoles pri­vées n’auront plus droit aux cartes de rationnement. Mais à mon avis, ce critère n’est pas juste car cer­taines familles investissent beau­coup dans l’éducation de leurs enfants et n’ont pas nécessairement de grands revenus ». De même selon lui, la possession d’une voi­ture n’est pas nécessairement un signe de richesse, et même ceux qui travaillent dans le Golfe, beaucoup d’entre eux touchent des salaires modestes, et ont des femmes et des enfants qui vivent dans des gouverno­rats pauvres et ont besoin des subventions. Sobhi pense que les cartes de rationnement sont impor­tantes pour atténuer les effets de la dévaluation et de la hausse du dollar. Magdi Charabiya, secré­taire général du parti du Rassemblement, est, lui, opposé à l’idée même de modifier le système de rationnement. « Avant de chercher à diminuer les subventions et à réduire le nombre de bénéficiaires, le gouver­nement devrait plutôt lutter contre la corruption et l’évasion fiscale », explique Charabiya.

Une politique qui date des années 1940

La politique de subvention ali­mentaire date des années 1940 en Egypte. A l’époque, seuls le sucre, le thé, le kérosène et l’huile de cui­sine étaient subventionnés. Après la révolution de Juillet 1952, le sys­tème des subventions s’est élargi et a couvert certains produits non ali­mentaires comme le savon ou les cigarettes. Sous la présidence de Sadate, le nombre de produits sub­ventionnés atteint 18, avec notam­ment les lentilles, le poisson conge­lé, la viande au même rang que le blé ou le maïs. Néanmoins, sous la pression du FMI, Sadate entame des coupes dans les subventions alimentaires. En janvier 1977, des émeutes éclatent dans plusieurs villes, et Sadate revient sur sa déci­sion. Après l’assassinat de Sadate et face à la crise économique, Moubarak réduit les dépenses et modifie graduellement le système des subventions. Le gouvernement réduit alors progressivement le nombre de produits subventionnés à partir du début des années 1990. Cette baisse graduelle des subven­tions a continué jusqu’au début des années 2000. « Quels que soient les motifs, il n’est pas logique aujourd’hui que des subventions qui coûtent à l’Etat des milliards de livres égyptiennes soient destinées à des citoyens qui ont les moyens. C’est tout simplement aberrant », conclut Medhat Al-Chérif.

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