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Egypte: Des citoyens-policiers

Gamila El-Tawila, Mardi, 12 mars 2013

Le procureur général et plusieurs partis islamiques demandent aux citoyens de jouer le rôle de la police. Des appels dangereux qui risquent de faire empirer la situation, déjà inquiétante.

police
Dans les rues, les comités populaires remplacent désormais la police.

Une coalition regroupant la majorité des forces islamistes en Egypte a publié un communiqué, samedi, exprimant son soutien aux forces de l’ordre et critiquant les attaques commises contre les commissariats et les QG de la police.

Une sympathie doublée d’un appel adressé au peuple : « Toute personne devra soutenir la police dans le maintien de l’ordre et la sécurisation des biens publics et privés ».

Toujours d’après ce communiqué, tous les mouvements patriotiques doivent soutenir la police par tous les moyens, y compris par la formation de « comités populaires », à l’instar de ceux qui ont vu le jour dans la foulée de la révolution du 25 janvier 2011.

Le communiqué a été signé par les partis Liberté et justice (Frères musulmans), Al-Watan (salafiste), la Construction et le développement (Jamaa islamiya), entre autres.

Unilatéralement, ce dernier parti a annoncé, vendredi, son plan de mettre sur pied des « milices » pour protéger la ville d’Assiout en Haute-Egypte, « si la police échoue à le faire ». La branche de ce même parti à Minya (plus au nord) a annoncé une initiative similaire conjointement avec le parti salafiste Al-Nour.

Une alternative controversée

Parallèlement, un dirigeant du Parti Liberté et justice des Frères musulmans, dont est issu le président Morsi, a détaillé, de son côté, un projet de loi sur les entreprises privées de la sécurité (voir article ci-contre), qui va encore plus loin que celui qu’aurait préparé le ministère de l’Intérieur. « On étudie des alternatives pour répondre à la grève déclarée dans plusieurs commissariats et casernes de la Sécurité centrale au Caire et en province », a déclaré Saber Aboul-Fotouh.

D’après lui, la nouvelle loi, loin de se limiter à l’armement des entreprises privées de la sécurité, permettra à leurs agents de procéder à l’arrestation de citoyens suspects, au même titre que la police. « Bien que ce droit ait été accordé aux militaires, il n’est pas souhaitable d’occuper l’armée par ce genre de tâche », ajoute Aboul-Fotouh, qui n’a pas oublié de souligner que son projet de loi est une initiative personnelle « n’ayant rien à voir » avec son parti et « n’est destinée à servir les intérêts d’aucun groupe ou formation ».

Le bureau du procureur général, Talaat Ibrahim, a appelé les Egyptiens à arrêter leurs concitoyens pris en flagrant délit de vandalisme et de les traduire à la justice, ce qui pose le problème de la banalisation des dénonciations et de la répression.

« La police et l’armée, voire les simples citoyens, doivent exercer leur droit légal d’arrestation contre ceux qui menacent l’ordre et les biens publics », a déclaré le procureur, qui dit se référer à l’article 37 du code pénal .

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