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Coordination égypto-émiratie

May Al-Maghrabi, Mercredi, 16 novembre 2016

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a reçu cette semaine le prince héritier d'Abu-Dhabi, cheikh Mohamad Bin Zayed Al Nahyan, en visite en Egypte. Au centre des discussions : Les relations bilatérales et le contexte régional.

Coordination égypto-émiratie
Les relations entre l’Egypte et les pays du Golfe ont connu un essor notable depuis la chute des Frères musulmans en 2013.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a reçu, jeudi 10 novembre au Caire, le prince héritier d’Abu-Dhabi, cheikh Mohamad Bin Zayed Al Nahyan. Une visite éclair qui intervient à un moment où les relations égypto-saoudiennes connaissent des turbulences, sur fond de divergences sur le dossier syrien. Al Nahyan était en visite en Arabie saoudite avant de se rendre en Egypte. Les entretiens avec le président Sissi ont porté entres autres sur le renforcement de la coopération bilatérale. Selon le porte-parole de la présidence, l’ambassadeur Alaa Youssef, le président Sissi a souligné « la profondeur des relations historiques entre les deux pays ».

Il s’agit de la troisième visite du prince héritier en Egypte en moins de six mois. Bin Zayed s’était rendu en Egypte le 21 avril et le 25 mai derniers. Les Emirats arabes unis avaient offert à l’Egypte une aide de 4 milliards de dollars, dont la moitié sous forme de dépôt à la Banque Centrale et l’autre moitié sous forme d’investissements directs injectés dans l’économie. Les relations entre l’Egypte et les pays du Golfe ont connu un essor notable depuis la chute des Frères musulmans en 2013. Mais les relations entre Le Caire et Riyad ont connu récemment un certain froid. La visite du cheikh Al Nahyan intervient quelques jours après la décision de la compagnie saoudienne Aramco de suspendre jusqu’à nouvel ordre ses livraisons de carburant à l’Egypte. Ce carburant était livré en vertu d’un accord signé en avril dernier selon lequel l’Arabie saoudite s’engage à fournir à l’Egypte 700 000 tonnes de produits pétroliers par mois, sur cinq ans. La suspension des fournitures de carburant a poussé Le Caire à lancer un appel d’offres pour son approvisionnement en pétrole. Le Caire et Riyad sont en divergence sur plusieurs dossiers régionaux dont la Syrie et le Yémen. L’Egypte avait soutenu un projet de résolution russe sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’Onu. Un fait qui a mécontenté Riyad. Le président Sissi avait défendu alors le vote de l’Egypte, soulignant l’indépendance des positions de l’Egypte, mais aussi l’importance des relations avec les pays du Golfe. « Nous tenons beaucoup à nos relations historiques avec nos frères dans le Golfe mais dans le cadre du respect mutuel de la souveraineté des pays », avait déclaré Sissi. Commentant la décision de la compagnie pétrolière saoudienne, Aramco, de suspendre la livraison de pétrole saoudien pour l’Egypte, le président Sissi a nié qu’elle puisse être une riposte au vote de l’Egypte à l’Onu. Concernant le Yémen, bien que l’armée égyptienne soit officiellement engagée dans la coalition lancée par l’Arabie saoudite pour lutter contre les Houthis, soutenus par Téhéran, les observateurs estiment que Le Caire est plutôt réticent à un engagement actif.

La stabilité avant tout

Selon Noha Bakr, professeure de sciences politiques, il est probable que ces divergences entre Le Caire et Riyad aient été au centre des discussions entre le président Sissi et le cheikh Al Nahyan. « Les Emirats arabes unis mènent une médiation entre l’Egypte et l’Arabie saoudite. Le but est de dissiper les tensions entre les deux pays, alliés stratégiques et forces régionales de poids. La stabilité de leurs relations est aussi une stabilité pour toute la région arabe, surtout dans le contexte régional et international actuel », explique Bakr. Elle ajoute : « La visite du prince héritier au Caire montre que les Emirats arabes unis sont conscients des défis auxquels la région arabe est confrontée et qui nécessitent d’unifier les rangs ». Bakr pense que le véritable problème des relations égypto-saoudiennes, c’est l’absence d’une stratégie claire qui régit ces relations. « Les deux pays doivent commencer à restaurer leurs relations sur la base d’une stratégie bien déterminée », estime Bakr.

Vision partagée par le politologue Tareq Fahmi, qui explique que cette visite a été aussi motivée par le changement de rapports d’alliances prévues entre Washington et les pays arabes après la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. « Les pays du Golfe craignent le désengagement américain de la région. L’accession au pouvoir de Trump rend les pays arabes plus que jamais conscients de la nécessité d’avoir une stratégie arabe unie face à une nouvelle politique américaine toujours incertaine. Pour les pays du Golfe, l’Egypte représente un pilier de la sécurité. Et c’est pourquoi les Emirats jouent le rôle de médiateur entre Le Caire et Riyad », pense Fahmi. Il souhaite que cette initiative émiratie non déclarée soit favorablement accueillie par l’Egypte et l’Arabie saoudite et que les deux pays soient conscients des défis régionaux et du fait de valoriser les intérêts arabes mutuels.

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