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Un 25 avril dans le calme

May Al-Maghrabi, Mardi, 26 avril 2016

Les manifestations du 25 avril contre la rétrocession à l'Arabie saoudite des deux îles de Tiran et Sanafir n'ont rassemblé que peu de personnes.

25avril

Plusieurs forces politiques, libérales et de gauche, avaient appelé à manifester le 25 avril contre la rétrocession des deux îles de Tiran et Sanafir, à l’Arabie saoudite : le mouvement du 6 Avril, les socialistes révolutionnaires, le parti nassérien Al-Karama, la Coalition populaire socialiste, le parti L’Egyptien démocrate et le parti Al-Dostour. Date symbolique, le 25 avril marque en effet la restitution du Sinaï à l’Egypte par Israël en 1982.

Lundi, jour des manifestations. Tout semble calme au Caire. Un important dispositif de sécurité a été mis en place. Des unités de la police et de l’armée sillonnent les rues de la capitale. Tous les accès des lieux de rassemblement comme la célèbre place Tahrir au Caire sont contrôlés par les forces de l’ordre. Les manifestations devaient partir de trois différents emplacements, à savoir le syndicat des Journalistes, l’Ordre des Médecins et la stations de métro d’Al-Bohouth. Mais face à l’important dispositif sécuritaire, les manifestants, dont le nombre ne dépassait pas quelques dizaines, ont décidé de se diriger vers d’autres lieux. En effet, la police avait assiégé le syndicat des Journalistes et les rues adjacentes dès le matin. Et les rares manifestants anti-régime ont été dispersés par les forces de l’ordre. Seuls des manifestants pro-régime hissant des photos du président Sissi et des drapeaux saoudiens, venus célébrer la fête du Sinaï, étaient présents aux alentours du syndicat, mais aussi sur la place Moustapha Mahmoud et la place Abdine au centre du Caire. En effet, face aux manifestations anti-régime, plusieurs rassemblements ont eu lieu au centre-ville en soutien au président. « Nous sommes venus célébrer la fête du Sinaï et pour soutenir le président Sissi ainsi que l’armée et la police. Les grands rassemblements des jeunes aujourd’hui sur les places publiques montrent que ceux qui appellent à manifester contre le régime et à se révolter n’ont aucune influence et personne n’a suivi leur appel. Les Egyptiens sont aujourd’hui conscients des complots qui visent leur pays », affirme Ahmad Hassan, porte-parole du parti Mostaqbal Watan (avenir d’un pays). Pour lui, la question des îles a été utilisée comme prétexte par certaines forces pour lancer des attaques contre le régime et essayer de le discréditer. Propos rejetés par Ahmad Fawzi, du parti Al-Dostour : « Ceux qui sont descendus manifester contre la rétrocession des îles sont des Egyptiens patriotiques qui défendent l’intégrité de l’Egypte », affirme Fawzi qui dénonce « ceux qui ont brandi des drapeaux de l’Arabie saoudite » et « la politique de deux poids deux mesures », suivie par les forces de l’ordre qui ont, selon lui, permis aux partisans du président de se rassembler sans entraves, alors que « cela n’était pas le cas pour les manifestants ». Les Egyptiens sont en effet très divisés sur la question des îles. Le débat sur leur rétrocession a pris une dimension hautement politique opposant partisans et détracteurs du régime du président Sissi. L’affaire des deux îles avait déjà donné lieu à des manifestations limitées le 15 avril, même si elles étaient les plus importantes depuis 2013.

Jets de pierre

Face à l’imposant dispositif sécuritaire devant le syndicat des Journalistes, un petit groupe de manifestants s’est dirigé vers la place Messaha à Doqqi. Un camion de police arrivé sur place a essuyé des jets de pierre et les policiers ont riposté par des tirs de grenades lacrymogènes. Certains manifestants se sont alors réfugiés au siège du parti Al-Karama, fondé par l’ancien candidat à la présidence, Hamdine Sabahi. Les forces de sécurité ont alors assiégé le parti réclamant aux responsables de livrer les manifestants. Mais leur demande a été refusée par le parti. Medhat Al-Zahed, vice-président du parti de la Coalition populaire socialiste, dénonce une intimidation des opposants. « Ce qui s’est passé est honteux pour un régime qui se dit pluraliste et démocratique », dénonce Al-Zahed.

Les manifestations du 25 avril avaient été précédées par une série d’arrestations préventives, notamment au centre-ville. Plusieurs dizaines de personnes ont été ainsi arrêtées, dont le célèbre militant des droits des travailleurs et avocat Haïssam Mohamadein et Chérif Al-Roubi, porte-parole du mouvement du 6 Avril. Ces arrestations ont été dénoncées par plusieurs ONG.

Le ministre de l’Intérieur avaient promis, dimanche à la veille des manifestations, une grande « fermeté ». Et le président Sissi avait, lui, mis en garde contre toute atteinte à la stabilité du pays. « Je vois qu’il y a des gens qui appellent à nouveau à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de l’Egypte », a affirmé Sissi lors d’un discours télévisé à l’occasion de la fête du Sinaï. « Notre responsabilité est de protéger la sécurité et la stabilité des institutions et je promets aux Egyptiens que personne ne les terrorisera encore, c’est la responsabilité de la police et des forces armées », avait-il averti.

Réunion d’urgence

Outre les manifestants, 49 journalistes ont été également arrêtés lundi selon le syndicat des Journalistes. La plupart ont été libérés et 9 sont toujours en détention. « Ce qui est arrivé aux journalistes ces derniers temps requiert une position ferme pour mettre un terme aux violations répétées contre les citoyens de façon générale et les journalistes en particulier », a souligné le syndicat dans un communiqué. Celui-ci a tenu une réunion d’urgence mardi pour discuter des abus commis contre les journalistes. « Ce qui s’est passé est absurde. Les forces de sécurité ont autorisé des inconnus à envahir le syndicat et à scander contre les journalistes. Et ceci alors que les journalistes ont été empêchés d’accéder à leur syndicat et un nombre d’entre eux ont été arrêtés », s’insurge Mahmoud Kamel, membre du conseil du syndicat.

Mais pour le ministère de l’Intérieur, les forces de l’ordre ne faisaient « qu’appliquer la loi ». « Manifester requiert une autorisation préalable de la part du ministère de l’Intérieur », affirme une source de sécurité anonyme qui nie que le ministère ait autorisé les partisans du président à se rassembler en l’ayant interdit aux manifestants.

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