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Nouveaux horizons

Chaïmaa Abdel-Hamid et Gamila Abdel-Sattar, Mardi, 01 mars 2016

La tournée du président Abdel-Fattah Al-Sissi cette semaine en Asie confirme l'intérêt porté par l'Egypte à cette région pourvoyeuse d'investissements.

Nouveaux horizons
Le président Sissi durant son discours devant le parlement japonais. (Photo : AFP)

Il s’agit de la troisième tournée du président Sissi sur le continent asiatique après Singapour et l’Indonésie en août 2015, et la Chine fin 2014, ce qui reflète l’intérêt porté par l’Egypte à cette région du monde. Tout au long de son périple, le chef de l’Etat a souligné la volonté de l’Egypte de développer ses liens avec le continent asiatique. Au Kazakhstan tout d’abord, où il est arrivé le 26 février, Sissi a exprimé lors d’une conférence de presse avec son homologue kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, l’importance « d’établir un climat adéquat pour le développement économique et social du monde arabo-musulman ».

« Mes entretiens avec le président de la République du Kazakhstan ont porté sur notre attachement à développer la coopération dans les domaines économique et commercial, et à donner une impulsion aux relations bilatérales, notamment dans les domaines du commerce, de l’agriculture et du tourisme », a affirmé le président Sissi, qui a aussi rencontré le premier ministre kazakh, Karim Massimov. Le tourisme kazakh a été notamment évoqué dans le cadre d’une nouvelle ligne directe Astana/Charm Al-Cheikh qui sera opérationnelle à partir de mars. Le président Sissi a assisté à la cérémonie de signature de l’adhésion de l’Egypte à l’Organisation Islamique pour la Sécurité Alimentaire (OISA) relevant de l’Organisation de la coopération islamique. Cette organisation a été créée à l’initiative du président du Kazakhstan.

« Le Kazakhstan est l’un des plus grands producteurs et exportateurs mondiaux de blé, sa production atteint environ 15 millions de tonnes par an. Or, l’Egypte est le plus gros importateur de cette denrée dans le monde. Elle peut mettre à profit ses relations avec ce pays pour importer du blé », souligne le politologue Hicham Mourad. Situé au coeur de l’Asie, le Kazakhstan est aussi une grande réserve de gaz naturel. Il représente environ 25 % des réserves mondiales de gaz et possède surtout la technologie nucléaire. « L’Egypte peut à ce niveau profiter de la grande expérience du Kazakhstan dans le domaine de la technologie nucléaire d’autant plus que l’Egypte prépare un projet de centrale nucléaire dans la région d’Al-Dabaa », affirme Mourad.

Tokyo, étape capitale

Mais le point culminant de la tournée du président se situe à Tokyo où le chef de l’Etat est arrivé dimanche pour la première visite d’un chef d’Etat égyptien depuis 1999. Sissi s’est entretenu avec le premier ministre nippon, Shenzo Abe, et a prononcé un discours devant le parlement japonais dans lequel il est longuement revenu sur l’investissement. « L’Egypte vient de mettre en vigueur plusieurs législations et mesures pour attirer l’investissement. Elle a également mis en place des solutions radicales au problème de l’énergie. Elle a pu ainsi répondre aux besoins du secteur industriel afin de garantir la continuation de la production », a déclaré le président devant les députés japonais, assurant que « l’Egypte est l’un des pays où les retours sur l’investissement sont les plus importants ». Il a invité les investisseurs japonais à participer à des projets en Egypte. « Nous espérons aussi relancer le tourisme japonais en Egypte, et je vous assure que toutes les institutions de l’Etat déploient des efforts afin de garantir la sécurité des visiteurs qui viennent de tous les pays du monde ».

Il fut question aussi de coopération économique. Trois accords ont été signés pour la mise en place d’un centre d’accueil à l’aéroport de Borg Al-Arab, d’une centrale solaire à Hurghada d’une puissance de 20 mégawatts, et pour le renouvellement de trois centrales électriques en Egypte. 15 mémorandums d’entente économiques ont aussi été signés. La situation au Moyen-Orient, la lutte contre le terrorisme, l’énergie et l’énergie renouvelable et la nouvelle capitale administrative ont également été au menu des discussions entre le président égyptien et le premier ministre japonais, Shinzo Abe. Par ailleurs, le président s’est aussi entretenu avec le gouverneur de Tokyo. L’expérience japonaise dans la gestion de la circulation et des réseaux de transport en commun a été évoqué. Le système éducatif a aussi été largement évoqué lors de ces entretiens.

La troisième étape de la tournée présidentielle est la Corée du Sud où le chef de l’Etat arrive ce mercredi. Celle-ci est également placée sous le signe de la coopération. Un prêt de 115 millions de dollars sera fourni par la Corée du Sud à l’Egypte afin de développer l’Organisme des chemins de fer égyptiens. La somme sera remboursée sur 40 ans. Et selon la ministre de la Coopération internationale, Sahar Nasr, la Corée fera un don pour la création d’une faculté de technologie égypto-coréenne en Egypte.

Des intérêts majeurs

Pour le chercheur Saïd Eissa, spécialiste des relations internationales au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, la tournée asiatique du président reflète sa vision politique et sa volonté de s’ouvrir sur le monde. « Le rapprochement avec ces pays est d’une importance majeure pour l’Egypte. Tous les analystes stratégiques affirmaient il y a une quinzaine d’années que l’avenir du XXIe siècle serait en Asie. Aujourd’hui, l’Egypte tente de suivre la trace de ces pays développés ». Eissa ajoute : « L’importance de l’expérience technologique du Japon et de la Corée est fondamentale pour l’Egypte qui cherche à importer les technologies de ces puissances asiatiques. Le Japon intéresse aussi l’Egypte particulièrement dans le domaine de l’éducation et du développement urbain. Il possède l’un des systèmes éducatifs les plus développés au monde dont pourrait s’inspirer l’Egypte pour réformer son système éducatif. De plus, l’organisation de la circulation dans la mégalopole de Tokyo peut nous servir de modèle dans la gestion de la circulation au Caire ». Un avis que partage le politologue Hicham Mourad qui ajoute : « Le plus important est d’encourager ces trois pays asiatiques à investir dans de nouveaux projets en Egypte, notamment dans la zone du Nouveau Canal de Suez. Cela donnerait du travail à la main-d’oeuvre égyptienne. Ce serait d’autant plus positif que la situation économique égyptienne peine à s’améliorer et le Nouveau Canal de Suez n’a toujours pas permis de réaliser les gains attendus du fait de la récession internationale ». Un autre point important souligné par Mourad est le développement du tourisme. Inciter ces pays très peuplés à faire du tourisme en Egypte est important au moment où les touristes russes et britanniques ne viennent plus en Egypte suite au crash de l’avion russe dans le Sinaï.

Pour autant, il ne faut pas négliger les intérêts pour ces pays asiatiques dans le développement de la coopération. « L’Egypte reste une force régionale importante. C’est la porte d’entrée du continent africain qui représentera dans les prochaines décennies les plus grands débouchés économiques. Tous les pays développés investissent en ce moment sur le marché africain, et les pays asiatiques cherchent à se positionner en Afrique, notamment le Japon qui cherche à contrer l’influence grandissante de la Chine, son vieux rival, en Afrique », conclut Eissa.

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