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La donne Daech et Frères musulmans

Najet Belhatem, Mardi, 22 décembre 2015

Cette semaine, coup de projecteur sur la confrérie des Frères musulmans à l’aube de la nouvelle année. A-t-elle encore un pouvoir de mobilisation ? Est-il possible qu’elle opère, dans une tentative de desserrer l’étau du pouvoir, une révision de son idéologie ? Autre dossier : L’Egypte va-t-elle participer au front islamique contre Daech ? Des éditos tentent d’y répondre.

Daech Caricature

Dans un article publié par le quotidien Al-Tahrir et disponible sur son site web, l’auteur Ahmad Kamel Al-Béheiri, chercheur qui participe à une étude du centre régional des études stratégiques sur l’indice des manifestations de la confrérie durant l’année 2015, fait état de la capacité de cette dernière, après les coup durs qu’elle accuse, à mobiliser les troupes. « Durant la période qui s’étend du 1er janvier 2015 à la fin octobre de la même année, la confrérie a organisé plusieurs manifestations. 83 ont eu lieu au Caire, 80 à Guiza, et 57 à Alexandrie, alors que la ville de Louqsor qui n’a connu aucune manifestation de la confrérie vient en dernier sur la liste. On peut voir selon les indices récoltés que c’est dans les grandes villes (Le Caire, Alexandrie et Guiza) que se sont concentrés 42 % des manifestations de la confrérie, contre seulement 1 % qui couvrent les villes de Sohag, Qéna, Port-Saïd, Assouan, Suez, Ismaïliya, le Nord-Sinaï et Louqsor).

Il est à noter que les protestations des membres de la confrérie ont fortement baissé dans tous les gouvernorats durant la période qui va de mai à octobre 2015, comparé à la période de janvier-avril de la même année. La seule exception fut le gouvernorat de Minya qui a connu une hausse des protestations de la confrérie ». Selon les chiffres avancés par l’auteur, qui se base sur la même étude, les manifestations et protestations de la confrérie ont baissé sensiblement de 2013 à 2015. « Et nous pouvons conclure sur la base des chiffres de notre étude d’indices qui s’étend de janvier à octobre 2015 qu’il y a une forte relation entre les manifestations de la confrérie et les événements politiques. Le mois de janvier a ainsi connu le plus grand nombre de manifestations qui ont coïncidé avec l’anniversaire de la révolution du 25 janvier.

Elles ont ensuite repris en juillet, date de la chute de l’ex-président Mohamad Morsi. Il faut attendre le 25 janvier 2016 pour voir si la confrérie va engager des manifestations. Et sur le plan de la distribution géographique, même si les grandes villes ont connu le plus grand nombre de manifestations, il est à noter que dans d’autres régions les manifestations et protestations ont enregistré un nombre important de manifestations comme le gouvernorat de Charqiya avec 12 % du total des protestations des Frères musulmans sur le territoire et dont l’ex-président Morsi est originaire, ou encore le gouvernorat de Béni-Soueif, lieu de résidence du guide suprême de la confrérie Mohamad Badie avec 11 %. Malgré la baisse du nombre des participants aux manifestations des Frères musulmans, il est clair selon ces chiffres que la confrérie garde encore un pouvoir de mobilisation malgré l’incarcération de ses dirigeants ».

Sortie de secours pour les Frères ?

Voilà pour ce qui est des chiffres. Côté analyse, un article, paru sur le site du quotidien Misr Al-Arabiya, jette la lumière sur la première autocritique des Frères musulmans. « Le livre qu’a publié le docteur Yasser Gaber Al-Hag à titre individuel sur le site du réseau mondial de la confrérie sous le titre La Vision alternative, les Frères et la révolution : entre l’action politique et l’action partisane, est la première révision des idées de la confrérie depuis la révolution de janvier », écrit l’auteur. Le quotidien Al-Watan avait déjà publié le 14 octobre dernier un article, qui annonçait la parution de ce livre où l’auteur « déclare que la révolution du 30 juin qui a mené à la chute du président Mohamad Morsi est une révolution populaire. Et que c’est donc par la volonté populaire que ce dernier a été évincé », écrivait le journal. Yasser Gaber Al-Hag est un médecin, cadre au sein de la confrérie des Frères musulmans. L’article que nous reportons aujourd’hui propose une lecture du livre en question : « L’auteur considère que les idées de Hassan Al-Banna, sur la base desquelles il a fondé la confrérie, reposent sur le fait que cette dernière n’ambitionne pas d’accéder au pouvoir. Al Banna, selon lui, refusait que les Frères musulmans s’organisent en parti politique. L’auteur avance également que la mission politique de la confrérie est d’être un groupe de pression sur la base des idées d’Al-Banna qui disait que notre mission est la persuasion et le prêche de la bonne parole, puis la lutte constitutionnelle jusqu’à donner à notre voie la force d’atteindre les cercles officiels ».

Or, cela n’a pas empêché la confrérie, même du vivant de son fondateur, de participer à la politique. Ce dernier s’était présenté lui-même aux éléctions parlementaires en 1942 avant de se désister sous la pression des anglais, comme le note un article paru cette semaine dans le quotidien Al-Tahrir sur le parcours politique de la confrérie. « Le parlement de 2015 est le premier où les Frères musulmans n’ont aucune présence depuis 1976 », note le journal. Revenons à l’article de Misr Al-Arabiya, où l’on peut lire que l’auteur de cette révision,Yasser Gaber Al-Hag, considère que la confrérie a contredit la voie de son fondateur Hassan Al-Banna en créant un parti, car cela a fortement nui à sa popularité et a facilité les attaques contre elle. Faut-il oser déduire de cette révision et de sa publication que la confrérie accablée tente une sortie de secours ? Il est fort probable que le dossier soit dans l’actualité de 2016.

La grande décision d’Al-Sissi

L’autre dossier c’est la participation de l’Egypte au front islamique contre Daech : « Tous les indices montrent que l’Egypte est sollicitée pour participer à ces opérations militaires prochaines. Cela a été dit clairement dans les couloirs du Congrès américain et dans les propos des candidats à la présidence américaine. Cela a également été dit par des responsables arabes », écrit le chercheur Abdel-Moneim Saïd, ex-directeur du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS), d’Al-Ahram. Il ajoute : « Trois stimulants ont vu le jour pour inciter l’Egypte à le faire : Les derniers contrats proposés par l’Arabie saoudite pour aider son économie, soutenir sa monnaie, racheter sa dette publique et y investir.

L’annonce par Poutine que les touristes russes allaient reprendre la route vers l’Egypte. Et l’annonce par la Grande-Bretagne du rapport sur les activités des Frères musulmans, où il est dit que l’appartenance à la confrérie est un indice de fondamentalisme et qu’il y a des liens entre cette dernière et le fondamentalisme violent ». L’auteur de l’article conclut : « La décision de participer ou pas à ce front fera partie des plus sensibles décisions qu’aura à prendre le président Abdel-Fattah Al-Sissi ! » .

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