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Le renouveau des relations franco-égyptiennes

Heba Zaghloul, Lundi, 12 octobre 2015

La visite du premier ministre français en Egypte a été marquée par la finalisation du contrat d'achat des navires Mistral et un engagement français derrière une Egypte « stable ».

Le renouveau des relations franco-égyptiennes
Les relations entre Le Caire et Paris en sortent renforcées dans différents domaines. (Photo:Reuters)

C’est désormais officiel. Le contrat de l’achat par l’Egypte de deux navires Mistral a été bouclé lors de la visite au Caire, samedi dernier, du premier ministre français, Manuel Valls, accompagné du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Les relations entre Le Caire et Paris en sortent renforcées. Et pas seulement, sur le plan militaire. Avec une impor­tante délégation qui comprenait entre autres, 20 représentants d’en­treprises françaises, il était question d’une coopération plus étendue dans différents domaines : économie, énergie, communication et infras­tructures (extension du métro). L’Agence française du développe­ment devrait octroyer des dons sur plusieurs grands projets (aménage­ment des bidonvilles du Caire, aides aux PME agricoles, centrale solaire).

Cette coopération s’avère fruc­tueuse pour les deux parties. Pour Paris, l’Egypte représente un impor­tant client pour l’industrie de l’arme­ment française. La vente des deux Mistral, qui, à l’origine, devaient être livrés à la Russie, mais ne l’ont pas été en raison de la crise ukrai­nienne, est estimée à 950 millions d’euros. En février dernier, Le Caire avait acheté 24 avions de chasse Rafale, une frégate et des missiles pour un montant d’environ 5,2 mil­liards d’euros. L’Egypte pour sa part, face à la détérioration du contexte régional, avait besoin d’un renouvel­lement de son armement. Son allié traditionnel, Washington, avait effectivement décidé, à la suite de la destitution du président islamiste Mohamad Mosri en juillet 2013, de geler son aide militaire à l’Egypte, avant de la remettre en place en avril dernier. Une mesure qui semble avoir poussé l’Egypte à diversifier ses fournisseurs et à se tourner vers la Russie et la France.

Au-delà de l’importance du volet militaire, cette visite met en évi­dence un soutien appuyé de la part de la France envers le gouverne­ment du président Abdel-Fattah Al-Sissi, et marque donc une nette évolution de la position française. Car Paris, comme le reste des pays occidentaux, avait, elle aussi, émis des réserves par rapport à la destitu­tion de Morsi. « L’Egypte a besoin d’avoir des institutions stables et solides, le président Sissi incarne la stabilité et la solidité de l’Egypte aujourd’hui », a déclaré a l’Hebdo Stephane Romatet, conseiller diplo­matique auprès du premier ministre français. Il s’agit là d’un « d’un soutien sans ambiguïté ». Les réserves se sont donc dissipées, car Paris reconnaît désormais « la situation difficile de la région et les défis auquels l’Egypte fait face ». Elle s’engage donc derrière le prési­dent égyptien pour garantir « la stabilité de l’Egypte, d’où cette action que nous avons initiée dans le domaine de la défense et de la lutte anti-terroriste, et ce que nous voulons faire aussi dans le domaine économique. Car la stabilité est indispensable pour que l’Egypte puisse se développer sur le plan économique et social », ajoute Romatet.

Les positions communes
Le manque de stabilité régionale a été également discuté durant la visite du premier ministre, et en l’occurrence le dossier syrien sur lequel Le Caire et Paris ont des positions divergentes. « Il n’ y a pas de divergences, mais des nuances sur les chemins à emprunter », pré­cise Romatet. Selon lui, les deux pays sont d’accord sur deux points : le fait que la lutte contre Daech soit une priorité absolue et la nécessité d’organiser une transition politique en Syrie, tout en préservant les structures institutionnelles du pays, pour éviter un démantèlement de l’Etat. La seule « nuance », entre les positions du Caire et de Paris, concerne le rôle de Bachar Al-Assad dans cette transition. Il existe une volonté donc française et égyp­tienne de mettre en avant les posi­tions communes, en faveur d’un rapprochement entre les deux pays. Raison pour laquelle, un dossier comme celui des droits de l’homme n’a pas été publiquement évoqué, mais « traité avec discrétion ».

Selon certaines analyses égyp­tiennes, il s’agit toutefois d’un « semblant d’entente » entre les deux pays et la position française, comme celle du reste des pays occi­dentaux, serait pour la réintégration des Frères musulmans dans la scène politique égyptienne. Ce qui, en l’occurrence, serait inacceptable pour l’Egypte, qui considère les Frères musulmans « organisation terroriste ».

Un avis non partagé par une source diplomatique égyptienne, qui a requis l’anonymat, et selon laquelle la position française vis-à-vis de l’Egypte aurait toujours été « plus équilibrée et plus mesurée », que celle des autres pays européens, comme le Royaume-Uni ou l’Alle­magne. Cette positon française a, en plus, connu un changement favo­rable au Caire, après la visite du président égyptien à Paris en novembre 2014. Selon cette même source, la coopération est très active entre les deux pays, notamment dans le domaine de la lutte anti-terroriste. « Quand nous avons demandé aux pays européens d’arrêter les chaînes de télévision extrémistes, diffusées à partir de leurs pays, seule la France a répondu à l’appel ». Des mesures ont effectivement été prises par la France contre les chaînes diffusées par les satellites françaises, qui font l’apologie du terrorisme.

Et c’est précisément cette coopéra­tion active, qui existe à plusieurs niveaux, ainsi que des relations com­merciales de plus en plus impor­tantes, qui ont contribué à ce renou­veau des relations entre les deux pays. Face au danger croissant du terrorisme, qui ne tient plus compte des frontières, ce rapprochement est désormais une nécessité.

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