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Tahrir: Un sit-in clairsemé mais tenace

Ola Hamdi, Lundi, 07 janvier 2013

La place est occupée pour la septième semaine consécutive par des militants de tous bords. Leurs motifs et revendications sont loin d’être clairs pour les passants. Reportage.

Un sit-in
La ratification de la Constitution n'a pas dissuadé les campeurs sur la place Tahrir. (Photo: Ahmad Aref)

A quelques jours du deuxième anniversaire de la révolution du 25 janvier, Tahrir est à nouveau interdite à la circulation. Pour la septième semaine consécutive, barbelés et barrières barrent les entrées de la place, et un sit-in, bien que modeste en nombre, se poursuit. A l’entrée de la rue adjacente Mohamad Mahmoud, une bannière indique : « Le peuple a dissous la Constitution ». Du côté opposé, une autre, non moins chimérique, dit : « Le peuple a renversé le régime ». L’avenue Qasr Al-Aïni est toujours, quant à elle, obstruée par un mur de blocs de béton.

Malgré le froid piquant, une dizaine de tentes, un hôpital de campagne ainsi qu’un « musée de la révolution » tiennent le terre-plein central. Le sit-in, qui a commencé le 20 novembre pour revendiquer que justice soit faite aux manifestants tombés depuis le 25 janvier 2011, s’est poursuivi contre la Constitution, récemment approuvée par référendum. Aujourd’hui, ils campent sur le même site pour exiger la satisfaction des revendications de la révolution qui ont été « violées » par les islamistes au pouvoir. « Tahrir est le coeur de la révolution, et il doit continuer de battre », dit Hicham Ali, un comptable de 28 ans, membre du parti l’Egypte forte.

Etudiants, employés, chômeurs, en majorité jeunes, membres ou non de partis politiques de l’opposition et de mouvements révolutionnaires, ce sont pour la plupart des hommes. Les femmes qui sont présentes ne restent en général pas la nuit. Aux deux dizaines qui y passent la nuit, s’ajoutent d’autres petits groupes dans l’après-midi et le soir pour discuter de l’avenir. A l’exemple de Hicham qui vient chaque jour après son travail : « Je sais bien que beaucoup critiquent ce sit-in, mais on ne peut pas déserter le seul endroit qui nous donne de l’espoir ».

Comme Hicham, nombre de militants ont perdu foi dans leurs élites politiques mais pas dans les revendications de la révolution. Ibrahim Mohamad, 25 ans, les traits tirés par la fatigue, résume ainsi ses griefs : « Les leaders de l’opposition ne cherchent que leur intérêt personnel. Ils ont échoué à s’unir pour contrer les islamistes. Il est grand temps de prouver leur valeur et de se montrer dignes de la mobilisation populaire ». Ibrahim, pourtant membre du parti Al-Dostour, explique sa détermination : « Je veux vivre dans un vrai pays démocratique, où le peuple est la source de la légitimité du pouvoir et où ses droits sont respectés ».

Prochaines élections

A l’exception du mouvement du 6 Avril, les partis et mouvements d’opposition ont levé leur participation officielle au sit-in à la veille du référendum sur la Constitution. Ils se concentrent désormais sur les prochaines élections législatives. Aucun de ces partis ne se prononce contre le sit-in, mais ils estiment, à l’instar de Hussein Abdel-Ghani, porte-parole du Front du salut national (une ombrelle de partis laïcs) que « c’est aujourd’hui le temps du travail. Les élections à venir seront déterminantes pour l’avenir des Egyptiens ».

En dehors de ces calculs politiques, beaucoup d’opposants craignent que « les gens de Tahrir » ne fassent perdre sympathie et crédibilité aux révolutionnaires. En effet, nombre d’usagers du centre-ville se plaignent. Abdou, chauffeur de taxi, peste avec véhémence contre les complications engendrées par le sit-in. Il accuse ces « jeunes inconscients » de sa perte de revenus. Sobhi Abdel-Hakam, employé au célèbre complexe administratif du Mogammaa, est bien de cet avis : « Ils nuisent à l’économie et au tourisme ». Fouad Hamed, propriétaire de magasin, renchérit : « Les gens ne viennent plus faire les magasins dans le coin, et ce sit-in est plein de voyous, ce qui fait peur à tout le monde ».

Mais « comment quitter Tahrir alors que les violations se poursuivent ? », demande Hicham, en référence à la tentative d’assassinat de Mohannad Samir, 19 ans, grièvement blessé par balles à la tête ce 31 décembre par des hommes masqués qui ont déboulé dans le sit-in à bord d’un véhicule.

Ni la ratification de la Constitution, ni la perspective des élections, ni le harcèlement qu’ils subissent également de la part de voyous, ni les accrochages réguliers avec les vendeurs à la sauvette, ne parviennent à faire plier ceux qui tiennent la place. A l’exemple de Marwa Charaf, étudiante de 15 ans qui a été arrêtée sous le Conseil militaire : « Le peuple a découvert la vérité des Frères musulmans : notre pays est occupé ! Les gens descendront en masse dans les rues le 25 janvier pour reprendre ce qui leur appartient ».

En effet, l’ensemble des partis politiques d’opposition et des mouvements révolutionnaires ont lancé un appel uni à manifester le 25 janvier prochain contre le régime des Frères musulmans. La place Tahrir, qui est juste « gardée » aujourd’hui, retrouvera alors toutes ses forces.

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