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Coupure de presse: L’Egypte à la croisée des chemins

Najet Belhatem, Lundi, 24 décembre 2012

La plupart des éditos reviennent sur l’après-référendum avec des points de vue différents, mais tous versent dans le pessimisme. D’autres éditos reviennent sur la relation épineuse entre le pouvoir et l’armée.

« Je ne crois pas que quelqu’un qui a un minimum de raison puisse considérer ce référendum comme exprimant la volonté du peuple. Il n’est que le reflet des forces en conflit pour le pouvoir. Les mensonges entachent les élections, et le référendum dans nos pays minés par l’analphabétisme politique et l’analphabétisme tout court, et où règnent l’esclavagisme et la peur ancestrale de la colère divine sur terre et dans les cieux. Les longues files de femmes devant les bureaux de vote ne sont pas une preuve de libération de la prison de la soumission à l’autorité des mâles. La femme

va au bureau de vote sous l’injonction de l’autorité des hommes de la famille et du parti, exactement comme elle irait au marché pour acheter ce dont son mari et ses enfants ont besoin », écrit Nawal Al-Saadaoui dans le quotidien Al-Masry Al-Youm. Puis elle compare la situation des femmes en Egypte à celle des femmes au Kenya : « Les femmes au Kenya sont plus avancées que dans notre pays, je n’en ai vu aucune femme voilée ni en niqab. La Constitution kényane est plus avancée que l’égyptienne : elle stipule que le taux de chaque sexe au Parlement ne doit pas dépasser les deux tiers. Où en sommesnous par rapport au Kenya alors que c’est un pays africain qui a des problèmes similaires aux nôtres ? ». Selon Saadaoui, les courants islamistes domineront les prochaines législatives qui se tiendront dans deux mois. Dans le quotidien Al-Watan, l’analyste Moataz Abdel-Fattah tente d’aller au-delà du référendum : « La question actuellement n’est plus le oui ou le non. La question est de savoir comment le docteur Morsi va gérer le pays après toute cette division qu’il a causée ? Nous avons deux voies. Ou nous la jouons à l’européenne ou nous la jouons à l’américaine. L’Europe est arrivée à là où elle est, suite à une quantité énorme de conflits et de guerres, jusqu’à parvenir au point où elle s’est retrouvée en situation de suicide général. Quant aux Etats-Unis,

ils ont connu un degré moindre de conflits, car ceux qui les ont gouvernés associaient la philosophie et la force. Nous avons à choisir : ou la voie européenne avec les conflits et les batailles jusqu’à pouvoir arriver un jour à vivre ensemble dans le respect, ou la voie américaine avec un degré plus élevé de discussions pour trouver des solutions ». Et d’ajouter : « La responsabilité retombe en premier sur la présidence et sur ceux qui soutiennent le président. L’accession au pouvoir ne veut pas dire le pouvoir de déformer les institutions de l’Etat, comme la sûreté nationale ou l’armée,

ni les institutions sociales, comme l’Eglise, les médias ou la presse. Sinon l’alternative serait que chaque faction politique créerait son propre corps de sûreté nationale, ses propres réseaux de communication et ses propres milices, comme le fait le parti du Hezbollah au Liban ». Dans Al-Tahrir, Galal Aref revient sur les attaques de Mohamad Badie, guide suprême des Frères musulmans, contre l’armée. « La tentative de la confrérie des Frères musulmans d’entraîner l’armée égyptienne dans la bataille relève de la folie. Le message de Badie à ce sujet est une catastrophe. La colère qui règne dans les rangs de l’armée est tout à fait naturelle. Ses chefs ont souvent répété que leur mission première était de se consacrer aux prérogatives de l’armée, à savoir défendre le pays. Nous souhaitons que la faillite de la gouvernance des Frères ne s’étende pas à la relation avec l’armée. Il ne faut pas que la confrérie se trompe dans ses comptes sur ce dossier dangereux.

Souhaitons que la confrérie ne s’imagine ni qu’elle a réussi à évincer l’ancienne direction de l’armée, ni que cela puisse lui ouvrir les portes à s’ingérer dans les affaires de l’armée. Car le changement des directions de l’armée, comme le savent la confrérie et Morsi, fut une décision de l’armée elle-même ». Sur le même sujet, Emadeddine Adib écrit dans Al-Watan : « La déclaration de Badie est venue suite aux pressions de la confrérie sur la présidence pour annuler l’invitation de l’armée adressée à tous les courants pour une réflexion sur la situation. La déclaration a surpris tout le monde, car il ne s’était rien passé qui puisse mener à cette tension entre le pouvoir et l’institution militaire. La grande question est de savoir si les rapports de force ainsi que la formule du compromis

qui a permis la sortie des chefs du Conseil suprême des forces armées et la fin du rôle des militaires tiendront le coup, ou s’il faudra trouver une nouvelle formule ».

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