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La Gamaa islamiya dans l’impasse

May Al-Maghrabi, Lundi, 18 mai 2015

Essam Derbala, président du conseil consultatif de la Gamaa islamiya, a été arrêté cette semaine par les autorités. Il est accusé d'implication dans des actes de violence.

Derbala
(Photo: Ahram)

L’arrestation, cette semaine, d’Essam Derbala, président du conseil consultatif de la Gamaa islamiya et fondateur de son bras politique, le parti de la Construction et du développement, alimente les interrogations sur la relation entre l’Etat et ce groupe intégriste. Membre de la coalition de soutien à la légitimité (un ensemble de partis islamistes soutenant l’ancien président destitué, Mohamad Morsi), Derbala est accusé de soutenir la confrérie des Frères musulmans, déclarée groupe terroriste, et de s’impliquer dans des actes de violence.

Des accusations que son avocat, Adel Moawad, qualifie de « non fondées ». L’avocat rappelle l’engagement de la Gamaa islamiya à l’initiative d’arrêt de la violence, conclue en 1997. « Le soutien aux Frères musulmans est simplement une position politique qui ne doit pas être punie par la loi. Derbala comme les autres membres de la Gamaa ne sont impliqués dans aucun acte de violence et il a déployé des efforts pour régler la crise entre le régime et les Frères musulmans, après le 30 juin. Nous allons présenter au tribunal tous les documents prouvant son innocence », indique Moawad.

L’arrestation de Derbala apparaît comme une mise en garde à la Gamaa qui maintient des liens avec les Frères musulmans. « En pleine guerre contre les Frères, l’Etat veut démanteler les forces qui les soutiennent. La Gamaa doit refaire ses comptes et comprendre que continuer à soutenir les Frères est un pari raté », analyse Sameh Eid, spécialiste des mouvements islamistes.

La Gamaa islamiya, groupe islamiste radical, a été fondée en 1979, par Karam Zohdi. Son idéologie était basée sur la lutte armée contre « l’Etat mécréant », pour fonder un Etat islamique. Le groupe était très actif dans les années 1980 et 90. Il est responsable de l’assassinat de l’ancien président, Anouar Al-Sadate, et du massacre de Louqsor où 58 touristes étrangers et 4 Egyptiens avaient trouvé la mort. Une page de violence que les dirigeants de la Gamaa emprisonnés ont décidé de tourner en 1997, après des révisions idéologiques qui se sont soldées par un renoncement définitif à la violence et au port d’arme, face à l’Etat.

A l’issue de la révolution de 2011, la Gamaa a profité de la levée d’interdiction des partis politiques à références religieuses, pour créer son parti, celui de la Construction et du développement qui dispute les législatives de 2012 sous les Frères musulmans. En 2013 après la destitution de Morsi, la Gamaa rejoint la coalition de soutien à la légitimité. La présence de la Gamaa au sein de cette coalition a donné lieu à des divisions au sein de la Gamaa islamiya. L’aile réformatrice dirigée par ses cadres historiques, Karam Zohdi et Ibrahim Nagueh, architectes des révisions idéologiques des années 1990, s’est prononcée en faveur d’une sortie de la Gamaa de la coalition de soutien à la légitimité et d’une prise de distance avec les Frères musulmans. Alors que l’aile conservatrice, à laquelle appartiennent Derbala et Oussama Hafez, était favorable à une alliance farouche avec les Frères et refusait tout retrait de la coalition. Selon Nagueh Ibrahim, « l’arrestation de Derbala est la conséquence d’une série d’erreurs commises par le conseil consultatif du groupe, dirigé par Oussama Hafez et Derbala ». Il mentionne sa propre exclusion du groupe ainsi que celle d’autres dirigeants fondateurs, comme Karam Zohdi et Aboud Al-Zomor connus pour leur engagement en faveur de l’arrêt de la violence et leurs bons rapports avec l’Etat. « Derbala a rompu avec les engagements de la Gamaa, et a préféré suivre les pas des Frères, incitant sans fard à la violence », indique Ibrahim. Avis partagé par Karam Zohdi, qui estime que la Gamaa islamiya est aujourd’hui dans l’impasse, à cause de son alliance avec les Frères musulmans.

Frappée de dissensions, la Gamaa doit décider de son avenir au sein de la coalition de soutien à la légitimité, après l’arrestation de Derbala. « Le retrait de cette coalition, qui a coûté cher à la Gamaa, est devenu impératif pour éviter d’entrer en conflit direct avec l’Etat. Le problème c’est comment le faire sans déchaîner la colère de l’aile conservatrice du groupe, qui a toujours la main haute au sein de la Gamaa », explique Zohdi. Selon lui, la Gamaa aurait pu éviter une telle impasse, si elle avait saisi les chances d’intégration politique offertes après la révolution de 2011. « La seule issue à présent est de lâcher définitivement les Frères musulmans. Ces derniers ont toujours manipulé la Gamaa et ont impliqué certains de ses cadres dans la violence. Il est aussi nécessaire que la Gamaa réaffirme son respect de l’initiative d’arrêt de la violence », conclut Zohdi .

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