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Syndicat des Journalistes : Les défis du nouveau président

May Al-Maghrabi, Lundi, 23 mars 2015

Avec l’élection d’un nouveau président, le syndicat des Journalistes est à pied d’oeuvre pour relever les défis qui lui sont posés. La défense de la liberté de la presse et les droits des journalistes arrivent en tête des revendications.

Syndicat des journalistes
Qallach a promis les journalistes de défendre la dignité et la liberté de ses collègues et du métier. (Photo : Mohamad Hassanein)

C’est le Nassérien Yéhia Qallach qui a remporté vendredi dernier le poste de président du syndicat des Journalistes. Cadre syndical de poids et éditorialiste au quotidien Al-Gomhouriya, il a été élu avec 1 948 voix contre 1 079 pour son principal concurrent, Diaa Rachwan, de la fondation Al-Ahram. Les journalistes accusent ce dernier d’avoir échoué à défendre leurs droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, et de ne pas avoir pris des positions fermes face aux abus commis à leur égard.

C’est avec un quorum de 25 % de l’assemblée générale que les élections biennales du président et du renouvellement partiel du conseil syndical se sont tenues vendredi dernier. Le 6 mars, ces élections ont été remises pour défaut de quorum de 50 %+1, et se sont tenues vendredi 20 mars en présence de 3 226 journalistes. La loi du syndicat prévoit un mandat de deux ans renouvelable une fois pour le président, alors que les membres du conseil siègent pour quatre ans. 56 autres journalistes étaient en lice pour les 6 sièges du conseil du syndicat qui compte au total 12 membres. Sur les 6 élus, 5 journalistes sont issus de la presse nationale et 1 de la presse privée, déjà représentée dans le conseil par 4 autres membres.

Qallach est le premier président élu du syndicat des Journalistes après la révolution du 30 juin 2013 et le vingtième depuis sa création. Il a été membre du conseil pendant 4 sessions successives et secrétaire général du syndicat pendant 8 ans. La présidence de la République a félicité Qallach de sa réussite et de la transparence des élections estimant qu’elles reflètent l’aspiration des journalistes au changement et à l’injection de sang neuf afin de concrétiser leurs revendications. « Les journalistes ont voté aujourd’hui pour la liberté et l’indépendance de la presse, pour la défense de leur métier et leur patrie. Les résultats de ces élections sont un message à toute la nation et confirment que les journalistes sont déterminés à lutter contre toute atteinte à leur métier », a déclaré Qallach après l’annonce de sa victoire.

Le candidat gagnant a promis de défendre la « dignité et la liberté » de ses collègues et du métier et d’ouvrir tous les dossiers omis. « Je vous remercie pour votre confiance en ma personne et je vous promets de me consacrer au service et à la défense de tous les journalistes à la divergence de leurs tendances. Je salue aussi les martyrs de la presse, les blessés et les détenus parmi les journalistes pour lesquels je ne ménagerai aucun effort pour récupérer leurs droits », a-t-il ajouté sous les hourras des journalistes. L’amélioration des conditions de travail des journalistes, la libération des journalistes détenus et la défense des droits des journalistes licenciés arbitrairement sont des dossiers importants auxquels le nouveau président du syndicat a promis de s’attaquer.

Améliorer le statut

Diaa Rachwan a de son côté félicité son concurrent affirmant que son bilan au cours de deux ans à la tête du syndicat prouve qu’il a fait de son mieux pour améliorer le statut de la presse et des journalistes. Toutefois, la mort et l’arrestation des journalistes lors de la couverture d’événements, le licenciement arbitraire, ainsi que les restrictions imposées à la liberté d’expression sont des charges que des journalistes ont fait porter au président sortant Diaa Rachwan. Une colère qu’ils ont manifestée lors de l’assemblée générale, de ce vendredi en scandant des slogans contre le conseil sortant. En présence d’une foule de journalistes, le secrétaire général du syndicat, Karem Mahmoud, a commencé à citer les recommandations de l’assemblée générale, dont la condamnation de toutes sortes d’atteintes aux journalistes, l’engagement du syndicat à élaborer des législations pour la liberté d’expression, l’élaboration d’un cadre salarial, un salaire minimum de 1 200 L.E. et la prise des mesures nécessaires contre le licenciement arbitraire. « La prison des journalistes est une honte. Libérez la presse ! », a-t-il été scandé. Des dizaines d’autres journalistes ont réclamé le retrait de la confiance au conseil actuel et l’appel à des élections pour tous les sièges. Ce qui a donné lieu à des altercations. Et l’affaire s’est terminée par l’ouverture des urnes à ces élections partielles.

L’abolition des peines de prison pour les délits de publication, les garanties de la liberté d’expression, le droit à l’information ainsi que l’indépendance de la presse sont des tâches qui incombent au nouveau président du syndicat. Si le nouveau mandat a été baptisé « le mandat des libertés », c’est parce qu’il lui incombe surtout de faire pression pour que le statut de la presse corresponde à la nouvelle Constitution, laquelle garantit ces libertés fondamentales.

Pour la journaliste Farida Al-Naqqach, ces élections sont le début d’un combat crucial. « La diversité du conseil élu constitue un facteur de force et d’indépendance. Le nouveau conseil regroupe des journalistes affiliés à des médias officiels et d’autres à des médias privés, leurs appartenances politiques sont aussi diverses. Ce qu’ils ont en commun en revanche, c’est leur détermination à défendre leur métier », affirme Al-Naqqach. Elle appelle le nouveau président du syndicat des Journalistes à accorder une priorité au dossier des libertés et de l’indépendance de la presse. Elle souligne la nécessité d’abolir les peines de prison dans les délits de publication et les substituer par des amendes. « Jusqu’à présent, les journalistes sont soumis à un arsenal de lois restrictives qui nuisent à la liberté d’expression et permettent à l’exécutif de terroriser les journalistes. C’est le rôle du syndicat de revoir ces lois et les conformer à la nouvelle Constitution qui appuie la liberté et l’indépendance de la presse. Cette réforme doit aussi impliquer la séparation entre l’administration et la rédaction pour atteindre l’indépendance rédactionnelle visée », estime Al-Naqqach.

Journalistes ciblés

Ces élections se sont tenues dans une ambiance politique où les journalistes payent la facture des troubles politiques. A un moment où ils se sentent ciblés, les journalistes misent beaucoup sur le rôle de leur syndicat et de son nouveau président réputé pour son militantisme professionnel. « La réussite de Qallach, défenseur farouche des libertés et cadre syndical chevronné, n’a pas été une surprise après l’échec du président sortant à défendre les journalistes. Ce n’est que le début d’un combat pour la défense de la liberté et de l’indépendance de la presse actuellement intimidée », souhaite à son tour Khaled Daoud, journaliste et cadre du parti Al-Dostour.

Au cours des deux dernières années, 10 journalistes ont été tués lors de leur couverture d’événements, des dizaines d’autres se sont retrouvés harcelés ou arrêtés lors des manifestations, et des journalistes jugés proches des Frères musulmans ont été licenciés. « A part les communiqués de condamnation, aucune mesure concrète n’a été prise face à ces abus. J’ai été tabassé par la police et arrêté pendant deux jours lors de la couverture de violences à Matariya, il y a deux mois. J’ai présenté une plainte au syndicat qui n’a rien fait. Les journalistes travaillent aujourd’hui dans des circonstances difficiles et sans aucune protection syndicale ou institutionnelle. C’est pourquoi on se félicite de l’élection d’un nouveau président qui a promis de défendre nos droits et surtout notre dignité bafouée », s’exprime Ahmad Fadel, jeune journaliste au journal Al-Ahrar.

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