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La non-participation, outil de pression politique

May Al-Maghrabi, Mardi, 17 février 2015

11 partis et mouvements politiques libéraux et islamistes ont annoncé qu'ils ne participeront pas aux prochaines élections législatives.

Le parti libéral d’Al-Dostour, le parti de la Coalition populaire socialiste, Le Pain et la Liberté, ainsi que les mouvements des Socialistes révolutionnaires, le Courant populaire et le mouvement du 6 Avril. Ce sont les partis qui refusent de participer aux législatives. Côté islamiste figure notam­ment, l’Egypte forte, Al-Wassat, la Construction et le Développement et le parti salafiste Al-Watan. Le président du parti de l’Egypte forte, Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, dissident des Frères musulmans, a, lors d’une conférence de presse tenue cette semaine annoncé sa non-participation aux élections.

Les partis laïques, quant à eux, dénoncent l’hégémonie des hommes d’affaires sur la scène politique, le retour des feloul, la loi électorale et les restrictions sur les libertés. « Il est inutile de participer aux élections législatives dans cette ambiance politique. Les jeunes de la révolution sont derrière les barreaux, Moubarak et ses acolytes ont été libérés, les symboles du PND envahissent la scène politique et les partis politiques sont marginalisés », lit-on dans un communiqué signé par 7 partis laïques réunis jeudi dernier pour expliquer leur décision de boycotter les élections législatives prévues en mars pro­chain.

Marchant dans les pas de son fondateur, Mohamad Al-Baradei, qui avait déjà démis­sionné du gouvernement transitoire de l’après-30 juin, en contestation de l’évacua­tion du sit-in de Rabea, le parti libéral Al-Dostour s’abstient de participer aux légis­latives dénonçant « les violations des droits de l’homme ». « Le gouvernement n’a pas pris en considération les amendements de la loi électorale, notamment ceux ayant trait au découpage des circonscriptions. Il y a aussi le scrutin uninominal défavorable aux petites formations politiques. Ce mode de scrutin est un feu vert au retour des feloul de Moubarak et des islamistes au détriment des partis et des forces révolutionnaires qui ne possèdent pas l’argent nécessaire à cette compétition », justifie Khaled Daoud, porte-parole du parti d’Al-Dostour. Le parti avait réclamé l’aboli­tion de la loi sur la manifestation et la libéra­tion des jeunes révolutionnaires emprisonnés. « Il ne s’agissait pas de demandes exagérées comme les qualifient certains, mais d’un minimum de garanties pour des élections libres. Le régime qui se dit pour la révolution devrait faire preuve de bonne volonté », ajoute Daoud.

Suite à l’assassinat de la militante de gauche, Chaïmaa Al-Sabbagh, le mois der­nier, lors de la commémoration de l’anniver­saire de la révolution du 25 janvier, le Courant populaires’est aussi retiré de la course élec­torale. Accusant la police de l’assassinat d’Al-Sabbagh, le Courant populaire a récla­mé la destitution du ministre de l’Intérieur. Mais sa décision de boycotter les législatives relève également d’autres considérations. Ahmad Al-Béheiri, porte-parole du mouve­ment, explique que cette décision est basée sur deux raisons fondamentales: le processus électoral et la restriction des libertés indivi­duelles. « Il est difficile d’aspirer à des élec­tions représentatives de la révolution », explique Al-Béheiri.

Selon le politologue Tareq Fahmi, cette passivité politique est un mauvais calcul et laisse tout le loisir aux feloul de dominer le Parlement. « Il est paradoxal de critiquer des lois et des conjonctures politiques sans oeuvrer à les changer à travers la voie poli­tique légale. A titre d’exemple, comment ces forces révolutionnaires boycottant les légis­latives pourront modifier la loi sur la mani­festation ou promulguer celle de la justice transitionnelle ? », se demande Fahmi, esti­mant que ces partis devraient plutôt former des coalitions aptes à contrer les projets poli­tiques des feloul. Pour lui, la faiblesse de ces partis est la véritable raison de leur retrait. « Ces partis d’élite intellectuelle et politique ont un bon fond idéologique, mais ne possè­dent pas une base populaire ou des candidats connus capables de concurrencer les autres candidats. Le véritable problème de ces par­tis est qu’ils se rattachent toujours à l’état révolutionnaire, sans tenir compte des évolu­tions politiques », estime Fahmi. Des accusa­tions auxquelles rétorque Taher Mokhtar, du Parti socialiste révolutionnaire. « On ne peut pas réduire la démocratie aux urnes. Si l’am­biance politique n’est pas favorable aux libertés, qui sont le fondement de la démo­cratie, le boycott est un choix politique plus efficace qu’une participation de pure forme », conclut-il.

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