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Rafale : La fin du monopole américain

Chérif Albert, Mardi, 17 février 2015

L’acquisition par l’Egypte d’une flotte d’avions de chasse Rafale renforcera ses capacités militaires d’intervention et lui garantira un allié politique et stratégique dans sa guerre contre le terrorisme.

Rafale : La fin du monopole américain
(Photos : AP)

L’Egypte a signé lundi un contrat pour l’importation de 24 avions de combat français Rafale. La signature du contrat a eu lieu au palais prési­dentiel en présence du chef de l’Etat, Abdel-Fattah Al-Sissi, et du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Deux autres contrats ont été signés par l’Egypte pour l’achat d’une frégate multimission, ainsi que des missiles.

Le contrat intervient dans un contexte géos­tratégique très particulier, alors que les avions de combat égyptiens ont bombardé, lundi, des positions de l’organisation Etat Islamique (EI) en Libye, quelques heures après la revendica­tion par cette organisation djihadiste de la décapitation de 21 Egyptiens.

Cet avion de chasse français est engagé aujourd’hui sur de multiples terrains d’inter­ventions, notamment dans des opérations contre l’EI en Iraq. Confrontée sur son flanc Est à des attaques de djihadistes et sur son flanc Ouest à la situation explosive en Libye, Le Caire estime avoir besoin d’un avion de combat polyvalent afin de renforcer ses capaci­tés d’intervention.

Pourtant, le choix du Caire s’explique plutôt par la recherche d’un partenaire occidental politique et sécuritaire, alors que la France considère le président Abdel-Fattah Al-Sissi comme un interlocuteur légitime capable d’as­surer la stabilité dans la région. Paris, comme les autres capitales occidentales et nombre d’Etats dans la région, s’inquiète de l’expan­sion du groupe EI en Syrie et en Iraq, et des risques de déstabilisation régionale. « Nos deux pays mènent un combat commun contre le terrorisme », a ainsi commenté le ministre français de la Défense, tout en soulignant le soutien de Paris au président Sissi dans un contexte géopolitique tendu. Le choix de la France, marque également le souhait du Caire de s’affranchir de la tutelle américaine en diversifiant ses sources d’armements. « Cette situation problématique a commencé avec la première livraison d’armes soviétiques via la Tchécoslovaquie en 1955. Depuis cette date et jusqu’en 1978, notre équipement en armement était assuré par l’ex-Union soviétique. Ensuite, avec la signature des accords de Camp David en 1978, l’ex-président Anouar Sadate s’est tourné vers les Etats-Unis », note Salah Gouda, président du Centre du Caire pour les études économiques. Pour lui, cette situation fait de l’Egypte « l’otage » d’un autre pays. « Un pays qui connaît toutes les capacités militaires de l’Egypte, qui peut l’asphyxier à tout moment, et qui, dans le cas des Etats-Unis, faisait toujours en sorte de préserver la supé­riorité d’Israël », ajoute Gouda, tout en pro­nostiquant la poursuite des achats des armes provenant d’autres pays, notamment la Russie.

Aide conditionnée

Depuis la fin des années 1970, l’Egypte était dépendante des Etats-Unis qui lui accordent chaque année une aide militaire de près de 1,3 milliard de dollars. Une partie de celle-ci avait été gelée en octobre 2013 et conditionnée par des réformes démocratiques après la destitu­tion de l’ancien président islamiste Mohamad Morsi et l’arrestation de beaucoup de ses par­tisans. Si Washington a récemment livré au Caire des hélicoptères de combat Apache cen­sés servir à la lutte antiterroriste, les Etats-Unis dénoncent aussi régulièrement les condamnations prononcées contre des oppo­sants en Egypte.

En effet, peu avant l’annonce du contrat, Amnesty International avait appelé Paris à « suspendre tous les transferts d’armes » à l’Egypte en raison « des violations des droits de l’homme sans précédent depuis 30 ans » dans le pays. Des questions que Paris a balayées estimant que la sécurité est « l’élé­ment d’urgence » pour l’Egypte.

Dans ce contexte d’émancipation, l’Egypte a signé la semaine dernière, lors d’une visite d’Etat du président Vladimir Poutine au Caire, un protocole d’entente pour la construction d’une centrale nucléaire pour la production d’électricité. Les présidents égyptien et russe se sont mis d’accord sur la poursuite de leur coopération militaire.

« Je crois que le fait de signer un contrat de cette taille avec un pays occidental, comme la France, est une décision politique intelligente. Cela réfute la thèse d’un retour au bercail soviétique et montre plutôt que l’Egypte cherche à assurer un certain équilibre dans ses relations étrangères », explique Gamal Salama, président du Département des sciences politiques à l’Université de Suez. « C’est sans doute aussi un message aux Etats-Unis, surtout que la France est connue pour l’indépendance de sa politique étrangère par rapport à d’autres pays européens », estime-t-il.

De leur côté, les Etats-Unis ont minimisé l’impact de ces démarches. « L’Egypte est un pays souverain. Il entretient des relations avec d’autres pays, comme le font les Etats-Unis. Nous avons notre propre relation en matière de sécurité et je ne dirais donc pas que c’est une source de préoccupation ici », a déclaré la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki.

D’après le ministère français de la Défense, les 3 premiers Rafale seront livrés au Caire « dès cet été ». Une douzaine d’avions sur les 24 prévus pourraient ainsi être livrés rapide­ment à l’Egypte. Le rythme de fourniture prévu est de 5 avions par an. Il faudra donc a priori 5 ans pour honorer le contrat égyptien.

Le montant total des contrats est de 5,2 mil­liards d’euros, l’Egypte en assurera 50 % grâce à une aide financière de l’Arabie saou­dite et des Emirats, et à un emprunt, souscrit auprès de banques françaises, pour le restant.

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