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Les Ultras, entre foot et politique

Mardi, 10 février 2015

Apparus en 2007, les Ultras sont vite devenus le fer de lance de l'opposition aux forces de l'ordre. Avec la révolution de 2011, ces groupes se sont politisés.

Ultras
(Photo : Reuters)

Après avoir donné une nouvelle saveur au football égyptien depuis 2007, les Ultras se sont lancés sur le terrain de la politique. « Les Ultras ne sont ni un groupe de porteurs de drapeaux, ni un groupe de sauvages. Ils incarnent le sens même des mots patrie et dévouement. Cela signifie se donner sans limite et sans rien attendre en retour », selon la définition de Mohamad Gamal Béchir, alias Gimmy-Hood, dans son livre Ultras paru en 2011.

Apparu sur la scène égyptienne il y a 8 ans selon le modèle des Ultras d’Amérique latine et d’Europe présents depuis les années 1980, les Ultras égyptiens ont importé une ambiance fiévreuse dans les gradins par leurs chants et leur enthousiasme. Les feux d’artifice et les fumigènes – chamarikh – qu’ils utilisent pendant les matchs sont rapidement devenus des armes face aux forces de l’ordre. Et leurs chants se sont transformés en messages politiques contre la police.

Ces confrontations ont souvent été violentes, causant la mort de plusieurs personnes, notamment depuis la révolution du 25 janvier 2011. « La police nous a toujours mis des bâtons dans les roues. On nous fouillait, on nous maltraitait et on nous humiliait dans les stades », expliquait à l’Hebdo en 2013 un membre des Ultras qui avait requis l’anonymat.

Les Ultras ont joué un rôle remarquable dans les manifestations des dernières années, notamment dans les événements connus sous le nom de la « Bataille des chameaux » les 2 et 3 février 2011 et dans les confrontations de la rue Mohamad Mahmoud contre la police.

Les Ultras ont désormais une cause : venger ceux qui ont été tués par les forces de sécurité. Au départ encensés pour leur rôle dans la révolution, ils sont depuis devenus la cible de toutes les critiques des médias qui les qualifient désormais de groupe violent commettant des actes de sabotage.

Si certains ont tenté de les lier à des groupes islamistes (les Frères pour les Ultras Ahlawis et le parti salafiste de Hazem Salah Abou-Ismaïl pour les Ultras White Knights de Zamalek) ils ont toujours affirmé leur indépendance.

Le point d’orgue des violences demeure le « massacre » de Port-Saïd qui a fait plus de 74 morts parmi lesquels de nombreux Ultras ahlawis. Ces derniers ont pourtant tenu la police responsable de cette catastrophe. « Ce n’était pas un accident, mais un complot organisé contre les Ultras. Des membres de la police y sont impliqués ! », disait un membre des Ultras ahlawis à l’Hebdo en 2013 lors d’un reportage qui leur était consacré.

Omar Gaber, ce fidèle des Ultras

Omar Gaber
(Photo : Reuters)

Ayant pris connaissance des confrontations qui ont eu lieu entre la police et les supporters, le capitaine et milieu de terrain de Zamalek, Omar Gaber, a refusé de jouer le match contre Enppi, bien qu’il ait été dans le onze de départ de son équipe. Son geste lui a valu d’être suspendu par le club et son avenir semble compromis. « Gaber est suspendu indéfiniment et nous allons revoir son contrat, car ce qu’il a fait est complètement inacceptable », a annoncé Ahmad Mortada, membre du conseil d’administration du club.

Gaber (23 ans) avait déjà des relations tendues avec le président du club Mortada Mansour pour son dévouement et ses positions favorables à l’Ultras White Knights de Zamalek. « Ce public nous a toujours supportés et a été derrière nous, même dans les circonstances les plus difficiles. Notre devoir n’est pas seulement de lui faire plaisir, mais aussi d’être à côté de lui quand il a besoin d’aide », avait déclaré Omar Gaber. On comprend pourquoi les fans du club l’idolisent. Il a sacrifié sa carrière pour eux l

Du sang sur la pelouse: les pires matches du football égyptien

Du sang sur la pelouse 
(Photo : Reuters)

22 décembre 1971 : Ahli-Zamalek — Championnat national

Le Championnat national vient juste de reprendre après une longue suspension depuis la guerre de 1967. Le derby cairote entre Ahli et Zamalek se joue d’abord dans une bonne ambiance. Mais les supporters d’Ahli envahissent la pelouse, furieux d’une décision de l’arbitre d’accorder un penalty à Zamalek. Le match est annulé et la Fédération suspend le championnat.

17 février 1974 : Zamalek-Dukla Prague — Match amical

Près de 80000 supporters égyptiens assistent à la rencontre au stade Helmi Zamoura d’une capacité de 50000 personnes. Ce surnombre provoque des mouvements de foules tuant 48 personnes.

28 février 1993 : Egypte-Zimbabwe — Qualifications de Coupe du monde

L’Egypte bat le Zimbabwe 2-1 au Caire, mais la FIFA annule le résultat en raison d’agressions contre les visiteurs. Des supporters lancent des projectiles. L’un d’entre eux atteint l’entraîneur du Zimbabwe Reinhard Fabih et le gardien Bruce Grobbelaar. Le match sera rejoué en terrain neutre, à Lyon.

14 novembre 2009: Egypte-Algérie — Qualifications de Coupe du monde

Au Caire, les bus algériens sont attaqués causant 4 blessés, dont 3 joueurs. Au Soudan, lors du match de barrage, de larges confrontations ont lieu entre les supporters des deux pays faisant des dizaines de blessés. L’Egypte rappelle son ambassadeur à Alger suite à des attaques contre les bureaux d’EgyptAir et contre une entreprise de télécoms égyptienne à Alger.

Le 18 mai 2010, la Commission de discipline de la FIFA sanctionne l’Egypte pour les agressions subies par les joueurs algériens.

3 octobre 2010 : Ahli-Espérance de Tunis — Demi-finales de la Ligue d’Afrique

Le match est marqué par des violences après la victoire de l’Egypte. Les supporters tunisiens allument des fumigènes et d’autres descendent sur le terrain. Lorsque les policiers tentent d’intervenir, ils sont attaqués. Sept policiers égyptiens ont été blessés et 11 supporters tunisiens arrêtés.

2 avril 2011 : Zamalek-Club Africain de Tunis — Ligue d’Afrique

Furieux de la décision de l’arbitre d’annuler un but, les supporters de Zamalek envahissent la pelouse à trois minutes de la fin du temps réglementaire et attaquent les joueurs du Club Africain et les arbitres algériens. Dans les affrontements, 4 joueurs de Zamalek, 3 joueurs de l’équipe tunisienne et 9 supporters ont été blessés.

6 septembre 2011 : Ahli-Kima Assouan — Coupe d’Egypte

Avec le sifflet final, des affrontements éclatent entre les supporters d’Ahli et les forces de sécurité en raison de chants hostiles des premiers contre l’ancien ministre de l’Intérieur, Habib Al-Adely. Les confrontations s’étendent aux alentours du stade faisant un mort et 70 blessés.

1er février 2012 : Masri-Ahli — Championnat national

Suite à la défaite d’Ahli contre Masri en Championnat national, le public envahit la pelouse. Les affrontements font 74 morts et plus d’une centaine de blessés. C’est le pire incident de l’histoire du football égyptien. Il provoque la suspension des matches en Egypte pendant un an et un huis clos sur les matchs locaux pendant trois ans. Avec la reprise des matches en présence du public, 19 personnes trouvent la mort lors d’une rencontre entre Enppi et Zamalek dimanche dernier. Le Championnat est suspendu l

Les 5 plus grandes catastrophes du football mondial

Lima (Pérou), mai 1964 (318 morts)

Lors d’un match de qualification pour les Jeux olympiques entre le Pérou et l’Argentine, l’arbitre annule un but pour les hôtes et fait éclater la fureur du public. 318 personnes trouvent la mort dans les violences. On dénombre plus de 500 blessés.

Accra (Ghana), mai 2001 (126 morts)

A la fin de la rencontre entre les Hearts of Oak et Asante Kotoko 2-1, le public lance des projectiles sur le terrain. La police intervient et lance des bombes lacrymogènes sur la foule. 126 personnes trouvent la mort dans le chaos qui en résulte.

Hillsborough (Angleterre), avril 1989 (96 morts)

96 personnes trouvent la mort lors d’un match entre Liverpool et Nottingham Forrest en demi-finale de la Coupe d’Angleterre. La plupart essayaient de fuir les violences dans le stade. Face à des sorties trop étroites, les spectateurs tentent d’escalader les gradins. Les images sanglantes de cette catastrophe ont fait le tour de monde.

Katmandou (Népal), mars 1988 (93 morts)

Lors d’un match entre le Népal et le Bangladesh, une violente averse de grêle s’abat sur Katmandou, poussant les 30000 supporters présents dans le stade de Dasarath Rangasala à essayer de trouver refuges. Mais seule une des 8 portes du stade est ouverte et 93 personnes sont tuées par la foule qui cherche à sortir du stade.

Guatemala (Guatemala), octobre 1996 (84 morts)

A quelques minutes du début du match de qualification en Coupe du monde entre le Guatemala et la Costa Rica, des centaines de spectateurs sont poussées sur la pelouse en raison de leur trop grand nombre. Le président de la République de Guatemala, présent dans le stade de Mateo Flores, fait annuler la rencontre et annonce un deuil national après le décès de 84 personnes.

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