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Daech affaibli, mais loin d’être vaincu

Hugo Schmitt, Lundi, 02 février 2015

Les exécutions de deux otages japonais viennent rappeler que la reprise de la ville de Kobané par les forces kurdes la semaine dernière est loin de sonner le glas de la guerre menée contre Daech.

Daech affaibli
(Photo : AP)

L’organisation de l’Etat islamique a annoncé, samedi 31 janvier, avoir exécuté Kenji Goto, le deuxième otage japonais retenu depuis début novembre, plongeant à nouveau le monde entier dans la stupeur. Le 1er février, des photos documentant la décapitation de soldats et de policiers iraqiens sont venues s’ajouter à la longue liste d’exécutions revendiquées par Daech (acronyme arabe de l’Etat islamique, ou EI) tandis que la Jordanie était toujours en attente de nouvelles de son pilote, également menacé d’exécution par le groupe ultra-radical sunnite.

L’effervescence est donc vite retombée après la déclaration le lundi 26 janvier dernier des forces kurdes qui annonçaient la reprise de la quasi-totalité de la ville de Kobané aux mains des soldats de l’organisation de l’EI. La traque lors de cette bataille, qui durait depuis plus de quatre mois, a été menée à bien, notamment grâce à l’appui aérien des frappes de la Coalition internationale.

La coalition, sous l’égide des Etats-Unis, a procédé « à plus de 700 frappes aériennes » depuis le 8 août dernier, selon les chiffres annoncés par le Pentagone, qui ont détruit plus de 280 positions de l’EI et 100 bâtiments utilisés par les djihadistes. La bataille de Kobané ayant fait, à elle seule, environ 1800 morts dont 1200 djihadistes.

Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, John Kerry, s’est d’ailleurs félicité le samedi 31 janvier lors d’une conférence de presse aux Etats-Unis du caractère « crucial » de cette victoire pour les forces kurdes et la coalition. « Les forces terrestres kurdes, soutenues par nos forces aériennes, sont parvenues à reprendre la ville de Kobané, ce qui prouve la vacuité des propos de Daech selon lesquels il est invincible », soulignait le général américain James Terry dans un communiqué du ministère de la Défense publié le même jour. Avant de poursuivre: « La Coalition continuera à s’attaquer à Daech où qu’il soit ».

Un succès tangent

La reprise de cette zone « stratégique » ne doit toutefois pas laisser oublier l’enlisement actuel du conflit contre l’organisation de l’Etat islamique. L’Onu publiait dimanche 1er février un rapport recensant au moins 1375 morts en janvier 2015 (hors djihadistes) dans les violences en Iraq, où les forces de sécurité et leurs alliés combattent le groupe Etat islamique. L’année 2014 avait déjà été l’année la plus meurtrière en Iraq depuis 2007.

Peut-on considérer la victoire des Kurdes et de la Coalition lors de cette bataille comme une victoire notable? Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE et consultant sur les questions d’antiterrorisme, déclare sur le site d’actualité France 24 que cette victoire a avant tout une portée « symbolique », mais ne doit pas occulter que « la guerre n’est pas finie, l’EI est loin d’être battue ».

Il poursuit: « Il n’y a aucun espoir de vaincre l’EI en misant uniquement sur les frappes aériennes. C’est pour cela que les Etats-Unis veulent s’appuyer sur l’armée iraqienne, qui aujourd’hui frise la débâcle ».

Malgré la perte de Kobané, l’Etat islamique peut toujours compter sur ses solides positions à l’est de la ville. De plus, il contrôle toujours une partie des quelques villages alentour et certains de ses soldats sont encore certainement présents dans Kobané. Les risques d’attentats ou de contre-attaques sont donc toujours présents et la situation devrait prendre du temps avant de revenir au calme.

« Il reste encore un long chemin à parcourir dans cette campagne, mais Daech a toujours affirmé que Kobané revêtait un caractère symbolique de première importance et que c’était un objectif stratégique », déclarait encore John Kerry le 31 janvier. Que ce soit la Coalition menée par les Etats-Unis ou encore des pays frontaliers comme l’Iran, personne n’envisage encore d’envoyer des soldats au sol. Aucune raison donc de voir la guerre prendre fin dans les jours, voire les mois à venir.

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