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La révolution cherche sa voie

May Al-Maghrabi, Mardi, 27 janvier 2015

Le 4e anniversaire de la révolution du 25 janvier a été célébré, dimanche, dans un climat de tension et de violence. Retour sur une semaine mouvementée.

La révolution cherche sa voie
La place Tahrir a été fermée et tout rassemblement interdit.

Regain de violence, atten­tats à la bombe, accro­chages entre forces de l’ordre et Frères musul­mans, mais aussi avec les forces révolutionnaires, interdites de mani­fester sur la place Tahrir. Des scènes mitigées qui ont marqué la célébra­tion du 4e anniversaire de la révolu­tion du 25 janvier. L’Egypte semble plus que jamais partagée entre sa passion pour son nouveau président Abdel-Fattah Al-Sissi, perçu par une majorité d’Egyptiens comme le sau­veur de la nation, et la peur de voir la révolution mourir avec les fra­giles libertés acquises après le 25 janvier 2011.

Triste anniversaire. Quatre ans après la révolution, tout rassemble­ment au centre du Caire a été inter­dit. Les forces révolutionnaires ont été quasi absentes. Le mouvement du 6 Avril, les Socialistes révolu­tionnaires, la Coalition socialiste populaire, ainsi que les familles des victimes de la révolution n’ont pas pu défiler sur la place Tahrir pour commémorer l’anniversaire de la révolution. Des mesures de sécurité draconiennes ont été prises. La place Tahrir a été fermée et une armada de policiers a été placée autour des principaux artères de la ville.

L’Etat devait organiser des festi­vités officielles dimanche pour célébrer le 25 janvier, mais celles-ci ont été annulées en raison du deuil décrété pour la mort du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Dans une allocution télévisée samedi, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a salué le désir de changement mani­festé par les Egyptiens voici 4 ans, mais a appelé à la patience pour atteindre « l’ensemble des objectifs de la révolution ». Le chef de l’Etat avait déjà ordonné la libération d’un groupe de jeunes en détention provisoire dans des affaires liées à des émeutes ou des violences. Une centaine d’étudiants ont ainsi été libérés.

Violence, le pari perdant des Frères

Le ministère de l’Intérieur avait cependant averti que tout rassemble­ment sur les places publiques serait interdit et que les forces de l’ordre agiront avec fermeté en cas d’infrac­tion à la loi.

Ces mises en garde n’ont pas dis­suadé les Frères musulmans de semer le chaos. Bilan: 25 morts et 97 blessés, 516 arrestations, 2 pylônes électriques détruits, 2 postes de police incendiés, explosion d’une dizaine de bombes et 40 autres ont été désamorcées, mise à feu de plu­sieurs blindés, de trains, de bus et du tramway d’Alexandrie. Le quartier de Matariya au Caire, bastion des Frères, a été l’arène d’une bataille sans merci entre les forces de l’ordre et les islamistes. Ce quartier a enre­gistré le bilan le plus lourd dimanche avec 13 morts, dont un policier, selon le ministère de la Santé. Les vidéos diffusées montrent certains manifestants lancer des cocktails molotov sur les policiers, et incen­diant les blindés. Selon des témoins occultes, des militants islamistes ont ouvert le feu sporadiquement sur les habitants du quartier, hostiles à leurs violentes manifestations. Les forces de l’ordre ont tiré avec des carabines pour les disperser et des dizaines ont été arrêtés. Dans la capitale, la même scène s’est reproduite à Aïn-Chams, Maadi, et Fayçal. Le gou­vernorat d’Alexandrie a témoigné d’accrochages similaires qui ont fait 2 morts. Le tramway d’Alexandrie a été incendié à deux reprises ainsi que des bus de transport public. A Béheira, dans le Delta, 2 personnes ont été tuées par l’explosion d’une bombe qu’ils tentaient de placer près d’un pylône d’électricité. Plusieurs officiers de police ont éga­lement été blessés et un soldat a été tué dimanche dans l’explosion d’une bombe au Caire. Selon l’expert des mouvements islamistes Ahmad Ban, cette escalade de la part des Frères n’est pas une surprise. « Leurs appels à manifester n’ont pas été suivis. Cet isolement les a poussés à faire le choix qu’ils ont fait après la révolution du 30 juin, celui de la violence. Une stratégie qui ne fait qu’alourdir leurs pertes poli­tiques », explique Ban.

Une icône de la révolution s’éteint

L’autre événement qui a marqué ce 4e anniversaire de la révolution est la mort de la militante de gauche Chaimaa Al-Sabbagh, abattue samedi par balle alors qu’elle participait à une manifestation pacifique au centre-ville. L’Alliance populaire socialiste, un petit parti issu de la révolution, avait décidé de défiler le 24 janvier, à la veille de l’anniver­saire officiel, pour ne pas se trouver dans le même cortège que celui des Frères musulmans. Dans la rue Talaat Harb, à proximité de la place Tahrir au Caire, des dizaines de jeunes du parti ont organiséune manifestation symbolique et voulaient déposer des gerbes de fleurs pour commémorer l’anniversaire de la révolution. Et ceci avant que les forces de l’ordre n’interviennent pour disperser ce ras­semblement avec des tirs de gaz lacrymogènes. Selon le rapport de la médecine légiste, Al-Sabbagh a été atteinte par une balle de chevrotine. « La police a tiré des gaz lacrymo­gènes et des tirs de chevrotine. Il est scandaleux qu’après 4 ans de révolu­tion, on en revienne aux mêmes pra­tiques policières d’avant la révolu­tion », dénonce Adel Al-Méligui, membre du parti qui a participé à cette manifestation. Le parti accuse le ministère de l’Intérieur du meurtre de Chaimaa. Plusieurs forces politiques et révolutionnaires ont réclamé une enquête transparente. Le ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim, a nié toute responsabilité. « Ni la chevro­tine ni les balles en caoutchouc n’ont été utilisées. Il n’y a eu que deux tirs de gaz lacrymogènes. Le dossier est maintenant devant le Parquet général qui déterminera le vrai coupable. Et d’ici là, il ne faut pas accuser la police sans fondements », a déclaré le ministre. Une enquête sur la mort de Chaimaa Al-Sabbagh est donc en cours.

L’absence des révolutionnaires à la commémoration de la révolution a été aussi un fait remarquable. Mohamad Aboul-Ghar, président du parti du Social démocrate, regrette que ce soit les forces révolutionnaires qui payent la facture des crimes des Frères musulmans. « Il était triste de voir la place Tahrir interdite aux révolution­naires. Aujourd’hui, il est difficile de savoir où se place vraiment l’opinion publique par rapport à la révolution de janvier. Une partie de la rue, influencée par certains médias privés appartenant à l’ancien régime, impute à la révolution de janvier la responsabilité de ces troubles, alors que certains prennent les révolu­tionnaires pour des comploteurs qui veulent déstabiliser le pays », affirme Aboul-Ghar. Selon Sameh Eid, politologue, la révolution de janvier n’a pas échoué, mais les révolutionnaires n’ont pas pu garder leur unité pour la protéger. « Le but qui a rassemblé les jeunes révolu­tionnaires du 25 janvier était plus patriotique que politique, à savoir libérer le pays du despotisme et de la corruption. Mais ils se sont trom­pés en croyant que la révolution a atteint tous ces objectifs », décrypte Eid. Selon lui, ces jeunes de diffé­rentes tendances et idéologies se sont rapidement dispersés sans avoir de plan déterminé pour achever leur révolution et concrétiser ses objec­tifs. « Et c’est là que réside le dilemme d’une révolution qui n’avait ni leader ni organisateurs. L’histoire des révolutions a prouvé que lorsque les objectifs d’une révo­lution ne sont pas atteints, elle se transforme en chaos et c’est le cas du 25 janvier, 4 ans après son déclenchement », conclut Eid.

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