Jeudi, 23 mai 2024
Al-Ahram Hebdo > Egypte >

Loi sur les universités : Le débat continue

Ola Hamdi, Mardi, 20 janvier 2015

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a amendé, par décret, la loi sur les universités. Une mesure qui soulève un vif débat au sein du corps enseignant.

Loi sur les universites
Une nouvelle loi est promulguée pour rétablir l'ordre dans les universités.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a amendé, cette semaine par décret, la loi régissant les universités. Le texte amendé de l’article 110 de la loi No 46 de l’année 1972, portant sur l’organisation des universités, prévoit le renvoi de tout enseignant qui « s’adonne, ou incite à la violence ou à l’émeute, participe à une activité partisane, ou introduit des armes à l’université ». « Le coupable de l’un des trois actes fera objet d’une enquête sur décision du doyen de l’université qui peut ordonner sa com­parution devant le conseil de disci­pline. La personne concernée doit être informée des accusations qui lui sont adressées », précise le texte de loi. Le membre du corps enseignant est sus­pendu, dès l’émission de l’ordre d’en­quête à son sujet, pour une période ne pouvant pas dépasser les six mois, jusqu’à la décision du conseil de dis­cipline. Pendant cette période, il lui sera interdit d’accéder à l’enceinte de l’université. Deux autres amende­ments avaient déja été introduits à cette loi à l’époque de l’ancien prési­dent Adly Mansour, en février 2014, permettant d’exclure les étudiants res­ponsables d’acte de violence. Par ailleurs, des sanctions disciplinaires seront appliquées à tout professeur qui s’adonne à un acte susceptible de por­ter atteinte à l’intégrité, la dignité du corps enseignant et de sa fonction.

Pour sa part, le ministre de l’En­seignement supérieur, Sayed Abdel-Khaleq, a déclaré que l’application des amendements approuvés par le président Al-Sissi, permettant le ren­voi de membres du corps ensei­gnant, est devenue obligatoire en vertu de la loi. « Ces amendements servent à incriminer certaines irré­gularités commises par des profes­seurs, comme le travail partisan ou le fait de faire entrer des armes à l’université », défend Abdel-Khaleq. Pour Mahmoud Kébeish, professeur de droit pénal à l’Université du Caire, ces amendements visent à protéger le processus d’enseigne­ment. « Il n’y a pas de contradiction entre l’adhésion à un parti en dehors des universités, et la loi. Celui qui veut adhérer à un parti, peut le faire mais en dehors des murs des univer­sités ». Il explique que « la loi encourage les étudiants et les ensei­gnants à éviter de faire de la poli­tique au sein du campus, afin d’évi­ter les divisions au sein de la com­munauté estudiantine ». Kébeish rejette l’idée que cette loi puisse affecter le processus d’enseigne­ment, car selon lui, les enseignants peuvent parler de la politique, comme une science théorique sans parler de la situation actuelle.

L’université a été le théâtre l’année dernière d’une vague de violence sans précédent, qui a fait plusieurs morts parmi les étudiants et la police. Protestant contre la destitution du président Mohamad Morsi, les étu­diants islamistes avaient investi les locaux de l’université et tenté de perturber le déroulement des cours, ce qui a donné lieu à des affronte­ments sanglants avec les forces de l’ordre. Or, l’Etat cherche à se mon­trer ferme et à mettre fin aux mani­festations islamistes au sein du cam­pus. D’où le présent amendement qui fait face à une forte opposition. La polémique a débuté au mois d’oc­tobre dernier, quand ces amende­ments n’étaient encore qu’un projet de loi devant le Conseil des ministres. Les membres du mouvement du 9 Mars pour l’indépendance des uni­versités et d’autres professeurs avaient alors organisé un sit-in contre ce projet de loi, et envoyé des lettres au Conseil des ministres pour demander le retrait du projet. « Ces amendements sont une confirmation du mauvais regard que l’Etat porte sur les universités. Je ne peux pas imaginer que la loi interdise aux professeurs de participer à la vie politique dans les universités. Si les professeurs d’université en sont exclus, qui a le droit d’y partici­per ? », s’interroge Hani Al-Husseini, professeur à la faculté des sciences de l’Université du Caire et porte-parole du mouvement du 9 Mars. Il ajoute que ces amendements auront un effet négatif sur le proces­sus d’enseignement, surtout dans les facultés de sciences politiques, lorsque les enseignants voudront développer leur vision sur les théo­ries politiques pendant leurs cours.

La rentrée universitaire avait été marquée, dès avant son début, par l’annonce d’une série de restrictions relatives aux activités politiques des étudiants. En septembre 2014, le ministre de l’Enseignement supérieur, Sayed Abdel-Khaleq, avait annoncé l’interdiction de toute activité poli­tique dans le campus, y compris pour le corps enseignant et les employés des universités. « Malgré mon opposi­tion à la violence dans les universités, j’ai peur de la mauvaise utilisation de la loi. La quatrième partie de l’amen­dement, concernant l’acte susceptible de porter atteinte à l’intégrité et à la dignité du corps enseignant, est très vague. La loi ne précise pas les actes qui peuvent être de cette nature et ouvre la porte à une mauvaise utilisa­tion du texte », se demande Abeer Abdel-Hafez, professeur à la faculté des lettres de l’Université du Caire. « Pourquoi ces clauses et ces peines concernent-elles seulement les profes­seurs et enseignants des universi­tés ? », ajoute-t-elle.

Pour le professeur de sciences poli­tiques à l’Université de Hélouan, Gamal Zahran, tout en mettant en garde contre la mauvaise utilisation de la loi, il y voit un outil efficace et important pour mettre fin à l’instabi­lité qui sévit dans les universités, depuis deux ans. « L’opinion politique du professeur d’université doit rester en dehors de l’université. Il était obli­gatoire d’avoir une loi qui organise ces conditions, pour lutter contre la violence dans les universités, et réa­lise le bon climat du processus d’en­seignement », affirme Zahran.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique