Lundi, 04 mars 2024
Al-Ahram Hebdo > L'invité >

Achraf Al-Arabi: « L’élimination des sources de corruption fera économiser de 20 à 25 milliards de L.E. »

Propos recueillis par Gilane Magdi, Mardi, 27 novembre 2012

Le ministre de la Planification et de la Coopération internationale, Achraf Al-Arabi, explique la baisse de la croissance au premier trimestre de l’année fiscale 2012-2013. Il met aussi en garde contre l’instabilité politique qui pourrait déprécier la L.E.

Ministre

AL-AHRAM HEBDO : Quelpeut être l’impact,sur la performanceéconomique du pays,de la détérioration politique qui s’observe actuellement ?
Achraf Al-Arabi : L’impact sera sans doute négatif sur l’économie qui souffre déjà de problèmes majeurs. Aujourd’hui, l’économie est dans une situation très difficile. Le taux d’investissement est très faible avec 11 % au premier trimestre de l’année fiscale 2012-2013 et le taux de croissance reste faible : 2,6 % de juillet à septembre dernier. La scène politique prend le dessus sur la situation économique, mais il faut rapidement surmonter cette phase pour retrouver la stabilité nécessaire au retour des investissements étrangers.
— Selon les estimations du premier ministre, les réserves en devises devraient passer de 15 à 25 milliards de dollars. Comment cela est-il possible dans un tel climat ?
— L’Egypte a signé des accords de crédits facilités à hauteur de 10 milliards de dollars jusqu’en juin 2013. En ajoutant ce chiffre aux montants des réserves actuelles, le total passera à 25 milliards de dollars. Mais nous avons été prudents lors de nos négociations avec les responsables de la Banque mondiale et du FMI en prévoyant un montant de réserves variant entre 19 et 20 milliards de dollars. Les 10 milliards de dollars proviennent notamment d’Arabie saoudite, de Turquie, du Qatar, de l’Union européenne et des Etats-Unis.
— Le FMI a indiqué dans un communiqué que l’Egypte devrait maintenir la stabilité du marché des changes à moyen terme. Ce qui a été interprété par plusieurs analystes comme une possible dévaluation de la monnaie égyptienne. Avez-vous accepté cette mesure qui fera gonfler l’inflation ?
— Cela est faux. Le FMI n’a pas dicté d’obligations au gouvernement en ce qui concerne la dévaluation de la monnaie nationale. C’est vrai que cette dernière pourrait fluctuer face au dollar en raison de l’instabilité politique et de ses répercussions sur le secteur du tourisme. Pourtant, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) prévoit la hausse du cours de la livre égyptienne dans la période à venir. — Le plan économique de l’année 2012-2013 tablait sur des investissements directs étrangers de 6 milliards de dollars. Mais le premier ministre a révisé ce chiffre à la baisse lors de son discours du 13 novembre. Pourquoi était-il moins optimiste ? — Il est facile d’atteindre ce montant à travers le règlement des problèmes avec les investisseurs étrangers. 715 millions de dollars ont été déposés à la BCE le mois dernier après le règlement d’un conflit avec une société privée. Le comité du règlement des différends dépendant du Conseil des ministres conduit des négociations avec un groupe d’hommes d’affaires. Le règlement de ces différends devrait injecter davantage de liquidités.
— Le gouvernement prévoit que l’investissement privé sera de 170 milliards de L.E. lors de l’exercice 2012-2013, soit plus de trois fois que l’investissement public. N’est-ce pas un peu optimiste dans le climat du ralentissement économique et de la faible croissance ?
— Les indicateurs sont vraiment positifs. Au cours du premier trimestre de l’année fiscale 2012-2013, la part du secteur privé dans l’investissement total s’élève à 70 %, soit 35 milliards de L.E. (presque 6 milliards de dollars) contre 66 % durant la même période de l’année dernière. Le secteur du pétrole et du gaz s’empare de la majeure partie La croissance continue de baisser d’un trimestre à l’autre. Elle a atteint 2,6 % au premier trimestre de l’année fiscale 2012-2013, contre 3,3 % au trimestre précédent. Toutefois, le ministre de la Planification et de la Coopération internationale se dit optimiste en la comparant à la même période de l’année dernière (soit +0,4 %). « D’habitude, la comparaison se fait par rapport à la même période de l’année précédente, car les indicateurs du premier trimestre sont toujours inférieurs à ceux du quatrième trimestre. Par exemple, les indicateurs des investissements totaux apparaissent au quatrième trimestre, car nous passons toute l’année par des phases de lancement d’adjudications et de conclusions de contrats. C’est pourquoi nous prévoyons un taux de croissance de 4 % au 4e trimestre pour réaliser une croissance annuelle moyenne de 3,5 % en 2012-2013 », justifie le ministre. Le ministre a révélé lors d’une conférence de presse tenue le 24 novembre dernier que 11 secteurs économiques ont enregistré des taux de croissance positifs, avec notamment 3 secteurs passés du négatif au positif. Il s’agit notamment des secteurs de l’industrie (+2,8 %), du tourisme (0,6 %) et de la construction (+5,74 %). En revanche, deux secteurs enregistrant d’habitude de bonnes performances ont souffert ce trimestre. Il s’agit du Canal de Suez (-3,4 %) et des activités d’exploration (-0,1 %). Malgré le ralentissement, la croissance réalisée reste meilleure que celle prévue par le FMI. Ce dernier avait tablé sur 2 % pour 2012-2013. Un taux inférieur aux estimations de la banque d’investissement Beltone Financial. « Cela signifie que l’activité de production n’a pas repris comme prévu. L’instabilité politique nous a aussi conduits à revoir à la baisse nos estimations de croissance de 3 % à 2,5 % en 2012-2013 », note le rapport. Al-Arabi a justifié la réalisation des 2,6 % de croissance par la consommation domestique qui reste son principal catalyseur. Quant à l’investissement, son taux reste faible avec 11 % de juillet à septembre. « Ce taux est trop faible. Il devrait augmenter à 22 % pour qu’on puisse réaliser un taux de croissance de 7 % », note le ministre. D’après les indicateurs, le montant total des investissements a atteint 50 milliards de L.E., soit une baisse de 1,6 % par rapport à la même période de l’année fiscale 2011-2012. 35 milliards de L.E. proviennent d’investisseurs privés. De plus, puisque le taux d’épargne reste très faible (5 %) au cours du premier trimestre, « il existe un écart de financement de 14,5 milliards de dollars jusqu’en juin 2014. Deux tiers de ce fossé (10 milliards) seront comblés par les crédits facilités jusqu’en juin 2013, et le reste l’année suivante », précise le ministre. La croissance peine à redécoller de ces investissements qui sont des contrats à long terme (21 %), suivi du secteur de la construction et de l’immobilier (16,3 %). Autre indicateur : les flux des capitaux privés pour créer de nouvelles sociétés ont largement augmenté à 31 milliards de L.E. contre 9,6 milliards de L.E. durant la même période de l’année dernière. Cette hausse a aussi touché le développement des sociétés pour se chiffrer à 27,8 milliards de L.E. contre 6,1 milliards de L.E. l’année précédente. Mais ce qui est vraiment remarquable est le fait que 93 % des augmentations viennent des capitaux nationaux.
— Quel est le plan d’urgence si l’instabilité politique se poursuit ?
— Il existe plusieurs scénarios pour faire sortir le pays de la phase actuelle. Et les responsables du Fonds monétaire international ont assuré que les événements politiques n’auraient pas de répercussionssur l’économie du pays. Toutefois, il faut être attentif. Nous sommes actuellement dans une guerre pour le développement et le retour de la stabilité économique.Le gouvernement actuel table sur son plan de réforme basé sur trois piliers : il y a d’abord l’augmentation des revenus gouvernementaux à travers des hausses d’impôts. Ensuite, l’amélioration du climat de l’investissement se fera à travers une facilitation des procédures. Enfin, il faut réduire les dépenses en combattant la corruption dans le secteur public. Nous prévoyons que l’élimination des sources de corruption administrative fera économiser de 20 à 25 milliards de L.E. dans le budget 2012-2013. Par ailleurs, j’accentuerai la cadence pour conclure des accords de crédits de 14,5 milliards de dollars jusqu’à juin 2014, afin de combler le fossé budgétaire entre les revenus et les dépenses, évalué à 140 milliards de L.E. dans le nouveau budget 2012-2013.
Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique