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Les journalistes d’Al-Jazeera rejugés

May Al-Maghrabi, Mercredi, 07 janvier 2015

Les journalistes incarcérés de la chaîne qatari Al-Jazeera auront droit à un nouveau procès. Une décision judiciaire qui intervient sur fond d’apaisement entre Le Caire et Doha.

Les journalistes d Al-Jazeera
Les journalistes d’Al-Jazeera souhaitent bénéficier d’une grâce présidentielle. (Photo : AP)

A l’issue d’une très courte audience qui s’est tenue en l’absence des prisonniers, et conformément aux réquisitions du Parquet, la Cour de cassation a ordonné cette semaine un nouveau procès pour les trois journalistes d’Al-Jazeera, condamnés à des peines de prison allant de 7 à 10 ans. En acceptant le recours en appel des journalistes d’Al-Jazeera, la cour a automatiquement annulé le jugement de la Cour d’assises. Toutefois, les trois journalistes resteront en détention jusqu’à ce qu’ils soient rejugés alors que la date du nouveau procès n’a pas encore été fixée.

Il s’agit de l’Australien Peter Greste, l’Egypto-Canadien Mohamed Fadel Fahmi et l’Egyptien Baher Mohamed. Ils sont accusés d’avoir diffusé « de fausses informations », de soutenir une « organisation terroriste » et d’avoir « porté atteinte à la sécurité nationale ». La condamnation, en juin dernier, de ces journalistes avait déclenché des critiques sur la scène internationale. Les avocats des journalistes d’Al-Jazeera avaient alors dénoncé un procès « politique » et une condamnation « sans preuve ». L’affaire remonte à décembre 2013, les journalistes, employés de l’antenne anglophone d’Al-Jazeera, avaient été arrêtés dans une chambre de l’hôtel Marriott en possession de matériel de diffusion satellitaire.

Le rejugement des trois journalistes intervient à un moment où le Qatar et l’Egypte ont décidé de normaliser leurs relations suite à une réconciliation conclue le mois dernier sous l’égide de l’Arabie saoudite. Les relations égypto-qatari s’étaient en effet détériorées après la destitution du président islamiste Mohamad Morsi du fait du soutien de Doha aux Frères musulmans.

Le pari des familles des accusés

Les familles des accusés perçoivent ce verdict d’un bon oeil. Elles espèrent un nouveau procès « plus équitable » sur fond d’amélioration des relations entre Le Caire et Doha. C’est ce qu’affirme le frère de Mohamad Fahmi : « Je crois qu’il y a certains signes positifs. J’espère que le processus de réconciliation entre le Qatar et l’Egypte va se poursuivre, c’est ce qui me rend optimiste ». Les familles des journalistes espèrent une grâce présidentielle. Elles veulent profiter d’un décret présidentiel, promulgué en novembre dernier, qui autorise le président de la République à extrader les étrangers condamnés à des peines de prison ou en instance de jugement. La famille de l’Australien Peter Greste a fait savoir qu’elle espérait obtenir son expulsion. Andrew et Mike, les frères de Peter Greste, ont estimé que la décision de la Cour de cassation représentait un pas positif dans le processus judiciaire. « Maintenant que Peter est redevenu un accusé, nous allons amender notre recours demandant son expulsion. Nous estimons que les deux prochains jours seront cruciaux, les gouvernements australien et égyptien parviendront, je l’espère, à une décision d’expulsion », déclare Andrew Greste. En cas de rejet de ce recours, la défense du journaliste demandera sa libération sous caution à l’ouverture du nouveau procès. Chaabane Saïd, avocat des accusés, se félicite del’annulation du verdict de la Cour d’assises et estime que ses clients seront prochainement innocentés.

Prémices d’un dénouement de la crise

Quelle est la portée de ce rejugement des journalistes d’Al-Jazeera ? Selon Yousri Al-Azabawi, il est fort probable que l’affaire se termine par la libération des journalistes. « Ce procès, très médiatisé et fort critiqué par l’Occident, cadre mal avec le nouveau visage que veut se donner l’Egypte. Après les tournées extérieures du président Al-Sissi et la réconciliation avec le Qatar, le gouvernement égyptien souhaite conserver la nouvelle image d’apaisement qu’il a envoyée au monde. Le moment est plus propice que jamais pour redorer son blason et se décharger des pressions extérieures sur ce procès », explique Al-Azabawi. Il ajoute que le scénario de la libération des journalistes d’Al-Jazeera est plus probable compte tenu de l’évolution de la situation. « Ce procès a été exploité par l’Occident et par le Qatar et les Frères musulmans pour critiquer le nouveau régime d’Al-Sissi. Avant la réconciliation avec le Qatar, l’Egypte refusait de céder aux pressions alors qu’Al-Jazeera poursuivait ses diatribes à l’égard de l’Egypte. Le président ne pouvait accorder de grâce présidentielle à ces journalistes alors que des activistes comme Alaa Abdel-Fattah et Ahmad Doma restaient en prison pour avoir enfreint la loi sur la manifestation. Le scénario le plus probable à présent est des peines atténuées pour les journalistes suivies d’une grâce présidentielle. Ainsi, le régime sortira de l’impasse sans être accusé d’ingérence dans les affaires de la justice en extradant les journalistes en vertu du récent décret présidentiel », analyse Al-Azabawi. Au-delà du sort des journalistes accusés, la leçon à tirer de ce procès est d’éviter d’instrumentaliser les médias à des fins politiques et au profit des régimes.

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