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Hossam Hasany Al-Awak : L’armée syrienne libre mène sa guerre sans couverture politique.

Osman Fekri, Mercredi, 07 janvier 2015

Le colonel Hossam Hasany Al-Awak, officier dissident des Renseignements syriens et coordinateur des Officiers libres, estime que l’initiative russe vise à anéantir la révolution et à maintenir le pouvoir d’Al-Assad.

Hossam Hasany Al-Awak
Hossam Hasany Al-Awak

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la position actuelle de l’opposition syrienne? Une solution qui n’exige pas le départ de Bachar est-elle aujourd’hui sur la table ?

Hossam Hasany Al-Awak : Il n’est un secret pour personne que la montée des Frères s’est opérée sur les vestiges de la révolution syrienne. Les Frères se sont accaparés l’opposition ainsi que la prise de décision. Ils ont même dominé le Conseil national, où ils occupent 80% des sièges avec quelques autres membres marginalisés de la gauche et des partis communistes. D’ailleurs, l’opposition en exil est totalement dissociée de ce qui se passe sur le front interne. Le rassemblement des Officiers libres, l’armée syrienne libre et toutes ses composantes mènent une guerre sans merci contre Daech et contre l’armée du régime sans une couverture politique, capable de réunir la révolution et les révolutionnaires. Le Qatar, la Turquie et les Etats-Unis ont exercé des pressions sur l’armée syrienne et sur les Officiers libres pour imposer la coalition comme étant l’unique représentant de la révolution. Tandis qu’au cours de nos réunions avec les pays amis de la Syrie, nous avions refusé cette instance rongée par la corruption et par la fraude, sans compter les agendas extérieurs. Cette corruption est loin de la révolution et de ses objectifs réels à savoir, la liberté, la dignité du peuple syrien et la chute du régime.

Bien qu’il soit difficile de trancher la bataille militairement, l’absence d’une couverture politique effective a largement contribué à l’émergence d’organisations extrémistes, fabriquées de toutes pièces par des services de Renseignements étrangers qui ont manipulé la révolution pour servir leurs propres intérêts dans la région. Il est aussi clair que les Frères musulmans et leur coalition ne pourront pas obliger toute l’opposition et les formations militaires à respecter les clauses de l’initiative russe. Et ceci pour la simple raison qu’ils souffrent d’une division et sont détachés de la réalité syrienne et du front interne. Ils veulent gouverner la Syrie par n’importe quel moyen, même si c’est en participant à une coalition avec Bachar Al-Assad. La preuve en est qu’ils ont accepté le principe du dialogue avec Bachar, bien que les révolutionnaires et les Officiers aient affiché leur refus du dialogue avec un régime assassin. Les Frères se sont posés en alternative au régime de Bachar, et se sont engagés à garder l’occupation iranienne de la Syrie à travers des accords tacites. Mais les Iraniens, selon des rapports des services de Renseignements, estiment que les Frères syriens n’ont aucune présence sur le terrain en Syrie et n’ont pas de base populaire après les tentatives de Hafez Al-Assad de les anéantir massivement dans les années 1980 du siècle dernier. En fait, les Frères musulmans sont faibles, incapables de réorienter le cours des événements en leur faveur. Il n’est pas un secret que des rencontres ont eu lieu entre les Frères et les leaders d’Al-Qaëda dans les hôtels d’Istanbul, en présence d’architectes du rapprochement comme Tareq Al-Hachémi, l’ex-président iraqien, et Tayssir Elwani. Ceux-ci ont pu assurer des contacts avec Ayman Al-Zawahri sous la supervision des services de Renseignements turcs et qatari. Ces contacts ont mené à l’apparition de formations militaires soutenues par le trio Frères musulmans, services de Renseignements turcs et qatari.

Comment voyez-vous le rôle russe et les initiatives de Moscou? Comment l’opposition se rendra-t-elle à Moscou ?

— L’initiative de Moscou a été lancée avec l’accord du régime d’Al-Assad. Les Russes lui ont apporté le soutien logistique, dont il avait besoin pour anéantir la révolution. Ils lui ont même fixé un délai jusqu’à la fin de 2014. La Russie et l’Iran se sont partagé la Syrie. La Russie occupe la côte syrienne alors que l’Iran s’est emparé de l’intérieur avec trois bataillons de la garde révolutionnaire iranienne sous la présidence du colonel iranien Yad Allah Gafani. Celui-ci a pris siège à l’hôtel Safir à Homs, et il négocie directement avec les révolutionnaires. Il a même conclu des accords avec eux sans revenir à Assad. C’est lui aussi qui négocie maintenant, directement, avec les révolutionnaires du quartier Al-Waer. L’objectif de cette initiative russe est d’anéantir la révolution et de préserver le pouvoir d’Al-Assad.

Certains pays arabes comme le Koweït ont rouvert les ambassades syriennes. Ceci signifie-t-il un changement de position envers le régime d’Assad ?

— Al-Assad essaie par tous les moyens de se maintenir au pouvoir malgré les innombrables appels au secours lancés par les Alaouites, qui défendaient son pouvoir et qui ont perdu plus de 100000 personnes dans les affrontements. C’est là qu’est intervenue l’initiative irano-russe sous le thème du partage des intérêts et du maintien d’Al-Assad au pouvoir. Toutes les personnes qui ont été invitées au dialogue sont des membres de l’organisme de coordination, formé sous la supervision des services de Renseignements syriens, suite aux pressions américaines revendiquant la présence d’opposants d’Al-Assad. Ont également été invités certains opposants qui possèdent des liens avec les services de Renseignements russes et le régime d’Al-Assad en même temps. L’ouverture de l’ambassade syrienne au Koweït est due à la présence d’un puissant lobby syrien pro-Assad dans ce pays et il ne s’agit donc nullement d’un indice sur l’acceptation du régime par la communauté internationale.

Qu’en est-il de l’Egypte qui vient d’accueillir l’opposition ?

— L’Egypte intervient dans l’intérêt du peuple syrien et son approche est basée sur le départ d’Al-Assad, la formation d’un gouvernement transitoire et la fusion des deux armées syrienne et libre sous la direction d’un conseil militaire transitoire capable de lutter contre Daëch et de l’anéantir.

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