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Entre forces politiques et rebelles armés

Hana Afifi, Mercredi, 07 janvier 2015

Coalition, conseil, armée libre, fronts ... L’opposition syrienne très fractionnée englobe une multitude de forces qui combattent les forces du régime syrien et qui s'opposent entre elles.

entre forces politiques
Des combattants de l'armée syrienne libre utilisent un iPad en préparant le lancement d'une arme vers les forces du régime syrien, à Aïn Tarma aux alentours de Damas. (Photo : Reuters)

« La Coalition nationale syrienne et le Conseil national syrien représentent plus qu’ils dirigent », écrit Yezid Sayigh dans une étude publiée par l’institut Carnegie, sur l’absence de leadership dans l’opposition syrienne, expliquant qu’elle possède néanmoins une légitimité nationale et une reconnaissance internationale.

En effet, l’opposition syrienne n’est pas une seule entité unie, mais renferme différents groupes selon les tendances politiques, et peuvent se classifier en opposition civile ou groupes armés. Le bloc d’opposition le plus reconnu sur la scène internationale est la Coalition nationale syrienne, établie en novembre 2012, qui a vite été reconnue par le Golfe et par les pays occidentaux. Le comité général de la coalition a élu un nouveau chef, lundi dernier, à Istanbul, Khaled Khoja de la minorité turkmène, qui a été soutenu par les blocs séculaires et islamistes modérés lors du scrutin. Cette coalition englobe différents groupes qui ne sont pas toujours en accord, notamment l’armée syrienne libre et le Conseil national syrien (dominé par les Frères musulmans). Ce dernier est basé à Istanbul et n’est pas totalement fusionné dans le groupe en raison des différences politiques, et connaît un recul de son importance politique. Les Frères musulmans représentent une pierre d’achoppement au sein de l’opposition, quant au degré de pouvoir qu’ils peuvent avoir. Le support du Qatar offert aux Frères musulmans de la CNS s’oppose à l’Arabie saoudite qui a retiré son appui aux Frères musulmans, malgré la menace chiite du gouvernement Alaouite de Bachar Al-Assad.

Le Conseil national syrien reste cependant le plus grand bloc au sein de la Coalition. Il a été formé en octobre 2011 par une coalition de groupes d’opposition majoritairement sunnites supportant les rebelles, mais a été remplacé par la Coalition nationale syrienne comme représentant principal de l’opposition. La Coalition entretient des liens plus étroits que le Conseil avec l’armée syrienne libre. La Coalition renferme des Syriens exilés en plus d’activistes en Syrie.

L’armée libre est le deuxième bloc au sein de la Coalition. Elle a été formée en août 2011 par des dissidents de l’armée régulière, qui avaient trouvé refuge en Turquie avant de revenir sur le terrain en Syrie. Walid Kaziha, professeur de sciences politiques à l’Université américaine au Caire, explique que même si l’armée syrienne libre fait partie de la CNS, l’armée n’est pas sous contrôle total de la CNS. D’ailleurs, devant Daech et les autres rebelles armés, cette force armée fait face à un net recul sur le terrain.

En dehors de cette coalition se trouve le Comité national de coordination à Damas. Une alliance plutôt de gauche formée de 16 partis aux côtés de 3 partis kurdes et de quelques activistes indépendants. Ce Comité favorise une solution politique à travers un dialogue avec le régime syrien, à condition d’un cessez-le-feu, du départ de l’armée des villes, ainsi que d’une libération des prisonniers politiques, mais cette solution est peu encouragée sur le terrain. Ce Comité condamne la Coalition à cause de la domination des Frères musulmans et de l’appui financier étranger.

Le front islamiste est un autre mouvement de l’opposition armée se composant de 7 groupes de rebelles islamistes dont le groupe salafiste Ahrar Al-Cham (les libres du Levant). On y compte environ 45000 combattants. Il n’a aucune affiliation avec Al-Qaëda mais encourage les étrangers à joindre ses rangs.

Les groupes armés disposent de plus en plus de force sur le territoire syrien, notamment le Front Al-Nosra affilié à Al-Qaëda et le mouvement djihadiste le plus récent, Daech, la force la plus puissante. Ces deux groupes sont en conflit l’un contre l’autre au sud et au sud-ouest de la Syrie. Selon le rapport de Yezid Sayegh publié le 22 décembre par Carnegie Endowment for International Peace, Daech a du pouvoir surtout au nord et à l’est de la Syrie.

Selon Kaziha, l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient le Front Al-Nosra comme force sunnite, mais ils auraient cessé de les financer en se tournant vers d’autres forces qu’ils estiment plus modérées comme les salafistes.

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