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Prix du pétrole : Une baisse réconfortante pour l'Egypte

Marwa Hussein, Mardi, 16 décembre 2014

Un pétrole de 40 % moins cher va réduire la facture des subventions à l'énergie.Le taux de change pourrait également prendre du souffle.Par contre, le consommateur est exclu d'un effet direct positif.

Prix du pétrole : Une baisse réconfortante pour l
La baisse des prix du pétrole est susceptible de se maintenir, l'Opep n'ayant pas l'intention de couper sa production. (Photo:Reuters)

La chute des cours internationaux du pétrole de près de 40 % au cours des derniers mois ne changera pas beaucoup la donne économique en Egypte, même si quelques effets bénéfiques se feront sentir. Le premier impact positif évident concernera le budget, vu la baisse prévue des subventions à l’énergie. Le gouvernement avait tablé sur un baril de pétrole de 105 dollars pour l’exercice fiscal 2014/15, or les prix du pétrole ont baissé à moins de 60 dollars ; des prix inédits depuis mai/juin 2009. Le ministère des Finances reste cependant prudent : « Le prix moyen du baril sera bien sûr inférieur à celui prévu lors de la préparation du budget, mais il est un peu trop tôt pour en tirer des conclusions », dit une source du ministère des Finances.

Selon les experts, la tendance est susceptible de se maintenir pour les 6 à 7 mois à venir, l’Organisation des Pays Exportateurs du Pétrole (OPEP) n’ayant pas l’intention de baisser la production afin d’élever les prix.

Mohamad Abou-Basha, économiste auprès de la banque d’investissement EFG-Hermes, estime que le déficit budgétaire pourrait baisser entre 1 et 1,5 % comme résultat de la baisse des prix du pétrole.

Le déficit budgétaire prévu pour l’année fiscale 2014/15 est de 10 %, un déficit revu à la hausse quelques semaines après la publication du budget par le ministre des Finances qui a estimé en septembre qu’il risquait d’atteindre 11 %. « La chute des cours du pétrole pourra maintenir le déficit autour des 10 % initialement prévus », estime Abou-Basha.

Les subventions à l’énergie sont estimées à 100 milliards de L.E. (14 milliards de dollars) pour l’exercice en cours. Khaled Abou-Bakr, président exécutif de TAQA Arabia, estime que les subventions à l’énergie vont baisser entre 4,5 et 5 milliards de L.E., vu la baisse du prix du pétrole.

Le secteur étatique du pétrole doit finir également par être bénéficiaire. Toutefois, l’effet bénéfique de la baisse des cours ne sera que relativement important vu que l’Egypte n’importe qu’entre 25 % et 30 % de ses besoins en pétrole.

L’impact net de la baisse des prix internationaux sur le secteur du pétrole dépendra aussi du niveau de la production au cours de la prochaine période, perturbée aux cours des dernières années à cause des événements politiques et des différends entre le gouvernement et les compagnies étrangères d’exploitation pétrolière.

D’après les chiffres de la Banque Centrale, les revenus des exportations du secteur pétrolier sont estimés à 12,4 milliards de dollars en 2013/14, alors que les importations sont de 13,2 milliards de dollars. Mohamad Abou-Basha prévoit une baisse de la facture des importations entre 2,5 et 3 milliards de dollars au cours de l’année fiscale en cours.

Cette baisse de la facture des importations pétrolières, au cas où elle ne serait pas neutralisée par une baisse identique des transferts des travailleurs à l’étranger, devra réduire les pressions sur la livre et arrêter du coup la chute des réserves de change. « La Banque Centrale fait des transferts mensuels à l’Organisme du pétrole pour financer les importations des carburants », rappelle Abou-Basha. Les pressions sur le taux de change vont être allégées et la dépréciation de la livre peut freiner. Sur le marché noir, le dollar a atteint 7,65 L.E. contre 7,15 L.E. à la Banque Centrale.

Le consommateur en dehors de l’équation

« Si la demande locale est soutenue, les producteurs seront peu susceptibles à réduire les prix », estime Abou-Basha. Si dans les pays occidentaux la baisse des cours du pétrole se traduit par une baisse des prix des carburants à la pompe, il n’en sera rien pour l’Egypte où le prix de l’essence est déjà lourdement subventionné, toujours inférieur au prix international et fixé par le gouvernement. Celui-ci vient d’ailleurs d’annoncer un plan pour la suppression sur 5 ans des subventions de l’énergie. « Le gouvernement ne va nécessairement pas revenir sur ce plan. D’une part, l’essence reste beaucoup moins cher par rapport aux prix internationaux. Et d’autre, parce que la baisse des prix du pétrole n’est pas éternelle », dit Abou-Basha.

Pour le secteur industriel, le coût de production ne va pas changer vu que le gouvernement est l’unique fournisseur de carburants aux usines locales. A quelques exceptions près, puisque certaines industries, notamment pétrochimiques, peuvent réduire leur coût de production profitant de la baisse des prix des matières intermédiaires qu’elles utilisent, comme le polypropylène et le polyéthylène. Mais là aussi, le consommateur ne doit s’attendre à aucune baisse considérable des prix en détail. « Vu le manque de régulateurs et le contrôle exercé par une poignée de producteurs sur chaque secteur, les prix sont rarement revus à la baisse sur le marché égyptien », explique Abou-Bakr.

Les Egyptiens pourraient à la limite bénéficier d’une baisse des prix des billets d’avion, un secteur directement affecté par les prix du pétrole. Mais cela n’est pas encore le cas pour la compagnie nationale EgyptAir, bien que plusieurs compagnies aient déjà réduit leurs prix. Reste que de manière globale, les économistes prévoient un effet positif sur l’inflation. Celle-ci a atteint 11,1 % en septembre, alors que selon le Fonds monétaire international, elle devra atteindre 13,4 % en 2014/15. Mais la chute des prix du pétrole pourrait maintenir l’inflation en dessous de ces prévisions.

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