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La presse privée en quête d’indépendance

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 18 novembre 2014

Suite à la décision de créer une Chambre d’industrie pour la presse privée, le syndicat des Journalistes et la presse nationale redoutent une perte d’influence. Ils dénoncent une « tentative de division des journalistes ».

Sept rédacteurs en chefs de journaux privés se sont réunis, cette semaine, afin de créer une Chambre d’industrie pour la presse privée. Une décision subite qui a déclenché une crise avec le syndicat des Journalistes et les entreprises de presse nationale qui ont dénoncé une tentative de semer la division au sein du milieu journalistique.

Dans un communiqué, les journaux privés ont expliqué que cette Chambre vise à coordonner le développement de la presse privée. Le communiqué souligne que la presse privée souffre de nombreux problèmes concernant l’impression, la distribution et la publicité et qu’une coopération entre les différents titres privés permettra d’y remédier.

Mais le syndicat des Journalistes conteste une atteinte à la loi syndicale. « Il s’agit d’une tentative douteuse de certains hommes d’affaires pour monopoliser l’industrie de la presse et minimiser le rôle de la presse nationale », lit-on sur le communiqué du syndicat des Journalistes. D’une part, le syndicat s’oppose à la signature de cet accord par des rédac­teurs en chefs en contradiction avec l’article 5 de la loi du syndicat. Cet article interdit aux journalistes d’être action­naires de journaux ou de représenter le propriétaire. Un article qui garantit, en principe, l’indépendance entre la rédaction et l’administration. Par conséquent, le syndicat a menacé de rayer ces rédacteurs en chefs de ses listes. D’autre part, le syndicat ne trouve pas d’explications à la tenue de cette réunion, tenue sans les grands organes de la presse nationale.

Gamal Fahmi, membre du conseil du syndicat des Journalistes, redoute une division des journalistes sur fond d’appartenance institutionnelle. « Le syndicat a été toujours un repère pour tous les journalistes, quelles que soient leurs divergences et tendances politiques et institutionnelles. Tous les journalistes jouissent des mêmes droits et de la même protection syndicale ».

C’est surtout l’intervention des hommes d’affaires dans l’industrie de la presse qui inquiète le milieu des journa­listes. La naissance, il y a presque une dizaine d’années, d’une presse dite indépendante a été prometteuse en matière de liberté d’expression. Ceci en rupture avec la presse natio­nale qui a été souvent instrumentalisée au profit des régimes successifs depuis Gamal Abdel-Nasser.

Toutefois, cette presse privée est aussi soumise aux groupes d’hommes d’affaires qui la financent. Ces hommes d’affaires voient la presse privée comme un investissement rentable, un outil pour servir leurs affaires ou comme une tribune de prestige et d’influence.

Des conditions, pas d’interdiction

Farida Al-Naqqach, rédactrice en chef du journal Al-Ahali, estime que la création de cette Chambre ouvrira la porte au monopole des hommes d’affaires en marginalisant la presse nationale. « Il faut se méfier de cette Chambre, de peur d’être un prélude à la privatisation de la presse nationale qui tente de se redresser après des décennies de mauvaise gestion et d’hégémonie étatique », confie Al-Naqqach.

L’expert médiatique, Yasser Abdel-Aziz, indique qu’il existe des conditions à respecter pour créer une Chambre d’industrie pour la presse. Entre autres, la représentation des tous les acteurs du métier et la séparation entre la gestion et la rédaction. Par ailleurs, cette Chambre ne doit pas porter atteinte à la concurrence en encourageant le monopole. « Si ces conditions sont respectées, rien n’empêche la fondation de cette Chambre. Mais le problème qui, à mon avis, peut être facilement surmonté, est qu’il existe une confusion entre les propriétaires et les journalistes au sein de ces institutions privées ».

Sur la défensive, les rédacteurs en chefs des journaux pri­vés ont expliqué qu’ils ne seront pas membres de cette Chambre qui ne vise pas à porter atteinte à l’unité syndicale. Khaled Salah, le rédacteur en chef du journal privé Al-Youm Al-Sabie (le septième jour) a précisé sur la chaîne satellite Al-Nahar, qu’« au départ, nous discutons pour créer une union de journaux privés. Mais l’un d’entre nous a suggéré de fonder une Chambre d’industrie de la presse privée, une proposition que nous avons tous applaudit. Je suis très déçu des déclarations du syndicat, qui ne dispose pas suffisam­ment d’informations pour réagir d’une telle manière ».

Cette opposition du syndicat, n’a pas freiné les journaux privés dans leurs procédures de création de cette Chambre. Le cabinet d’avocat de Négad Al-Borei a été chargé d’ache­ver les procédures nécessaires.

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