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Richard Banks : Il faut passer d’un système dirigé à un système réglementé

Marwa Hussein, Mardi, 23 septembre 2014

Richard Banks, directeur général de la société Euromoney Conferences, s’exprime sur la croissance économique égyptienne et le rôle du secteur privé.

Economie

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous les estimations officielles de croissance de 3,5% l’année prochaine? Plusieurs observateurs pensent qu’elles sont trop prudentes. Qu’en pensez-vous ?

Richard Banks : C’est bien, car cela permet au gouvernement d’être plus crédible, en atteignant l’objectif ou le dépassant. Depuis la révolution, le gouvernement surestime les prévisions de croissance, en affirmant que le taux sera de 5 ou 6% alors que tout le monde sait que c’est irréaliste. Ce plan en lui-même est logique. Cela ne veut pas dire qu’il sera réalisé ou non, mais au moins, il est consistant. Ce qui est déjà bien, car certains programmes au cours de ces dernières années ne fonctionnaient pas, même théoriquement.

— Qu’est-ce qui empêche la croissance du secteur privé ?

— Il y a trop de régulation, mais dans le mauvais sens. En Angleterre ou aux Etats-Unis, à titre d’exemple, tout est permis sauf s’il y a une raison d’interdire. Alors qu’en Egypte, c’est le contraire qui se passe. Le système exige des autorisations pour tout. Il faut suivre beaucoup de procédures pour tout, ce qui est coûteux et prend du temps. Une compagnie voulant réaliser des investissements importants en Egypte avait élaboré, à la demande du gouvernement, une étude de faisabilité qui a coûté 2 millions de dollars. Puis, le gouvernement (pas l’actuel) a dit qu’il ne pouvait pas appliquer ce projet. La prochaine fois, lorsque le gouvernement lancera un projet quelconque, ces investisseurs hésiteront longtemps avant d’étudier la chose.

— Certains vont dire que malgré tout, le secteur privé en Egypte ne subit pas beaucoup de contrôles, une fois qu’il a accès au marché. Cela ne permet-il pas d’accroître les profits ?

— Ce n’est pas bien. Il faut que le secteur privé soit soumis à des règles plus strictes. Il faut absolument protéger les consommateurs, supprimer les monopoles et appliquer les lois. Ce n’est pas si difficile. Il faudra juste offrir aux bureaucrates, qui compliquent les procédures, des formations, afin de devenir des cadres pour la protection du consommateur.

— Et si le secteur privé ne bouge pas ?

— Avec une meilleure régulation, il bougera. Il y a plein d’opportunités dans ce pays, plus que dans n’importe quel autre pays. L’Egypte peut devenir un exemple de succès dans les 10 années à venir. L’Iran pourrait être un autre pays à succès s’il s’ouvre aux investisseurs. Les deux pays ont des opportunités similaires à celles des pays de l’Europe de l’Est, car tout est à faire. Vous avez 90 millions d’habitants, vous avez besoin de routes, d’écoles et d’hôpitaux. L’argent existe et la volonté aussi, mais il faut que ça soit profitable, tangible et réglementé. J’ai dit au ministre des Finances qu’on a besoin d’un changement dans la logique du gouvernement : passer d’un système dirigé à un système réglementé.

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