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Edito : A quoi joue Erdogan ?

Al-Ahram Hebdo, Lundi, 22 septembre 2014

Quelques jours après la décision du Qatar de renvoyer plusieurs cadres de la confrérie des Frères musulmans présents sur son terri­toire, la Turquie s’est empressée d’annoncer sa disposition à les accueillir. « S’ils expriment le souhait de venir en Turquie, nous étudierons leur demande », a déclaré le prési­dent turc, Recep Tayyip Erdogan. Soumis aux pressions de ses voi­sins du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), Doha, qui abritait plusieurs dirigeants importants de la confrérie depuis la chute, en juillet 2013, de Mohamad Morsi, avait annoncé la semaine dernière que ces dirigeants étaient indési­rables sur son sol. La Turquie devient désormais le nouveau grand refuge des Frères au Moyen-Orient. La décision d’Erdogan est contraire à l’avis de beaucoup de politiciens turcs, y compris au sein de l’AKP au pouvoir, selon lequel la Turquie ferait mieux de recher­cher ses intérêts et de ne pas prendre position en faveur des Frères.

Le soutien politique turc aux Frères musulmans est motivé par des considérations d’ordre idéolo­gique. Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir, Ankara joue la carte de l’islam politique et cherche à se poser comme le porte-drapeau du monde musulman sunnite, concur­rençant ainsi l’Arabie saoudite. Le gouvernement turc a ainsi pris ses distances avec son ancien allié israélien et a noué des liens solides avec les mouvements islamistes comme le Hamas.

L’éclatement du Printemps arabe et l’avènement de régimes isla­mistes dans plusieurs pays de la région étaient l’occasion rêvée pour Erdogan d’étendre son influence au Proche-Orient. Il donne son soutien politique aux nouveaux régimes en place, notam­ment en Egypte et en Tunisie.

Ankara offre alors une aide éco­nomique de poids au régime des Frères musulmans. Et quelques semaines seulement après l’élec­tion de Mohamad Morsi à la prési­dence en juin 2012, le premier ministre turc est reçu au Caire « dans l’euphorie » par les salafistes et les Frères alors au pouvoir. Réciproquement, le président isla­miste égyptien s’est rendu en Turquie en octobre 2013 et a assisté au congrès du parti au pou­voir dans ce pays, signe de l’en­tente qui régnait entre les deux parties.

Mais la chute du régime des Frères et de l’islam politique en Egypte en juillet 2013 a été ressen­tie comme un coup dur par le chef du gouvernement turc, qui n’a jamais caché son hostilité à l’Egypte après la chute des Frères.

En accordant aujourd’hui encore son soutien politique aux Frères musulmans, Erdogan espère sans doute rester le « mentor » des islamistes dans la région. Sa déci­sion ne fera que détériorer encore davantage les relations égypto-turques déjà mauvaises. Si le Qatar a tenté de se servir des Frères musulmans pour gagner en influence, la Turquie s’en est servie, elle, pour satisfaire ses aspirations de « leader du monde sunnite ».

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