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Un sommet en demi-teinte

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 08 septembre 2014

Le sommet de l'Otan n'a réussi ni à porter une solution à la crise ukrainienne, malgré la conclusion d'un accord de cessez-le-feu entre Kiev et Moscou, ni à résoudre la crise d'un Afghanistan qui peine à choisir son président à 4 mois du départ des troupes internationales.

Un sommet en demi-teinte
Malgré la trêve, la violence se poursuit de plus belle en Ukraine. (Photo : AP)

Sans grande avancée, une soixantaine de dirigeants de l’Alliance atlantique se sont séparés vendredi soir après deux jours de négociations difficiles à Newport (Royaume-Uni) où ils ont débattu des dossiers les plus chauds de la planète, dont la crise ukrainienne et l’avenir de l’Afghanistan après le retrait de l’Otan fin 2014. En effet, le dossier de l’Ukraine, cette ex-République soviétique à l’origine du plus grave bras de fer entre Moscou et l’Occident, a dominé la plupart des réunions de l’Alliance.

Alors que les obus pleuvaient sur l’est ukrainien séparatiste, les chefs d’Etat ont réussi, vendredi, à convaincre Kiev et Moscou de conclure un accord de cessez-le-feu pour mettre fin à 5 mois de conflit meurtrier qui a fait plus de 2600 morts et un demi-million de blessés et de réfugiés. Aucune précision n’a été pourtant donnée sur la durée du cessez-le-feu qui constitue un succès pour les séparatistes et la Russie, dans la mesure où il est susceptible d’entériner la perte pour Kiev de plusieurs villes de l’est de l’Ukraine après l’avancée victorieuse ces dernières semaines des rebelles, aidés sur le terrain par des militaires russes.

Malgré la conclusion de cet accord, la réalité sur le terrain prouve qu’il ne s’agit plus que de l’encre sur papier. Après une nuit de calme précaire, la violence a repris de plus belle dans l’est ukrainien samedi matin, quand Kiev et les séparatistes pro-russes se sont accusés mutuellement de violer le cessez-le-feu, mettant à mal les perspectives d’un règlement pacifique dans l’est alors que les rebelles exigent leur « indépendance ».

Dimanche aussi, de fortes explosions ont retenti à l’est de Marioupol (est de l’Ukraine) et des tirs d’artillerie se sont produits près de l’aéroport de Donetsk, chef-lieu des séparatistes, laissant craindre une rupture du fragile cessez-le-feu. « Nous sommes sceptiques sur le fait que les séparatistes respecteront ce cessez-le-feu et que les Russes arrêteront les violations de la souveraineté et de l’intégrité de l’Ukraine », s’est inquiété le président américain Barack Obama. Ce scepticisme a été partagé par les 28 Etats membres de l’Union européenne qui ont décidé, vendredi soir, de maintenir la pression sur Moscou en adoptant de nouvelles sanctions contre la Russie, accusée d’avoir porté atteinte à la souveraineté de l’Ukraine. Or, la Russie a averti samedi qu’elle réagirait à ces nouvelles sanctions si elles deviennent effectives. Selon les analystes, il est difficile d’imaginer que Moscou céderait sur l’Ukraine, coûte que coûte, car il n’accepterait jamais de voir à ses frontières une Kiev pro-européenne où pourraient être plantées des bases de l’Otan. Pour Moscou, ce cessez-le-feu n’était qu’une tentative de laisser passer l’orage pour éviter de nouvelles sanctions occidentales.

L’avenir sombre du « cimetière afghan »

Outre la crise ukrainienne, les pays de l’Alliance ont débattu de l’avenir du « bourbier afghan » après le retrait, fin 2014, des troupes de l’Otan (Isaf) considéré comme la mission la plus longue et la plus importante jamais menée sous l’égide de l’Otan.

En raison du vide politique à la tête de ce pays, aucun chef d’Etat n’était à Newport pour représenter l’Afghanistan, et Kaboul y a envoyé le ministre de la Défense, Bismillah Mohammadi. Depuis juin dernier, les deux candidats à la présidentielle afghane, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les résultats du scrutin et malgré un accord sur la composition d’un gouvernement d’unité nationale, la situation semble bloquée jusqu’à présent. Samedi, la Commission électorale afghane a annoncé achever une partie cruciale de l’audit de la présidentielle, après avoir isolé l’ensemble des votes frauduleux. Bien que l’élection semble acquise à M. Ghani, le nom du nouveau président demeure enseveli de mystère, de quoi jeter l’effroi dans le coeur des pays de l’Otan qui risquent de voir plus d’une décennie de fonds énormes et de vies humaines gâchés avec l’aube 2015. Les observateurs craignent que les talibans ne profitent du retrait des troupes occidentales et de l’absence du président pour récupérer leur pouvoir perdu en 2001.

Face à ces scénarios inquiétants, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a exhorté les rivaux de la présidentielle à signer un accord encadrant la présence des troupes dans le pays (BSA) dès l’année prochaine. « Le temps presse. Il ne faut pas se voiler la face », avait-il dit. « Nous avons besoin de savoir très rapidement si les arrangements de sécurité nécessaires seront signés par le gouvernement afghan, car c’est une condition préalable pour notre présence en Afghanistan après 2014 », avait-il rappelé. Vendredi, les chefs d’Etat de l’Otan ont reçu un « message » de MM. Abdullah et Ghani, indiquant qu’ils feront tout leur possible pour parvenir à un accord politique et qu’ils sont tous deux prêts à signer le BSA. Ce message a plus ou moins soulagé les pays de l’Alliance qui ont pourtant appelé à une action plus rapide de la part des deux candidats. En 2011, les Etats-Unis ont retiré leurs troupes d’Iraq car aucun accord n’avait pu être trouvé avec Bagdad pour encadrer légalement la présence de leurs troupes, et d’aucuns craignent qu’un tel scénario ne se reproduise en Afghanistan. Ces accords sont également essentiels pour garantir le versement d’importantes aides financières, dont plusieurs milliards de dollars, pour verser les salaires aux soldats afghans. Sur ce point, M. Rasmussen s’est voulu rassurant. « Nous voulons aider les forces afghanes financièrement. Aujourd’hui, nous avons renouvelé nos engagements concernant le soutien financier des forces afghanes jusqu’à fin 2017 ».

Alimentant l’inquiétude des pays de l’Alliance, une attaque des talibans a fait au moins 13 morts, vendredi, au sein des forces afghanes et une soixantaine de blessés, incluant des civils. Cette attaque témoigne de la volatilité de la situation à 4 mois du retrait de l’Otan qui risque de voir la plus importante et la plus longue mission de son histoire réduite au néant à l’aube de 2015.

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