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A Qéna, l’angoisse est de mise

Mahmoud Al-Dessouqi, Mardi, 26 août 2014

Dans les villages montagnards de Qéna, les coupures du courant électrique ont modifié le quotidien des habitants.

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La coupure de l'électricité vient ajouter à la souffrance de Nag Al-Cheikh Abdel-Qader, dépourvu déjà de tout service. (Photo : Mahmoud Al-Dessouqi)

Qéna,

De notre correspondant —

Désormais, il est interdit aux enfants de sortir de leurs maisons dès le coucher du soleil. La coupure fréquente de l’électricité a eu un impact certain sur les habitants. Des meutes de chiens errants, profitant de l’obscu­rité, se promènent désormais dans les ruelles des villages et attaquent les enfants. Vipères et scorpions, étouffés par la chaleur écrasante, sortent en toute liberté de leurs abris. Nag Al-Cheikh Abdel-Qader, l’un des villages qui avaient été frappés par des vagues d’inonda­tions dans les années 1990, s’est inventé une procédure simple de protection: enfermer les enfants. Une mesure qui est devenue coutu­mière depuis qu’un chien errant eut attaqué deux enfants, un frère et une soeur, qui jouaient devant leur maison le soir. Les villageois qui ont réussi à les sauver et les ont transportés à l’hôpital central de Dechna se plaignent des coupures permanentes d’électricité et de l’ab­sence d’ampoules dans les lampadaires des rues. « Cette situation a permis aux chiens errants de se promener en toute liberté dans les ruelles du village », raconte Mohamad Abdel-Moneim, l’un des villageois.

Sayed Aboul-Magd, lui, explique qu’il ne peut plus aller au champ le soir depuis que se sont propagées ces histoires effrayantes sur ces « loups » qui viennent se venger des citoyens. L’un des habitants du village avoisinant s’est porté volontiers pour chasser les bêtes. Cependant, le chemin qui sépare les deux vil­lages, désormais dangereux à cause des vipères, l’a poussé à renoncer à son aventure et a aussi contraint les paysans à renoncer à irri­guer leurs champs le soir. « C’est un grand risque, surtout que l’on ne trouve pas le sérum contre les piqûres des vipères et des scorpions dans les centres médicaux du village », se plaint Moubarak. « Ce quotidien dans l’obscu­rité rend la vie insupportable. Nous vivons dans la terreur ».

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La coupure de l'électricité vient ajouter à la souffrance de Nag Al-Cheikh Abdel-Qader, dépourvu déjà de tout service. (Photo : Mahmoud Al-Dessouqi)

Autrefois, racontent les paysans de ce gou­vernorat de la Haute-Egypte, les enfants jouaient leurs jeux traditionnels au clair de la lune. Ils n’ont jamais connu autant de dangers. Aujourd’hui, le quotidien des enfants est beau­coup moins joyeux. Le matin, ils sont obligés de monter à dos d’âne pour aller chercher de l’eau potable en dehors du village. Le soir, ils doivent rester cloués à la maison sans électri­cité, sans télévision.

Ceux qui ne veulent pas sacrifier les moments de loisirs comme Amer Mahmoud, 10 ans, sont obligés de jouer sous la chaleur ardente de l’été. « Sinon, on ne peut pas jouer du tout. Le soir, les chiens errants ne craignent per­sonne », dit Amer.

Mais ce ne sont pas là les seuls dangers qui menacent le village. Les coupures électriques dans cette région montagnarde ont boosté le business des bandits.

Le maire de Nag Abdel-Qader, Mahmoud Al-Kébir, précise que son village ne bénéficie d’aucun service depuis sa création, « même les quartiers reconstruits à la suite des inonda­tions souffrent de ruptures d’eau et d’électri­cité ». Les protestations organisées par les habitants à la suite de la révolution du 25 jan­vier et durant le mandat de Mohamad Morsi n’ont trouvé aucun écho auprès du gouverne­ment.

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