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Libye : Nouveau Parlement, et combats meurtriers

Abir Taleb avec agences, Mercredi, 06 août 2014

En Libye, le nouveau Parlement est entré en fonction alors que le pays est ravagé par des combats meurtriers à Tripoli et à Benghazi, villes prise à l'étau de milices rivales dans des luttes politiques entre nationalistes et islamistes.

Nourri notamment par les profondes divisions entre islamistes et nationalistes, qui minent depuis des mois la vie politique et qui se transposent sur le terrain avec des combats entre milices rivales, le chaos prend des proportions de plus en plus dangereuses en Libye. Depuis la chute de Muammar Kadhafi en 2011, les autorités, qui ne parviennent pas à contrôler les dizaines de groupes armés composés d’ex-rebelles faisant la loi dans le pays, en l’absence d’une armée et d’une police bien structurées et entraînées, perdent chaque jour davantage de leur capacité à maîtriser le pays.

La vie politique semble comme détachée de la réalité sur le terrain. Pendant que les combats continuent dans les deux principales villes du pays, Tripoli, la capitale et Benghazi, à l’est, le nouveau Parlement issu des élections du 25 juin dernier est finalement entré en fonction lundi. Mais c’est à Tobrouk, loin de la capitale en proie aux violences, que la réunion du Parlement a eu lieu. Preuve des divisions persistantes, les élus islamistes et leurs alliés de la ville de Misrata ont boycotté la cérémonie de Tobrouk, à 1 500 km à l’est de Tripoli, la qualifiant d’anti-constitutionnelle. Ils estiment que c’était au président du Congrès Général National (CGN, le Parlement sortant, dominé par les islamistes), Nouri Abou-Sahmein, de convoquer cette réunion. M. Abou-Sahmein avait d’ailleurs invité les députés lundi à Tripoli pour une « passation de pouvoir », mais cette cérémonie a été annulée, et le président du CGN s’est contenté de lire un communiqué en début de soirée pour dénoncer la réunion de Tobrouk, « contraire à la Constitution ».

La présence de représentants de la Ligue arabe, de la mission de l’Onu en Libye et de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), semble toutefois avoir légitimé la réunion inaugurale de Tobrouk. Cela dit, l’entrée en fonction du Parlement, même si c’est une étape politique importante, ne signifie en rien un début de règlement de la crise libyenne.

Attaque sans précédent

Depuis plus de 3 semaines, les combats ont une nouvelle ampleur avec, chaque jour, morts et blessés. Il s’agit principalement de combats entre milices rivales à Tripoli, devenue ville morte. Selon des experts, ces combats entrent dans le cadre d’une lutte d’influence entre régions, mais aussi entre courants politiques. Les islamistes tentent de compenser leur défaite aux législatives du 25 juin en gagnant en influence sur le plan militaire.

A Tripoli, ces milices islamistes, alliées à des groupes de Misrata (200 km à l’est de la capitale), sont engagées depuis le 13 juillet dans une attaque sans précédent contre les puissantes brigades de Zenten (170 km au sud-ouest de Tripoli) qu’elles accusent d’être le bras armé de la mouvance nationaliste. Pour se justifier, les assaillants, qui se présentent comme d’ex-rebelles ayant combattu le régime de Muammar Kadhafi, affirment lutter contre des « résidus » de l’ancien régime. La mouvance nationaliste accuse de son côté les islamistes de semer le chaos, pour tenter d’empêcher la prise de fonction du Parlement, où ils n’ont plus la majorité.

Parallèlement aux combats de Tripoli, et quelques jours après l’annonce des résultats préliminaires, des milices islamistes avaient lancé une offensive dans la deuxième ville du pays, Benghazi, contre l’armée, ou d’autres groupes armés anti-islamistes. Elles contrôlent désormais quasiment Benghazi après avoir chassé, la semaine dernière, des unités de forces spéciales .

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